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Ils ont détruit le phare de Paris

Amzer-lenn / Temps de lecture : 2 min

ils ont détruit le phare de ParisIls ont détruit le phare de Paris…

Je me souviens… Je travaillais sur Paris et ne pouvant rentrer en Bretagne que toutes les trois semaines. Pour des raisons pratiques mais aussi financières. Tant que j’étais dans le train et jusqu’à Montparnasse, j’avais encore cette impression d’être un peu en Bretagne. Et ce phare rouge et blanc qui s’élevait dans le ciel nous donnait encore cette impression de Bretagne ; les commerces du secteur de la gare participaient aussi à l’idée qu’on évoluait encore dans un morceau d’Armorique.

Ce n’est qu’en prenant le métro et en nous enfonçant vers le centre que peu à peu l’esprit de Paris s’imposait à nous, Bretons d’une diaspora ayant posé ses bagages dans la capitale française.

La vie parisienne, je m’y étais adapté. Mais lorsqu’après le dernier service, je prenais mon sac et me dirigeais vers la gare,  puis installé dans le train qui venait de démarrer, je voyais à nouveau la réplique du phare du Croisty sur lequel flottait le pavillon Gwenn-ha-Du, j’avais déjà ce sentiment d’être arrivé à destination et je savais que je dormirai en Bretagne ce soir.  Comme bien des Bretons qui d’un regard s’échappaient entre terre et mer ou prenaient un envol vers les genêts dorés des Monts d’Arrée et les saillies rocheuses de Penmarc’h, vers Talenduig ou Geridenn, d’Enez Eusa à l’île de Sein.

Né d’un projet fou d’un poissonnier de la rue Castagnary (Paris XV), la tour du Samouraï des Mers, cette célèbre poissonnerie drainant le millier de clients quotidien, n’est plus. Elle a été rasée pour laisser place à une bétonnisation en règle : la construction d’une résidence sociale.

Même si ce phare ne datait que de 1994, de cette construction qui n’était qu’un décor de béton émanait  une âme : celle de tant de Bretons qui ont quitté leur famille, leurs terres, pour aller à la capitale ; celle des marins qui se sont abîmés en mer ; celle des gens qui ont justement offert un esprit au 14è arrondissement de Paris, comme l’ont fait bien des gens au fil des générations, d’où qu’ils venaient, en divers lieux de la métropole. La bâtisse, au pied de laquelle un bateau semblait échoué, ne représentait peut-être pas un intérêt majeur. Mais il y avait derrière ce phare un peu de ce patrimoine immatériel que lentement notre société semble effacer.

Ce phare qui éclairait en quelque sorte le quotidien des Bretons de Paris ou de ceux qui étaient appelés à s’y rendre, ce phare n’est plus. Il ne faut pas être passéiste, disait Stéphane Lucas, secrétaire de la Mission Bretonne. Mais le regret est là : je ne la verrai plus, cette tour devenue gravats, ce morceau d’âme aux abois qui peu à peu s’enfouit sous le béton armé de l’indifférence…

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD".

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