Il suffit parfois d’un cantique en breton pour que l’assemblée change légèrement de posture. Les regards se lèvent, les voix hésitent, puis se lancent… avec plus ou moins d’assurance. Certains suivent, d’autres murmurent, quelques-uns se taisent avec dignité. La scène est familière.
Longtemps, pourtant, la question ne se posait pas. Le breton allait de soi. Il était la langue du quotidien, donc celle de la prière. On ne “choisissait” pas de prier en breton : on priait, tout simplement.
Aujourd’hui, la situation est plus subtile. Le breton n’a pas disparu des églises mais il n’y occupe plus la même place. Là où il n’a pas été éradiqué, il surgit par moments, souvent aux endroits les plus visibles : un chant, une intention, un pardon. Et aussitôt, une impression s’installe : celle de retrouver quelque chose… sans toujours savoir exactement quoi.
Car il faut bien le reconnaître : tout le monde ne comprend pas tout. Ce qui n’empêche personne d’approuver. Le breton à l’église fait rarement débat. Il suscite plutôt une forme de consensus silencieux, où l’on s’accorde à trouver cela “bien”, sans toujours aller plus loin. Et il ne fait plus débat là où il n’a plus du tout droit de cité.
Dans les lieux où on chante encore en breton, on pourrait y voir un simple usage symbolique. Une manière de rappeler des racines, d’honorer une mémoire, de donner à la liturgie une couleur locale. Une présence respectée … et plus ou moins préservée. Mais ce serait oublier un détail : pour certains, de plus en plus nombreux, le breton n’est pas seulement un souvenir. Il redevient une langue apprise, pratiquée, parfois revendiquée. Une langue que l’on choisit, là où autrefois elle s’imposait. D’où ce léger décalage, presque imperceptible. Entre ceux pour qui le breton évoque d’abord une familiarité ancienne, et ceux qui y voient une redécouverte. Entre une langue que l’on reconnaît… et une langue que l’on comprend vraiment.
À l’église, là où on reconnait encore notre héritage, cette cohabitation se passe plutôt bien. Chacun s’y retrouve, à sa manière. Les uns y entendent l’écho d’une foi enracinée, les autres l’expression d’un engagement renouvelé. Et tous semblent d’accord pour considérer que le breton doit avoir sa place.
Reste une question, rarement posée frontalement : une langue peut-elle rester vivante si elle est surtout utilisée dans des moments choisis ? Ou bien est-ce précisément ainsi qu’elle continue d’exister ?
La réponse, comme souvent, ne se laisse pas enfermer dans une alternative trop simple. Le breton à l’église n’est plus tout à fait une langue du quotidien. Malheureusement. Mais il n’est pas non plus un simple vestige.
Il est peut-être devenu autre chose : une langue que l’on n’utilise pas toujours… mais que l’on tient à entendre. Et à défaut de la parler couramment, on continue au moins à la chanter, ce qui, dans une église, reste une manière tout à fait honorable de la faire vivre.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne

Étrange situation alors que le breton était employé à l’époque dans les églises pour justement évangéliser les bretons bretonnnants à parler français. Mais le breton à la tête dure d’où sa persistance à parler le breton bretonnant et le gallo malgré tout.
Il ne faut pas juger le passé durement car il y a eu un vrai travail de sape des langues territoriales au profit du français (qui soit dit en passant est issu du latin du passé gallo-romain comme toutes les langues d’oïl et d’oc)