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Le breton, entre héritage et légitimité : pour en finir avec la guerre des accents

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 min
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Il arrive parfois qu’une simple remarque en dise long sur un mal plus profond. La chanteuse bretonne Gwennyn a récemment répondu à une critique visant son accent lorsqu’elle s’exprime en breton. Sa réponse, claire et sincère, dépasse de loin le cadre personnel : elle met à nu une tension qui traverse aujourd’hui tout le mouvement de revitalisation linguistique en Bretagne.

Car derrière le reproche d’un accent « imparfait » se cache une question d’une brûlante actualité : qu’est-ce qu’un « vrai » breton, et qui est légitime pour le parler ? Qui parle le vrai breton et qui un brezhoneg chimik ? Qui le Diwaneg et qui le gwenedeg de nos campagnes ? Ces questions sont dépassées et la réponse de Gwennyn mérite d’être reprise :

Depuis plusieurs générations, la transmission du breton a connu des ruptures successives. Dans d’innombrables familles, la langue s’est éteinte au cours du XXe siècle, victime d’un long processus de dévalorisation sociale et politique. Ce n’est pas seulement la langue que l’on a perdue, mais le lien naturel qui la faisait passer de bouche en bouche, et de cœur en cœur. Dans cette rupture s’est installée une forme de culpabilité silencieuse : celle d’avoir laissé tomber un héritage que l’on aurait voulu conserver. Aujourd’hui, paradoxalement, cette culpabilité se retourne parfois contre ceux qui, nés après la coupure, ont choisi d’apprendre le breton à nouveau. On leur reproche de le parler « autrement », de mal le prononcer. Autrement dit, d’être des héritiers qui ne ressemblent pas assez à leurs ancêtres.

L’accent devient alors le symbole de ce déchirement. Pendant des siècles, il fut marqueur d’appartenance : on reconnaissait d’où venait un locuteur, quelle vallée, quelle commune, parfois même quel hameau. Mais à l’heure où la Bretagne s’urbanise, où les néo-bretonnants apprennent la langue à l’école ou à l’université, cet accent rural s’efface, remplacé par d’autres rythmes, d’autres sonorités. Ce phénomène n’a rien d’un appauvrissement : c’est le signe d’une adaptation, d’une transformation naturelle. Aucune langue vivante ne demeure figée dans le temps. Le français lui-même a perdu l’accent de ses campagnes sans que personne n’y voie un drame. Pourquoi le breton, lui, devrait-il rester prisonnier de la prononciation des années 1950 ?

Ce reproche adressé aux nouveaux locuteurs révèle un malaise plus large, celui que les sociolinguistes appellent la glottophobie interne : une discrimination entre locuteurs d’une même langue, fondée sur la conformité à une norme implicite. Dans le cas du breton, cette glottophobie est d’autant plus pernicieuse qu’elle frappe une communauté déjà fragile, où chaque voix compte. La vitalité d’une langue minoritaire ne se mesure pas à la perfection de son accent, mais à la pluralité de ceux qui la font vivre. Refuser à un jeune urbain le droit de parler breton sous prétexte qu’il ne le prononce pas « comme avant », c’est condamner la langue à se taire à nouveau.

Il faut dire aussi que le breton d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier. Il s’enseigne à l’école, s’écrit sur les réseaux sociaux, s’invente dans les chansons, se pense à l’université. Il s’éloigne des champs pour rejoindre les villes, les écrans et les espaces culturels. Cette mutation sociolinguistique bouleverse les repères traditionnels, mais elle est le signe d’une incroyable résilience. Le breton n’est plus seulement la langue de ceux qui l’ont reçue, il devient aussi celle de ceux qui l’ont choisie. Et ce choix -souvent exigeant, parfois militant- constitue en soi un acte de fidélité à la Bretagne, non plus simplement à celle d’hier, mais à celle de demain.

Une langue appartient à tous ceux qui la parlent, même maladroitement, même avec un accent nouveau. Les locuteurs natifs, gardiens d’un patrimoine sonore et lexical irremplaçable, méritent respect et reconnaissance. Mais les néo-locuteurs, en la ressaisissant dans la modernité… et en tenant compte de l’héritage des anciens en échangeant avec eux, lui offrent la seule chose qu’une langue demande pour vivre : des voix. L’un sans l’autre, le breton se condamnerait soit à la nostalgie, soit à l’artifice. Ensemble, ils composent la polyphonie du présent.

Ce débat n’est pas propre à la Bretagne. Partout où une langue renaît – qu’il s’agisse du gallois, du catalan, du basque ou du gaélique – surgit la même question : faut-il parler comme avant, ou parler pour demain ? Chaque peuple finit par comprendre que la survie d’une langue passe par une dynamique de transformation. Le breton n’y échappe pas. Vouloir préserver sa pureté originelle reviendrait à le transformer en relique, alors qu’il ne demande qu’à redevenir un instrument de vie. Ce que certains perçoivent comme une perte d’authenticité est en réalité une preuve d’évolution. Une langue qui change est une langue qui respire.

Au fond, ce que révèle la réaction de Gwennyn, c’est une tension entre mémoire et création. Entre le devoir de transmettre ce que nous avons reçu, et celui de permettre à cette langue de se réinventer au fil des générations. Qu’on le veuille ou non, le breton ne sera jamais plus celui de nos arrière-grands-parents ; il sera celui que nous aurons eu le courage de parler à notre manière. Les accents d’aujourd’hui ne sont pas tellement des fautes mais les premières notes d’un nouveau chapitre de l’histoire linguistique bretonne.

Et si, dans quelques décennies, des enfants apprennent encore le breton – avec l’accent de leurs parents, de leurs professeurs, ou de leurs chanteurs – alors le miracle aura bien eu lieu. Non pas le miracle d’un retour au passé, mais celui d’une continuité retrouvée. Car le véritable accent du breton vivant n’est pas celui d’une région, ni d’un âge : c’est celui de la fidélité à une langue qui, malgré toutes les embuches, refuse de mourir.

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6 Commentaires

  1. Trugarez deoc’h evit ar pennad-mañ !
    Div evezhiadenn :
    – il me semble, ayant enseigné le breton pendant 20 ans, et dans le mouvement breton bretonnant depuis 45 ans, que ce problème du « Roazhonègue » est de moins en moins pertinent. Mon grand amis et maître Youenn Olier, n’avait pas l’accent, ayant vécu surtout à Rennes ; l’accent de Pêr Denez aussi était assez plat bien que marié et vivant à Douarnenez. Il y a eu un gros progrès dans l’enseignement alors que Roparz Hemon et les autres n’abordaient le sujet que succintement dans leurs grammaires. Roparz Hemon, pour le peu que l’on peut entendre de sa voix sur internet, n’avait pas d’accent non plus.
    – il me semble qu’il faut faire la distinction entre accents des terroirs et règles fondamentes de prononciation : l’accent tonique sur lavant dernière syllable (sauf haut vannetais) et puis le fameux sandhi que l’on enseignait pas il y a 40 ans. Avec ces deux points d’attention tout bretonnant « de naissance » reconnaît « le vrai breton ». Je pense par ailleurs comme Gwennyn et si j’avoue corriger ceux qui m’entourent sur ces points de prononciation, j’essaye de le faire avec beaucoup de charité.

    Encore faudrait-ils que tout ce monde ait l’occasion d’apprendre les bons plis de pronociation en cotoyant d’autres bretonnants dans leur vie quotidienne qui est pour nous tous submergée par le français.

    C’est le but d’Emglev an Tiegezhioù (pub !)

    Tepod Gwilhmod

    • Ne c’hellez ket chom hep digeriñ bras da veg, daoust dit da vout bet kendaonet. Pegoulz e kompreni ne ra den forzh eus pezh a lavarez ?

      • Doue d’az pennigo Yann-Herle (Gourvez ?). Kendaonet e oan bet, pell zo evit bezañ lavaret ur wirionez n’eus ket ar gwir da lavaret e Frans, setu holl, diwar wall Françoise Morvan ha LDH, ha… kement-se n’en deus NETRA da welout gant ar gaoz amañ.
        Ha pa ne vije den oc’h ober forzh eus ar pezh a lavaran, ne gemerjez ket ar boan da skrivañ da evezhiadenn a zo he fal divrudañ ac’hanon, nompas burutellañ ar menozioù.
        N’on ket souezhet. Dija Yann-Herle Gourvez a dag obererezh Emglev an Tiegezhioù hag Imbourc’h abaoe pell.
        Peogwir omp kristenien.

        An arguzenn ? Ar re sañset a zehou dezhañ ha bet kondaonet gant barnerien a-gleiz gall hag enep-kristen a zo barnet gantañ d’ar marv sokial. Diwar-benn ar Gristengaserezh ma kemer perzh ennañ en Emsav ra lenn va fennad amañ : https://brezhoneg.forumactif.com/t43-gwallziforchegezh-kleizelour-en-emsav-ar-brezhoneg-miz-here-2025

        Nann Yann-Herle GOURVEZ, ne davin ket !

  2. C’est vrai de dire que les jeunes néo-locuteurs ne sont pas les grands coupables de l’état actuel de la langue, mais c’est faux de nier le problème en prétextant que c’est une évolution de la langue, d’ailleurs les deux idées sont contradictoires.

    Je pense que l’esprit gauchisant qui régnait, et règne toujours en bonne part, dans le mouvement breton a beaucoup à voir dans tout cela. Il aime le progrès et se sépare volontiers d’une Bretagne traditionnelle et catholique, il aime l’à-peu-près et se refuse au travail rigoureux qui discrimine le bon du mauvais et les courageux des paresseux.

    Libre aux enseignants et libres à ceux qui apprennent (surtout quand ce sont des adultes, ce qui n’est certes pas le cas de Gwennyn qui parle simplement le breton qu’elle a entendu) d’apprendre et d’enseigner un breton à la phonologie correcte (bien résumé plus haut par T. Gwilhmod) qui n’a rien de particulièrement rural et qui était autant respectée à Landerneau qu’à Plouguerneau, à Quimper qu’à Gouézec.

    J’entends bien qu’elle veuille apaiser la conscience des apprenants et tant mieux, mais c’est agaçant de lire encore que cette décadence généralisée de la langue est une « évolution ». C’est faux.

  3. Léandre Savineau

    Salud d’an holl !

    Me gav din memestra e vez kollet kalz eus liv ar brezhoneg hag e spered, e sonerezh. Kelennet vez ar brezhoneg evel vez graet gant ar saozneg. An disoc’h zo n’eo ket barreg an darn vrasañ eus ar c’hallaoueg distripañ ur frazenn en saozneg evel zo gleet.

    Arabat klask kuzhat hom sioù, emichañs e tispako en-dro an aksañchoù.

    Ma vefe bet ar spagnoleg e plas ar brezhoneg e vefe bet kollet an taol-mouezh ingal ivez hag an R ruilhet…

    Hag gouvezet a reer mat pelec’h mañ an dalc’h ! Ar galleg zo ur yezh plad ha paour a-fed prosodiezh hag e levezon war ar brezhoneg zo bet trec’h warnañ. Ret eo laret an traoù memestra, ha pa lennan ba ´n destenn e vez roet lakaet ar ger rural evit kaozeal eus ar yezh kozh, e vez komprenet diouzhtu piv zo e penn ar jeu. Bourc’hizien daonet…

    Chom a ra c’hoazh brezhonegerien a vihan, selaouomp ´nê, deskomp dionte ha se n’harzo ket diwemp d’implijet gerioù nevez, ha da grouiñ traoù a-vremañ…

    Bremañ, klaskit skrivañ pe kanañ en saozneg, spagnoleg pe sinaeg desket en bro-c’hall ha roet da glevet se d’ur c’homzer a vihan. Ne grompreno seurt ebet ! Se eo ar wirionez!

  4. Bonjour,
    Je pense que la question du « vrai » breton n’est pas dépassée : elle agite le milieu des bretonnants depuis 50 ans, voire bien plus… J’en ai fait les frais lorsque, essayant de parler breton avec une voisine monolingue, celle-ci m’a répondu en 1973 : « Heñvel eo ho brezhoneg ouzh hini ar Voched ! » (Ton breton ressemble à celui des Boches), ce qui m’a évidemment peiné… Quel était donc le « vrai » breton pour elle ? Tout simplement celui que sa communauté parlait… Alors que mon accent était français. Supposons qu’un Anglais débutant en français eut essayé de parler dans cette langue avec un locuteur lambda, à l’époque, avec l’accent de sa langue maternelle : on lui eut répondu qu’il parlait français comme un Anglais… Or, le l’accent français standard d’alors est le même que celui d’aujourd’hui. La langue a évolué (ou régressé) notamment en se chargeant d’anglicismes : mais écoutez les émissions de télé ou de radio des années 60. L’accent est le même. On y entend moins de mots familiers. Quand j’entends Camus parler dans les années 50, je reconnais mon accent, et celui des générations passées. L’accent français a très peu changé depuis que les sans-culottes ont imposé le leur, après 1789. Le « vrai » français est donc celui-là, entendons : le français normatif, enseigné à l’école depuis deux siècles. Cela ne veut pas dire que celui de la mère Denis est faux : elle parlait avec l’accent de sa région, comme Colette qui cabotinait en forçant sur l’accent bourguignon, où comme les locuteurs de Franche-Comté, du Nord, de Marseille, des Antilles, du Québec… qui parlent français avec un accent (l’accent normatif plat en étant aussi un). Pourquoi n’en serait-il pas de même pour le breton ?
    Qu’on l’appelle diwaneg, roazhoneg (alors qu’il est répandu partout ; notamment dans les organismes de « formation »), le néo-breton est devenu un 5ème dialecte, ce qui est dommage : avec 4, on en avait assez.
    Imaginons que la France ait été envahie par les Anglais, qui auraient interdit sa langue à l’école, laissé la population analphabète dans sa propre langue… et qu’après un siècle d’ethnocide, de courageux Français élevés en anglais par leurs parents aliénés se soient mis à réapprendre leur langue. Parleraient-ils avec un accent anglais ? On peut penser qu’ils mettraient un point d’honneur à cultiver l’accent de la langue maudite. Or, Gwennyn revendique donc le fait de parler breton avec un accent français : « ce nouvel accent, je le revendique » , écrit-elle. Il n’est pas nouveau : un contributeur évoque les noms de bretonnants qui avaient un accent assez plat. J’ai même entendu Fañch Morvannou dire, après la mort de R.Hemon : « Ne ouie ket kaozeal ar brezhoneg », ce qui doit être exagéré. Pourquoi des bretonnants de naissance comme Hélias ou Rohou ont-ils refusé de parler breton à leurs enfants, alors qu’ après 1945 des néo-bretonnants, de milieux urbains, le leur ont parlé avec un accent plat ? Mépris du peuple ?
    Il n’y avait pas de breton urbain, autrefois. Le breton était une langue des campagnes et des côtes. Il est triste de dire que le « breton moderne » est celui dont l’accent est français… Gwennyn a droit de le revendiquer, d’autres ont le droit de critiquer cette position. « Dans quel pays on exige aux jeunes (sic) de parler avec l’accent de nos ancêtres ? » Mais dans tous les pays. Il y a partout des accents locaux authentiques, et une langue standardisée. Les accents standards de l’italien, de l’espagnol, de l’anglais, de l’allemand sont, en 2026, très semblables à ceux qu’ils étaient il y a plus d’un siècle : on comprend très bien les enregistrements d’alors.
    « Mais à l’heure où la Bretagne s’urbanise, où les néo-bretonnants apprennent la langue à l’école ou à l’université, cet accent rural s’efface, remplacé par d’autres rythmes, d’autres sonorités.» Non, l’accent (forcément rural car il n’y avait pas d’accent breton urbain ) ne s’efface pas ! Il est abandonné délibérément, et c’est dommage. Pas par tout le monde : les journalistes des radios locales (Tomaz Leken, Yuna Cojean, Benjamen Bouard…) des chercheurs de terrain comme Gurvan Lozac’h parlent très bien le breton des ancêtres, vigoureux et gouleyant. Beaucoup de professeurs des écoles aussi : j’en ai rencontré dans les stages KEAV. J’y ai hélas aussi entendu (mais beaucoup moins) des « bretonnant(e)s » qui persistent dans l’usage du néo-breton insipide et chimique farci de « soubidigezh », de « kevredigezh », d’« aergalc’h » et autres « emzalc’h ». L’important n’est pas de virer des mots qui ressemblent au français (il y en a plein en espagnol, anglais, italien…) mais de respecter la syntaxe et l’accent.). Quant aux « autres rythmes, d’autres sonorités », elles n’ont rien d’exotiques ni d’urbain:ce sont celles du français…
    « Refuser à un jeune urbain le droit de parler breton sous prétexte qu’il ne le prononce pas « comme avant », c’est condamner la langue à se taire à nouveau. » Mais le breton s’apprend aussi dans les campagnes : Stumdi, Roudour, Mervent… n’ont pas que des antennes en ville ! Les lycéens de Diwan vivent à la campagne ! Qui, parmi eux, a été capable de parler avec les vieux bretonnants ? Pas de leur faute, certes… Si un « jeune urbain » apprend l’anglais en ville, on lui demandera d’éviter l’accent français. Il n’y a jamais eu d’ « accent rural » en breton : il y eu des accents tout court, qui existent toujours, et sont toujours « marqueurs d’appartenance » K,L,T ou G.
    « Il faut dire aussi que le breton d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier » : forcément, il y a des réalités nouvelles qui exigent des mots nouveaux (quelques néologismes, qu’on peut aussi créer par affixation : teknologiezh comme tristidigezh) mais en quoi cela empêche-t-il qu’on mette l’accent sur l’avant-dernière syllabe, du moins en KLT ? Mais si le breton d’aujourd’hui (du moins, des néo-bretonnants) n’est plus celui d’hier, cela ne vient pas de lui, mais du refus de certains(e)s d’adopter l’accent authentique.
    « Le français lui-même a perdu l’accent de ses campagnes sans que personne n’y voie un drame. » : dans le pays gallo, on parle une langue d’oïl « francienne » avec l’accent des campagnes.
    « Pourquoi le breton, lui, devrait-il rester prisonnier de la prononciation des années 1950 ? » : mais parce que c’est sa musique, et l’adopter c’est le libérer de l’emprise de la musique du français. Devrait-on parler français avec l’accent anglais ?
    « Une langue appartient à tous ceux qui la parlent (…) même avec un accent nouveau. » : certes, et ceux qui la parlent avec un accent respectueux de son identité ont parfaitement le droit de critiquer ceux qui ne le font pas… et vice-versa, comme vous. : Quant à « l’accent nouveau » comme l’a dit quelqu’un, il remonte à R. Hémon et à ses disciples, soit aux années 1920…
    « faut-il parler comme avant, ou parler pour demain ?» Les deux mon capitaine : il faut parler comme avant pour aujourd’hui et demain ! Dirait-on qu’on veut «transformer le français en relique » si on n’adoptait pas un accent qui n’est pas le sien ? Quand j’entends la langue fade de certains néo-bretonnants, je n’ai pas l’impression d’avoir affaire à « un instrument de vie » mais plutôt à un sarcophage : on y « respire »  tout pareil… « Les néo-locuteurs » (actifs depuis 1920 donc) ne « ressaisissent » pas la langue dans la modernité : soit ils sont trop flemmards pour parler correctement, soit ils méprisent un accent qui nous vient du peuple… De fait, un doute me gagne quand je lis Gwennyn parler avec dédain du breton « d’une crèche des vaches en 1952 »… Coïncidence extraordinaire : mes parents bretonnants ont passé leur nuit de noces dans une chambre située au-dessus d’une « crèche des vaches », en 1952, à Loqueffret !

    Les bretonnants à qui on reproche leur accent ou manque d’accent peuvent s’en irriter, mais ils peuvent aussi essayer de comprendre pourquoi on leur fait depuis si longtemps ce reproche (je l’ai connu en 1973!). Ils ont aussi le droit de transformer leurs lacunes en conquête volontaire. Je ne peux pas, donc je fais comme si mon incapacité résultait de ma volonté consciente : étrange névrose. Légitime, mais discutable. La « guerre des accents » ne doit pas s’achever : d’une part, parce qu’il n’y a pas de guerre, mais un débat, et que tout débat enrichit.

    Pascal Rannou

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