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Pour en savoir plus sur le Jeudi Saint et le lavement des pieds

Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne, et pour confier ainsi à l’Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection : sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité [36], banquet pascal dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce, et le gage de la gloire future nous est donné [37].(Sacrosanctum Concilium, Constitution sur la Sainte Liturgie – Concile Vatican II)

lavement des pieds
Lavement des pieds – église de Saint Tugdual (Diocèse de Vannes) – Oeuvre de Yannig Guillevic (2006)

 

Lorsqu’arrive le Jeudi Saint, il est question de Mémorial de la Cène et de Lavement des pieds, avec cette notion de service et de devenir “serviteur du serviteur”, à l’instar de Jésus qui s’est abaissé à laver les pieds de ses disciples. Il est fréquent de ne retenir d’ailleurs que cette dimension, en ayant d’ailleurs souvent plus une approche sociologique que théologique.  Même si les exégètes ont toujours du mal à se mettre d’accord sur le sens de cette action, nous nous attarderons aujourd’hui sur cette question de l’humble geste du Lavement des pieds, qu’il importe de ne pas “séculariser”.

Qu’est-ce que le Lavement des pieds ?

Rappelons-nous : Jésus a lavé les pieds de ses disciples, la veille de sa Passion. Lui, le maître, s’est mis au niveau des serviteurs en leur lavant les pieds… et ayant donné cet exemple, a demandé à ses disciples que soit fait de même les uns pour les autres :

« Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m’appelez ‘ Maître  et ‘ Seigneur , et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » (Jn 13, 12-15)

Le Jeudi saint est souvent considéré chez les catholiques comme une fête des prêtres en tant que ministres de l’Eucharistie. Or, l’évangile qui est proclamé ce jour-là est celui de Jean au chapitre 13, le seul parmi les quatre à ne pas donner ce que l’on appelle chez les autres “l’institution de l’eucharistie”… du moins de la manière explicite dont nous avons l’habitude chez les autres évangélistes. Car le dernier repas de Jésus avec les siens “avant la fête de la Pâque” (Jean 13, 1) y est mentionné, non par le don du corps et du sang sous les espèces du pain et du vin, mais par le lavement des pieds.

Éclairé par l’évangile de Jean, le rite présente traditionnellement un double aspect : imitation de ce que Jésus a fait dans le Cénacle en lavant les pieds aux apôtres, et expression du don de soi signifié par ce geste du serviteur. Non sans raison il était appelé Mandatum, selon l’incipit de la première antienne qui l’accompagnait : «Mandatum novum do vobis, ut diligatis invicem, sicut dilexi vos, dicit Dominus» (Jn 13,14). Le commandement de l’amour fraternel, en effet, engage tous les disciples de Jésus, sans aucune distinction ou exception.(Commentaire au décret In Missa in Cena Domini)

Saint Ambroise attribue à ce rite une dimension pénitentielle, les chrétiens étant lavés du péché par le baptême mais continuant d’être pécheurs dans la vie quotidienne… À Rome, en revanche, à la même époque, il était pratiqué dans la liturgie simplement comme exemple de vie fraternelle. Par la suite, le lavement des pieds a été perpétué notamment dans la tradition monastique (cf St Benoît), qui insiste sur l’humilité dans la vie communautaire. Saint Bernard le considérait même comme un sacrement, avant que l’Église n’arrête formellement leur nombre à sept au IIe concile de Lyon en 1274. C’est la réforme de la Semaine sainte en 1955 qui le replace au centre de la liturgie du Jeudi saint, en unité avec l’Eucharistie. Les offices, transférés au soir, vont permettre la participation massive des fidèles et la redécouverte du mystère pascal. Dans le missel de 1974, le rituel ne concerne plus les seuls clercs, mais également les fidèles, et il n’est pas fait mention du nombre de participants ni du lieu. En 2016, le Pape François ouvrira la possibilité de laver les pieds aux femmes, ce qui était réservé jusqu’à présent aux hommes (viri selecti…). La même année, il lavera lui même les pieds de femmes, mais aussi de personnes réfugiées non-chrétiennes.

Alors que penser de ce rite ? Dans l’imaginaire collectif nous retrouvons l’idée que la poussière de ce pays ne pouvait que salir des pieds nécessitant des soins. Mais ce repas est un moment unique dans l’année “liturgique” juive pour commémorer le passage de la mer Rouge, et on peut difficilement croire que les disciples arrivent sales à ce repas rituel qu’on sait aussi bien préparé que nos repas de Noël (cf  Mt 26,17-19 / Mc 14,12-16 / Lc 22,8-13 ) 

Saint Jean part de ce fait simple des ablutions rituelles, rite de purification avant un repas, que nous retrouvons encore. Nous pourrions y voir, à la suite de Saint Ambroise, un rite de pénitence. Ou encore comme bien d’autres, cette dimension de diaconie, au service de l’autre. La charge de ces rites de purifications était dévolue aux esclaves non Juifs. Jésus, le maître, le rabbi, s’abaisse à faire ce geste vis-à-vis de ses disciples et invite à faire de même.

Actuellement, le souci est que l’on axe principalement ce rite sur le geste d’abaissement de Jésus au rang de serviteur et de don de soi et l’exemple qu’il donne pour que nous fassions de même. S’il est simplement ce geste d’humilité profonde et de charité fraternelle, effectivement, pourquoi ne pas y inclure tout le monde ? En fait, il est essentiel de ne pas séparer les éléments.

Une dimension sacerdotale

Mais le Lavement des pieds n’est pas l’ablution traditionnelle qui a lieu d’ordinaire (tout au moins chez les gens riches) avant le repas. D’ailleurs, il est plus que probable que les disciples se soient déjà purifiés suivant les normes en vigueur. Ce geste effectué alors que le souper est fin prêt, se veut résolument liturgique, c’est-à-dire que Jésus l’intègre au rite déjà codifié et précis du repas de la Pâque. Et c’est ainsi avant le partage du pain et du vin (et donc de l’institution du sacrement de l’Eucharistie) que ce rite est fait, geste qui participe pleinement à l’institution du sacerdoce ministériel.

Le Christ a bien dit qu’il était venu non pas abolir mais accomplir la Loi (Mt 5,17). Nous le voyons explicitement ici car par ce geste, l’institution du sacrement de l’Ordre est clair. Bien plus qu’une ablution rituelle, l’acte du lavement des pieds est un rituel de purification et de pré-consécration pour l’ordination des Lévites (Cf. Exode 29,4 : « Tu feras avancer Aaron et ses fils à l’entrée de la tente de réunion, et tu les laveras avec de l’eau »). Avant cela, toute entrée dans la tente d’assignation et l’autel des sacrifices leur était proscrit. Ce caractère sacerdotal est très clair par la phrase de Jésus à Pierre : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi » (Jn 13, 8). Cette part renvoie directement aux Lévites (cf Deutéronome 10,9 ainsi que 12, 12 et 18,1-2). Avoir part avec lui, c’est en filigrane participer à son être divin, à son mystère pascal de mort et de résurrection révélé à l’heure de la croix. C’est, après cette pré-consécration, participer au Saint des Saints du Dieu vivant. Un nouveau passage… une Pâque nouvelle…

En faisant ce geste du Lavement des pieds avant le Saint Sacrifice, Jésus ordonne ses propres disciples et les rend dignes de participer au repas des Noces de l’Agneau. Les Apôtres, leurs successeurs et leurs collaborateurs participent au sacerdoce du Christ , prêtre -victime. Ce rite est donc certainement un geste de charité et d’amour mais est aussi un rite de purification et de consécration, et laisser l’un pour l’autre n’a pas de sens, et mène à notre avis, à vider la substance même de l’un et de l’autre.

Références  :

Il s’agit ici d’une analyse de l’auteur qui n’engage que lui-même et non l’institution ecclésiale.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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Un commentaire

  1. Très éclairant exposé.
    Le double symbolisme évoqué, purification et service, n’a jamais, je pense, été
    en doute dans le ressenti des fidèles, au moins inconsciemment. Que l’on veuille l’expliciter plus, tant
    mieux.
    Mais dans la tendance des réformes post-conciliaires, il ya risque de dilution dans la réalisation du symbole.
    Avant les réformes, toutes les paroisses faisaient un effort pour avoir 12 hommes, 12 apôtres. Depuis, Pour le chiffre, trop souvent pas le cas, avec dans certains cas des femmes s’infiltrant.
    Maintenant, avec un nombre indéterminé de pieds, et avec la présence des femmes, qui va être ressentie comme obligatoire, toute une dimension essentielle du symbolisme va se diluer.
    NL.

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