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Le Tro Breiz 2018 au jour le jour [MàJ du 05/08/2018]

Exceptionnellement appelé “Tro Breiz de l’unité” parce que cette  boucle entamée passera aussi par Nantes et Rennes, affichant ainsi une Bretagne 5/5, le périple de l’été vient de partir en ce lundi 30 juillet. Du lundi 30 juillet au samedi 4 août, les randonneurs rallieront la cathédrale Saint-Étienne en six étapes de 23 kilomètres en moyenne : Pleubian, Lézardrieux, Plouézec, Lanvollon, Binic et Saint-Brieuc.

Philippe Abjean en parle dans l’interview donné ici à RCF, ainsi que Mgr Moutel, l’éevêque de Saint Brieuc & Tréguier.

Nous allons vous partager, de manière différente cette année, chaque jour du Tro Breiz. Moi-même, je couvrirai les moments où je suis sur place comme l’an passé, mais Yves Daniel, qui avait publié en primeur sur Ar Gedour ses chroniques du Viator, sera notre correspondant cette année, accompagné de Julien Moizan, chroniqueur sur une radio du Lot & Garonne.  Comme dit Yves, « j’ai écrit mon histoire sur le pèlerinage, ça s’appelle Chroniques d’un viator. J’adore ce moment où je revois les copains et j’en rencontre de nouveaux .J’ai beaucoup reçu et j’essaye de rendre en faisant un peu de bénévolat dans la semaine. »

Il en fait donc profiter les lecteurs d’Ar Gedour. Retrouvez chaque jour de nouvelles photos, articles, vidéos…

La veille : assemblée générale du Tro Breiz

Yves, qui retrouve son groupe : Un des premiers plaisirs du Tro Breiz, c’est de se retrouver avec tous les amis, les sourires, les jeunes femmes qui rajeunissent. Je vois Karine est là avec son bel accent du sud-ouest. A mes côtés se trouvent le cipal, en face Fred le métalleux, Fañch parle toujours aussi rapidement mais on le comprend. Pierre vient de repartir. François s’est ajouté à notre groupe mais il est inquiet car il ne sait pas où il tombe.

Nous sommes dans une pizzeria, après l’assemblée générale qui a vu la réélection triomphale des candidats sortants et où les premières instructions nous ont été données. Les pizzas sont un peu longues à venir, donc j’en profite pour vous donner ce premier compte-rendu. Le temps est gris, mais pas mauvais. A demain.

 

Deiz kentañ : de Tréguier à Pleubian

Déjà, pénétrant dans Tréguier, la ville de Saint Tugdual – l’un des 7 saints fondateurs et de Saint Yves Hélouri de Kermartin, les pèlerins marchent vers la cathédrale. Elle se dresse vers le ciel incertain, tandis que les bénévoles s’affairent, les uns au café/croissant, les autres au point I (point information), délivrant badges et autres carnets. Les inscriptions de dernière minute affluent : ce seront près de 1700 marcheurs qui s’élanceront après la messe d’envoi célébrée par Mgr Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc & Tréguier, accompagné de Mgr Centène, évêque de Vannes et fidèle Trobreizien, entourés de nombreux prêtres, de deux diacres, de séminaristes et de servants d’autel.

En attendant, les sacristains préparent l’autel. La chorale chauffe ses voix. Quelques calages avec les aumôniers du Tro Breiz et Philippe Abjean, fondateur et président de l’association organisatrice. Puis après son mot de bienvenue, la procession avance. Une messe dans une cathédrale bondée, une messe avec des chants en français, latin et breton.

Le Da Feiz hon tadoù koz résonne sous les voûtes multicentenaires pendant que les pèlerins prennent la route, après avoir vénéré les reliques de St Yves et de Saint Tugdual. Un marcheur cornemuse au vent accompagne les premiers kilomètres. Le soleil est là et augure un bon pèlerinage.

Le premier édifice que nous voyons auprès du point eau attendu après 6km, c’est la chapelle saint Votrom en Trédarzec. Cette petite chapelle est construite à proximité d’un puits dont l’eau était censée guérir les maladies. . D’où la réputation de saint guérisseur faite à Saint Votrom, en un lieu où un culte pré -chrétien existait avant le 5ème siècle.

La reporter de KTO, que je transporte avec moi pour la journée, prend ses images. puis nous repartons pour le point repas. Nous sommes ravis car nous nous apercevons que plusieurs indications que nous avions donné suite au retour et avis de différents pèlerins, des mégaphones ont été achetés pour donner les directives, et au niveau de la distribution des repas, le flux est canalisé dans deux files matérialisées par du rubalise. Moins d’attente et plus d’efficacité, grâce aussi au nouveau système : exit les tickets repas, c’est une sorte de carte à tamponner qui est désormais en place. Cela mobilise deux bénévoles supplémentaires, mais l’efficacité s’en ressent.

Chacun se positionne auprès des round-ballers ou auprès des talus. Le repas est appréciable. De mon côté, j’en profite pour voir tous ceux que je n’ai pas vu depuis longtemps. Puis avec Philippe Abjean, nous nous accordons une petite pause au houblon. La pause arrive à sa fin. Nous croisons Mgr Moutel qui comme les autres pèlerins marche : un évêque accessible qui n’hésite pas à échanger et à parler avec ceux qui l’abordent.

Direction Notre Dame de Brestan, cette petite chapelle privée reconstruite sur une ancienne chapelle où se rendaient les marins pour demander protection et rendre grâce. Comme à chaque fois, le père Dominique de Lafforest accueille les pèlerins, et avec les locaux explique l’histoire de la chapelle et invite à la prière.

Nous nous dirigeons vers Creac’h Maout, la montée du Bélier, là où existait un sémaphore qui permettait aux bateaux anglais d’accoster en France ou aux bateaux français de se rendre en Angleterre. La vue est belle, magnifique, sur le sillon de Talbert. Au large, nous apercevons l’île de Bréhat. Que la Bretagne est belle.

 

Pendant que les pèlerins arpentent les dunes escarpées, les bénévoles servent de l’eau à coup d’hectolitres. Tout se passe bien dans une ambiance bon enfant.

Nous nous rendons à la chapelle Saint Antoine avant d’arriver sur Pleubian. Les habitants et la mairie accueillent à bras ouverts les pèlerins : un jus de fruit / quatre-quart bienvenu, au son d’un couple de sonneurs. Un groupe de danseurs est là. Des marcheurs se joignent à eux pendant que les cloches sonnent à toute volée. Les saucisses sont sur le grill et déjà certains s’attablent. Mais… non loin de là, dans l’église, est exposé le saint Sacrement. Les pèlerins viennent le saluer. Ils ne sont pas nombreux mais ils sont là, juste avant de se rendre vers le terrain de camping. Ce soir, la veillée de prière aura lieu là-bas. Chaque année, qu’elles sont belles et priantes, ces veillées concoctées par les aumôniers et les religieux qui accompagnent le Tro Breiz. Le fest-noz aura lieu un peu plus loin, emportant les marcheurs fatigués dans des danses qui finalement délassent les pieds… avant de repartir.

Eilved deiz : Pleubian – Lézardrieux

Yves, un peu trempé : il est 7h30 du matin. J’entends que les cloches sonnent à toute volée. J’en profite pour vous partager mon expérience unique. Après le fest-noz, j’avais trouvé un magnifique endroit pour poser mon lit de camp tout neuf, une nouvelle plantation d’artichauts Je m’étais réfugié auprès d’un talus qui me protégeait du vent d’ouest. Je pensais passer une bonne nuit, je m’installe face au soleil levant, dans une excellente perspective pour passer ma nuit. Je me suis endormi du sommeil du juste. Mais voilà qu’à 2h38 du matin, une averse… mais une averse… mon ami. Qui n’a pas duré longtemps, mais m’a contraint à revoir ma nuit à la belle étoile. Je me suis retrouvé recroquevillé dans ma voiture. On s’endort sous un temps nuageux mais pas menaçant. Quelques heures après, sans qu’on y prenne garde, on se retrouve trempé. Mais mon nouveau lit de camp est désormais baptisé.

 

Je vous envoie la photo de la chaire extérieure de Pleubian. Cette chaire est magnifique et toutes les scènes de la Passion sont sculptées autour.

Après la messe débutant cette seconde étape, direction la chapelle de Kermassac’h (en Lanmodez). Il faut savoir que le 2 Février 1592, une bataille opposa les protestants de Paimpol et les catholiques de Cotafrec et de Tonquédec. Une soixantaine de ces derniers furent inhumés dans la plaine appelée depuis Kermassac’h – en breton, c’est le lieu du massacre – Un vitrail de la chapelle commémore cette bataille. L’édifice dédié à Notre-Dame de Kermassac’h a été construit à partir de 1463, reconstruit en 1753. Sa toiture fut emportée par la tempête de 1999 et une association de sauvegarde restaura l’édifice en 2003.

Un souvenir de cette journée : le Colonel Rémy avait ramené la tête brisée d’une statue de ND des victoires située à l’église des Français bombardée à Londres. Il s’était engagé à la reconstruire, ce qu’il a fait. Cette tête se trouve maintenant dans la petite chapelle de Lanmaudez accompagnée d’un ex-voto. Ce qui est charmant c’est de savoir que ce grand résistant qu’était le colonel Rémy et sa femme aussi étaient très attachés à cette petite chapelle.

Le repas a lieu à la chapelle Saint-Maudez de Kermouster.  Le Tro Breiz a cela de bon qu’il nous fait découvrir un patrimoine d’une richesse insoupçonnée. Cet édifice a été réédifié en 1740 sur un ancien oratoire du XIIe siècle, comme en témoignent les 2 arches de style roman. Le clocheton reçoit en 1743 sa première cloche, à laquelle on donne les prénoms du parrain et de la marraine, Etienne de La Villeneuve et Anne Belingan, baronne de Penmarc’h. Elle abrite un Christ en bois du XVe siècle, neuf statues en bois polychrome du XVIIe et du XVIIIe siècle, une peinture de Marie-Madeleine et plusieurs ex-voto. Dans l’enclos de la chapelle, la pierre dite de Maudez, petit bloc de granit creusé, aurait, le pouvoir de guérir les enfants atteints de problèmes de locomotion, en leur servant de siège.

 

Déjà nous arrivons à Lézardrieux après 23km de marche. Vivement qu’on se couche. Mais ce n’est pas pour tout de suite…

Il faut savoir que jusqu’en 1793, Lézardrieux fut un prieuré dépendant de l’abbaye de Saint-Jacut. Là, encore, nous sommes accueillis non pas avec tambours et trompettes, mais biniou et bombarde. La veillée de prière prévue à l’église portera sur le thème des vocations, avec les séminaristes. Tout un programme en phase avec ce qu’ont inclus dans le livret les aumôniers du Tro Breiz : “Bretagne, Terre de Mission” :

Le Tro Breiz est un pèlerinage, un périple sacré où nous mettons nos pas dans ceux de nos pères dans la foi… Notre coeur a un but : il cherche la Lumière qui éclaire vraiment, la présence qui console. Il cherche la Vie. Cette Lumière, cette Présence, cette Vie est Jésus-Christ, cheminant avec nous comme il l’a fait en Palestine il y a 2000 ans. Aujourd’hui, nous marchons dans “notre Galilée” qu’est la Bretagne. Terre si riche spirituellement, elle s’est donnée au Christ à travers les différents évangélisateurs qui lui ont annoncé la Bonne Nouvelle. Terre nourricière de tant de missionnaires, elle est devenue une véritable terre de mission : l’Evangile est toujours à découvrir, à annoncer. Partons alors aujourd’hui avec ce que nous sommes ; marchons en compagnie de ceux qui nous ont transmis l’Evangile, pour devenir à leur suite, les saints d’aujourd’hui. Ainsi, cette année, notre itinéraire sera balisé par les Saints Bretons rencontrés sur le chemin que nous parcourons, et par l’enseignement du Pape François dans sa dernière exhortation apostolique Gaudete & Exultate (Réjouissez-vous et exultez) sur la Sainteté.

Fest-noz dans le square ou veillée. Quel dilemme… Les deux ?

Il s’avère finalement que ce soir, le fest-noz n’est en fait qu’un mini bal populaire qui passe de la variété. Déception de nombreux pèlerins, mais satisfaction des organisateurs de la veillée qui a été plus fréquentée.

Setu, poent eo monet da gousket…

Teirved deiz : Lézardrieux – Plouézec

(CR d’Eflamm)

A 7h, les commerçants commencent à préparer petit-déj’ et croissants, sandwiches et autres formules à emporter, avant le déferlement de marcheurs. A 7h30, la belle petite église s’emplit et est bientôt bondée. La procession démarre de dehors : monseigneur Moutel préside la messe, entouré de nombreux prêtres et de deux diacres locaux. Répertoire en français, latin, breton, encore une fois. Un pèlerin de Paris me confie : “Je ne comprends pas toutes les paroles, mais c’est tellement beau qu’on se laisse porter”. “Le chant d’offertoire était magnifique” ajoute François, un pèlerin fidèle du Tro Breiz.  C’était le Melam Oll da viken, chanté à 4 voix.  Flûtes irlandaises, orgue, bombarde, violons. De nombreux instruments accompagnent la liturgie. C’est beau. Et voir jeunes et anciens, générations confondues de tous les horizons, prier ensemble et chanter d’un seul coeur, nous voyons des promesses d’espérance, ces braises qui sommeillent sous la cendre mais ne demandent qu’à être ravivées avant de partir en mission.

Le soleil radieux éclaire la magnifique baie de Lézardrieux. Le cortège s’élance. Bientôt, le pont est traversé par les 1700 marcheurs. Les gendarmes ont bloqué le pont pour permettre une traversée plus aisée.

Plusieurs Trobreizien témoignent : “Les gendarmes font un travail formidable ! Grâce à eux, tout se déroule à merveille”. Un sous-officier les rejoindra juste pour faire une petite partie du périple, lui aussi, pendant son jour de congé. Quelques-uns de ceux que je croise repartent avec une médaille de Sainte Geneviève, leur sainte patronne, que j’ai pris le soin d’emporter avec moi.

 

Nous passons ce matin par l’église de Plounez. C’était déjà une paroisse en 1256. Elle est citée comme telle dans les archives du procès d’Yves Helouri de Kermartin, où paraissent des témoins natif de Plounez (1330). L’ancienne église de Plounez n’existe plus, et celle que nous visitons ici figure parmi les premières églises “néo-gothiques” qui fleurissent à l’initiative de recteurs antreprenants à la fin du XIXème siècle. Malheureusement, ces ecclésiastiques ambitieux n’avaient pas toujours le goût simple de leurs prédécesseurs, ce qui nous prive souvent d’églises harmonieuses bâties entre le XIVème et le XVIIIème siècle.

 

Les kilomètres passent et nous entendons qui des conversations enjouées, qui des confidences, des conversations plus spirituelles. Certains profitent d’avoir des prêtres disponibles pour se confier, pour poser des questions qui les taraudent. Un pèlerin nous dit très fier “vous savez que le premier jour, lors du déjeuner, j”étais assis tout seul face à la mer. L’évêque m’a demandé s’il pouvait s’asseoir à côté de moi et on a mangé ensemble !” Il faut dire que Mgr Moutel parle avec les pèlerins, mais s’arrête aussi discuter avec des habitants, ou va encore saluer les commerçants. Il est dans son diocèse et c’est l’occasion pour lui d’échanger avec ses paroissiens.

A chaque chapelle, le Père Dominique de Lafforest invite à la prière et entonne un chant. Sur invitation des aumôniers, les marcheurs chantent plus que l’an passé. Ca manque de chants bretons (et pourtant le carnet n’en manque pas). Il est probable que peu les connaissent. Mais j’entends parfois entonner le Da feiz. C’est déjà ça ! Ou ici, Son ar Chistr !

Nous arrivons sur Paimpol. Là, depuis la fin du mois de juin et pour tout l’été, vous pourrez admirer La sculpture de Kito, « Free-Mousse ».  C’est le petit Prince breton, un petit Mousse à la jolie frimousse, avec sa marinière son bonnet et son caban, sans oublier son renard Live-fox. Il a cet air de Saint Mérec, sculpté par le même artiste à la Vallée des Saints. La sculpture est installée au bout du quai Neuf depuis lundi 18 juin 2018. Elle mesure quatre mètres de haut et est en granit de Louvigné.

Le panorama est magnifique avec le port de plaisance, les vieux gréements, et les 1700 marcheurs qui comme un seul homme s’approchent de la côte où se trouve le point eau. Les bénévoles ne savent plus où donner de la tête : les autorités avaient exigé une arrivée en groupe sur Paimpol. Mais un tel groupe, c’est une logistique…

Nous pique-niquons non loin de là. Les camions frigo sont déjà en place et les équipes aussi. De mon côté j’irai manger avec mes deux enfants et l’équipe de Nantes menée par le Père Guillaume Le Floc’h. Très sympathique moment. Mais vite passé. Les piou-piou (le service  encadrement habillé en jaune) viennent rappeler que l’heure de lever le camp est arrivée.

Sur le petit sentier escarpé chacun tente d’avancer, pendant que le vent du large fait claquer les drapeaux. Petit passage par l’abbaye de Beauport puis direction une chapelle dédiée à Sainte Barbe de Kerity. Construite au 17ème siècle, la chapelle est vendue en 1794, comme bien d’église. Elle est entourée d’une enceinte en pierre où se trouvait auparavant le cimetière. A l’extérieur de celle-ci se trouvent un calvaire (Inscrit aux Monuments Historiques depuis le 31 mars 1926) et une cave dans laquelle étaient entreposés les dons en nature des fidèles. Cette dernière est ensuite transformée en oratoire abritant une statue de Sainte-Barbe. L’entrée de la chapelle est surmontée d’une niche abritant également une statue de Sainte-Barbe. En 1829, la chapelle est rendue à la Paroisse de Kérity, les propriétaires en ayant fait don au Conseil de Fabrique. En 1908, le Recteur de Kérity fait faire d’importants travaux pour embellir la chapelle : un porche et un clocher sont rajoutés et une nouvelle cloche est mise en place. Son pardon a lieu chaque année le jeudi de l’Ascension. Voici le cantique, chanté par deux bénévoles de la chapelle :

Je croise un jeune : Bruno. La veille, il est parti de la région bordelaise et s’est rendu à Lorient. Il questionne sa foi mais il veut se mettre au service des autres, au service de Dieu. Par un projet un peu fou, mais pourquoi pas. Il n’y a que les timorés qui ne s’engagent pas dans des projets qui les dépassent. Lors de sa confession, à Lorient, le prêtre lui dit : “tu es mûr pour le Tro Breiz”. Alors il a fait du stop et est venu rejoindre les centaines de marcheurs ce mercredi. Et là, il rencontre des gens. Il se rend compte de toutes les pièces de puzzle qui s’emboîtent peu à peu et donnent du sens à ce qu’il cherche. Son témoignage est prenant. Je prierai pour lui.

On continue direction Plouezec. Au bout du chemin, l’accueil de la municipalité, comme dans beaucoup d’endroits (pas tous) est formidable. Un verre de l’amitié, un mot de l’adjoint au maire, un bagad (avec lequel j’ai pu jouer). Pour Xavier “l’accueil est mémorable”. La vice-présidente du Tro Breiz est elle aussi heureuse de ce bel accueil encore ce soir.

Car c’est vraiment la fête dans cette localité, alors que sonnent à pleine volée les cloches de la grande église. Ce soir, le Père Guillaume le Floc’h célébrera la messe, et lira aussi l’Evangile e brezhoneg. En attendant, les galettes-saucisses se font sentir, de l’autre côté des huîtres sont proposées à la dégustation. Le fest-noz commence. Il y a beaucoup de monde sur la place. Les chevaliers du Picon-bière, dont nous vous avions déjà entretenu l’an passé, sont toujours-là : une équipe très sympa que je regretterai ne pas avoir vu plus cette année.

C’est un pèlerinage à la suite de nos saints fondateurs, mais on retrouve là l’esprit de nos pardons, dans lequel le sacré et le profane font bon ménage, dans une convivialité qu’apprécient les marcheurs, bretons ou pas. Je vois des gens de Marseille, de Lyon, de Paris, de Bordeaux, de Rennes, de Brest, de Lorient… tous dansant ensemble dans cet esprit qui fait du Tro Breiz un pèlerinage pas comme les autres. L’un des aumôniers du Tro Breiz me glisse : “En exclusivité pour Ar Gedour : c’est génial. Il faut qu’on continue comme ça !”

Au fil des étapes de la journée, je rencontre des lecteurs d’Ar Gedour : “Merci pour ce que vous faites” me dit Monique. “C’est grâce à vous que j’ai découvert certains pardons” poursuit Marie-Françoise. De nombreuses rencontres, des encouragements à continuer, la joie de rencontrer les rédacteurs. C’est un plaisir d’échanger avec vous, chers lecteurs d’Ar Gedour sur qui nous pouvons mettre des visages. Il faut dire que sur ce trajet, nous étions 5 collaborateurs d’Ar Gedour.

Pevarved deiz : Plouezec – Lanvollon

(par Yves Daniel)

Nous partons de l’église Notre-Dame du Gavel en Plouézec pour rejoindre Lanvollon. 28 bornes à assurer !!! Nous avons hâte de visiter la chapelle de Kermaria an Isquit dont l’histoire est plongée dans la matière de Bretagne. Henry d’Avaugou accompagna Pierre Mauclerc, du de Bretagne, à la Croisade. Il revint sain et sauf en 1240 en ayant pris le risque de la peste, de la captivité et de la mort. La chapelle fut fondée par lui, et dédiée à la Vierge Marie sous le vocable que l’on traduit par “Marie qui tire d’affaire”. Les peintures consacrées au mystère de la mort et de l’au-delà furent exécutées entre 1488 et 1501. Le bal de Kermaria an Iskuit fut ainsi source d’inspiration pour les Tri Yann :

Nous sommes sur le domaine de Boisgelin qui est le fief des marquis de Boisgelin, ou nous venons de déjeuner dans une ambiance extrêmement sympathique sous un ciel bleu de carte postale agrémenté d’un petit vent frais qui permet de supporter aisément la température qui s’élève.

Je suis maintenant du service de sécurité que j’ai rejoint au sortir de Lanloup. Je vais aller faire cette même sécurité avec d’autres. Je suis une petite main sous la direction d’autres qui connaissent la mission bien mieux que moi.

Le repas m’a été offert par un pèlerin qui n’est ni plus ni moins que l’ambassadeur du Lichtenstein aux Nations Unies, à Genève. Vous le voyez, sur le Tro Breiz on trouve de tout. L’ambiance me paraît bien sympathique. Les marcheurs marchent vite mais courageusement mais vont arriver à Lanvollon en fin d’après-midi.

Pour l’instant je change d’équipe. Je ne manquerai pas de vous faire part de la suite des événement.

Le soir, une très belle veillée auprès du Saint Sacrement a eu lieu. Des moments de grâce…

Une de mes très belles nuits trobreiziennes

Il est 6h45. J’ai réussi à piquer un chargeur à un copain et je squatte son chargeur. Nous sommes à Lanvollon sur le terrain de sport car je voudrais vous raconter ma nuit. cela a été une très belle nuit : pas un nuage, pas un souffle d’air. Je me suis installé sur des tribunes toutes neuves.  J’ai déplié mon lit de camp, j’ai déplié mon sac de couchage et j’ai admiré la nuit.

J’ai compté les étoiles, aussi nombreuses que la descendance d’Abraham. Je t’y ai retrouvé, beaucoup d’autres et moi avec.

Vers minuit, la lune s’est levée. Elle a montée, sans pour autant éteindre les étoiles. On entendait au loin le bruit de la voie rapide mais sans plus. Petite à petit, n’ayant pas l’heure je voyais la lune monter.

Ce matin, non pas l’aurore, mais les étoiles se sont éteintes, et la lune était toujours là. Elle a fini par dorer l’aurore.

Il ne fait pas froid. L’air est cristallin. L’écart de température est cependant tout à fait notable. Quand on a souffert la veille, quand tout va mal, comment cela s’appelle-t-il ?  Cela porte un nom :  l’aurore. Ce sont les derniers vers de Jean Giraudoux dans  “La guerre de Troie n’aura pas lieu”.

 

Pemved deiz : Lanvollon- Binic (24 km 28km)

De Lanvollon où le Tro Breiz a été accueilli avec une convivialité là encore exceptionnelle, direction Binic. 24 kilomètres prévus au compteur (qui feront finalement 2). Le lever est souvent tôt si l’on veut arriver à démonter les tentes à temps, laisser les sacs dans les semi-remorques, prendre le petit-déj’ et se rendre à l’Eucharistie du matin, la messe qui augure d’une journée excellente. La boutique, qui n’a pas désempli de tout le Tro Breiz, est ouverte dès 7h30. Les bénévoles, eux, sont debout depuis longtemps puisque les petit-déj’ sont servis dès 6h30. Le rassemblement est prévu à 8h45 pour un départ à 9h sur les chapeaux de roue. Sous le cagnard, c’est un peu chaud, mais on avance bien, et c’est toujours mieux que la pluie de l’an passé.

Aujourd’hui, nous passerons par la chapelle Saint Antoine en Tressignaux. L’histoire de cette chapelle pourrait offrir un exemple assez complet des péripéties subies par notre petit patrimoine rural, et ceci bien au-delà de la Bretagne.

Voulue, conçue, bâtie à l’initiative de nobles habitants du terroir, elle fut entretenue au fil des siècles, accueillant des générations qui venaient après les tâches ardues des jours “respirer l’air d’en-haut”. Dédiée à l’ermite Antoine qui, de”riche qu’il était, se fit pauvre” à la suite du Christ, la chapelle fut érigée au XIIIème siècle par Rolland du Groesquer et Catherine du Parc, son épouse. Saint Antoine porte la marque d’une “évolution” dans l’art de construire en Bretagne, atteignant les plus modestes édifices dans les campagnes. Les maçons continuent à sculpter des “choux frisés” très en honneur au siècle précédent, mais ils se lancent dans de nouvelles formes sculpturales dont l’église de Guingamp offre peut-être la plus frappante illustration. Ici , lorsque la chapelle nécessitera de nouveaux travaux, on remaniera le chevet et la longère au Sud. La chapelle possède des statues destinées à garder la mémoire d’Antoine et de Paul, ermites, de Saint Léon, de saint Sulian et de saint Nicolas.

Nous marchons, alternant une couverture agréable lorsque nous passons en forêt, et des séquences plus ardues avec un soleil qui nous vise de ses rayons, nous réchauffant le coeur, mais nous invitant à faire honneur aux centaines de bouteilles d’eaux mises à disposition par les bénévoles. Certains jours, c’est plus de 1000 litres qui sont servis.

Sur le trajet, certains chantent. L’ambiance est au beau fixe. Certes, quelques-uns sont contraints de faire appel à la voiture -balai, mais nous marchons pour deux. Nous atteignons la chapelle Notre-Dame de la Cour. Re-marche. Nous arrivons sur Binic.

Après avoir passé le sillon de Talbert, Paimpol et la rocheuse, nous mettons le pied sur le plateau de Saint Brieuc, pris entre les profondes vallées du Goët et du Goëdic. Brieuc, venu de Galles, en prêchant pendant sept jours, convertit le roi Conan et ses soudards. La cathédrale fortifiée ne nous sera cependant pas ouverte demain, pour cause de travaux. Après une bonne nuit réparatrice, nous nous rendrons vers l’église Saint Michel, ce haut-lieu de la Bretagne, dédié très tôt à l’archange Saint Michel. Une question se pose : comment faire entrer tous les pèlerins dans l’édifice ?

A Dieu vat. Pour l’instant, place au repos du pèlerin.

C’hwec’hved deiz : Binic – Saint Brieuc

Yves, aux anges sur la plage des Rosaires : Nous sommes à Binic. Hier soir, un magnifique coucher de soleil. Une première pour moi à l’occasion du Tro Breiz :   j’ai pris un magnifique bain de mer  après le dîner.Il a fallu marcher un peu peu pour avoir l’eau à la hauteur des genoux à la marée montante, mais c’était absolument délicieux.

La soirée d’hier pouvait laisser espérer un magnifique soleil levant sur la baie de Binic ce matin. Il n’en était rien : la brume de mer nous a masqué le lever de soleil. En revanche, voilà un temps bien plus favorable pour les marcheurs. Ceux-ci ne devraient pas tarder à arriver. Je suis là sur la plage du Roselier pour les faire remonter sur la falaise, jusqu’à l’heure du déjeuner. Le temps est frais et j’ai donc remis ma petite polaire à attendre les trobreiziens qui seront épargnés à la fois par le soleil et par la pluie.

A 12 h 15, après les plages de Tournemine et des Rosaires, la pointe du Roselier, les premiers marcheurs arrivent à Saint-Laurent-de-la-Mer pour une pause repas bien méritée. Le parcours est moins harassant que la veille.

Pour une dernière tournée, mais sans pour autant que leur mission soit terminée, les bénévoles de la restauration se donnent au maximum. Ils se plient en quatre pour les marcheurs, et c’est un peu grâce à eux, grâce à tous ceux qui donnent du temps, que le Tro Breiz fonctionne.

Philippe Abjean, lui, s’est isolé pour préparer son discours et annoncer que le prochain parcours aura lieu de Saint-Brieuc à Dol-de-Bretagne du 29 juillet au 3 août 2019.

A 14h sonne le départ pour Saint-Brieuc en passant  le port du Légué et le Bois-Boissel. À 16 h, les premiers pèlerins dévalent l’escalier le long de la chapelle Notre-Dame-de-la-Fontaine, rue Ruffelet, à Saint-Brieuc, puis remontent vers le centre historique, direction la cathédrale pour former une procession. Bannières et statue de ND du Tro Breiz, nombreux drapeaux bretons et étendards, couronnes de fleurs comme veut la tradition, tout le monde est prêt. Mais un mariage a lieu dans l’église, et le Tro Breiz devra attendre la fin de l’office pour entamer la grand-messe célébrée par Mgr Moutel, en présence de Mgr Centène, de nombreux prêtres, diacres et séminaristes. Des séminaristes qui auront vu que la culture bretonne a cette richesse étroitement liée à la foi.

A 17h30, la procession démarre. Le cortège se dirige vers la rue Maréchal-Foch puis l’église Saint-Michel. Les cloches sonnent à toute volée pour saluer les pèlerins, tandis que dans l’église résonne le cantique dédié aux sept saints  :

Patroned Breizh-izel, 
Klevit hiziv ma fedenn, 
Gouarnit bepred fidel 
Ar vro hoc’h eus graet kristen. 

Discours de Philippe Abjean à l’occasion de l’arrivée du Tro Breiz à Saint-Brieuc

Vous avez commencé lundi la première étape d’un Tro Breiz des 9 cathédrales et des 5 départements. Un Tro Breiz historique au cours duquel vous avez décidé de vous mettre à l’écoute des Saints qui ont changé la face de la Terre et fait de l’Armorique notre Bretagne.

Ce Tro Breiz est désormais votre histoire. Les autres vous diront qu’il s’agit là d’une randonnée, de Tréguier à Saint-Brieuc, de commune en commune, de chapelle en chapelle. Ils ne savent pas que vous avez entrepris un tout autre voyage, celui qui fait devenir chacun de vous unique. Tant il est vrai qu’il n’y a pas au monde deux personnes qui marchent d’un même pas. Car ce voyage est celui du corps avec ses souffrances ; mais le Tro Breiz, c’est celui d’un voyage de l’âme. Ce Tro Breiz a pu être douloureux mais vous ne le regretterez jamais ! Les autres vous diront que vous avez cheminé sur 150 km, et peut-être plus. Ils ne savent pas, chers pèlerins, que vous vous êtes mis aussi en route vers vous-même.

Sur les chemins de la Sainteté, nous avons pu compter sur l’accompagnement de la Sainte Église. J’exprime, en votre nom, notre profonde gratitude à Mgr Moutel, l’évêque du diocèse de Saint-Brieuc qui nous a accueilli et qui a enduré, chaque jour à vos côtés, les mêmes difficultés de la marche que vous.

Chers amis pèlerins, votre présence et votre enthousiasme nous disent qu’il n’y a nulle place pour le fatalisme, la résignation et le découragement, et que l’avenir de l’Église est devant nous. Chers compagnons du Tro Breiz, à travers l’écoute, l’échange, l’entraide, vous avez donné de l’amour sur le chemin. Ensemble, nous continuerons à faire de grandes choses. Le Seigneur nous ouvre le chemin.

Message de Mgr Moutel, évêque de St Brieuc & Tréguier

Merci pour vos échanges, vos prières, votre simplicité.
J’ai découvert qu’on cultivait des hortensias en plein champ, j’ai vu comment on fabriquait les bottes de foin.
J’ai remarqué que les vocations des uns et des autres se complétaient et s’enrichissaient. Sommes-nous rassasié ? Sommes-nous encore capables de nous étonner du don de Dieu ? Certains sont rassasiés de kilomètres, de soleil… Mais cela veut-il dire que nous en avons fait assez ? Nous pouvons être satisfaits des réussites humaines, de notre vie de foi et de notre relation à Dieu mais nous serons jamais rassasiés du don de Dieu qui est merveilleux et qui est plus grand que ce que nous connaissons jusqu’à présent.
Au terme de ce Tro Breiz, ne dîtes pas : “Ça y est, c’est terminé !
” Ne dîtes jamais : “J’en ai assez fait, maintenant je me repose !”
Il n’y a pas d’âge pour accueillir le don de Dieu.

à suivre… Da heuliañ : témoignages, vidéos, nouvelles photos… 

L’album de Jean-François Kermen

Vidéo 1 de Sébastien Kerroux, publiée avec l’aimable autorisation de l’auteur

Séquences vidéo “Tro Breiz inside / e-barzh” : Julien Moizan pour Ar Gedour

Photos : Eflamm Caouissin / Yves Daniel / Julien Moizan / Edern Caouissin / Mari-Céline de la Peschardière / Jean-François Kermen

Textes : Eflamm Caouissin / Yves Daniel / Livret du pèlerin

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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