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Louis Le Ravallec n’est pas mort en revenant du pardon de Saint-Fiacre

Peut-être avez vous déjà entendu parler de Louis Le Ravallec, dont une gwerz très connue parle, et a fait l’objet d’une étude importante de la part de Donatien Laurent*.

Pour résumer à l’attention de ceux qui ne connaîtraient pas, voici quelques éléments : le 26 avril 1732, comme le signale Erwan Chartier sur son blog, un commerçant du Faouët, parti pêcher, découvre un corps sans vie dans l’Ellé. Logiquement, il fait le lien avec l’annonce d’une disparition, celle de Louis Le Ravallec originaire de Langonnet, alors qu’il revenait du pardon de saint Fiacre, au Faouët. Averti, le père et la famille Le Ravallec viennent reconnaître le corps. Très vite, le bruit court que le jeune homme ne s’est pas noyé, mais qu’il a été tué par des camarades pour une histoire de cœur.

Pas de pardon de Saint-Fiacre en avril

Le titre de cet article est certainement un peu racoleur. Mais en faisant quelques petites recherches sur un sujet dont je vous entretiendrai dans quelques jours, j’ai été interpellé sur ce qui n’est qu’un détail mais peut susciter un intérêt.

En effet, il est indiqué dans la gwerz, collectée par Hersart de la Villemarqué, que la victime revenait du pardon de Saint-Fiacre. Tous ceux qui habitent le secteur savent que le pardon de St Fiacre a lieu en août et non en avril. Moi-même originaire du pays, j’ai interrogé de nombreuses personnes sur l’existence éventuelle d’un petit pardon, comme par exemple à Sainte Barbe (petit pardon en décembre, grand pardon en juin). Selon les Faouëtais interrogés, la messe était célébrée régulièrement à la chapelle, mais il n’y avait pas de petit pardon.

 

Tué le lundi de Pâques.

Quand le corps a été repêché, le 26 avril 1732, la famille n’avait plus de nouvelles de Louis Le Ravallec depuis douze jours. Ce qui le fait disparaître le 14. Or les éléments de la gwerz indiquent “le treizième jour du mois d’avril”. La version la plus ancienne de la complainte (il en existe 24) datant de 1835 rapporte bien cette date du 13 avril, lors des fêtes de Pâques. En 1732, le dimanche de Pâques tombait le 13 avril. Mais alors… Louis Le Ravallec a-t-il disparu le 13 ou le 14 ?

Il est précisé dans la gwerz que Louis Le Ravallec a fait ses Pâques le dimanche à Langonnet. Par conséquent, il ne souhaite pas aller avec les autres à St Fiacre du Faouët, comme le rapportent les paroles de la version de 1835 tout comme celle la version de 1911 parue dans Dihunamb, que vous pouvez retrouver ci-contre.

Si Louis Le Ravallec a été tué alors qu’il revenait d’une messe qui avait lieu à Saint-Fiacre en avril, ce n’est pas le jour de Pâques (puisqu’il était à Langonnet) ni lors du pardon de Saint Fiacre (qui est en août), mais après la messe du lundi de Pâques qui est célébrée traditionnellement dans la chapelle St Fiacre depuis très longtemps, office très fréquenté à l’époque et où il y avait une grande procession (ce qui explique le terme de “pardon”).

 

En conclusion : disparu le 13 ou le 14 avril ?

Il est indiqué dans les complaintes et études que nous avons eu entre les mains que Louis Le Ravallec a disparu le treizième jour du mois d’avril en revenant du pardon de St Fiacre. Cependant, si Louis Le Ravallec a déjà fait ses Pâques à Langonnet, qu’il est invité à aller à Saint Fiacre et qu’avec ses assassins il y assiste à la messe, c’est qu’il a disparu le 14 avril et non le 13, soit donc le lundi de Pâques 1732.

C’est un détail, mais cela permet de préciser l’histoire.


*LAURENT, Donatien. “LA GWERZ DE LOUIS LE RAVALLEC.” Arts Et Traditions Populaires, vol. 15, no. 1, 1967, pp. 19–79. JSTOR, www.jstor.org/stable/41001390.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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Un commentaire

  1. Herménégilde CADOUELLAN

    En effet, la messe du lundi de Pâques est célébrée traditionnellement dans la chapelle de Saint Fiacre. C’était en tout cas la tradition en 1982-85 où j’étais au Faouët. Peut-on faire remonter cette tradition au 18ème siècle ?

    Les actes du procès qui fait suite à la mort de Louis Le Ravallec peuvent sans doute éclairer les recherches.

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