Mémoire des groupes bretons : Ar Re Yaouank

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

Il y a un avant et un après Ar Re Yaouank. Dans les années 1990, ces « très jeunes frères » ont redonné au fest-noz une vigueur nouvelle, entraînant les danseurs dans une véritable transe et attirant un public qui, jusque-là, ignorait tout de la musique bretonne.

Les débuts

Le groupe est fondé en 1986 par deux frères originaires de Quimper : Frédéric Guichen, à l’accordéon diatonique (14 ans), et Jean-Charles Guichen, à la guitare folk (16 ans). Très vite, ils sont rejoints par les talabarders Gaël Nicol (bombarde, puis biniou kozh) et David Pasquet (bombarde), puis en 1990 par Stéphane De Vito à la basse électrique.

Ce quintet explosif bénéficie des influences multiples de chacun : du rock celtique aux Pogues, de Pink Floyd au métal, en passant par la musique classique. Ce cocktail, inédit à l’époque, donne à la musique bretonne une puissance nouvelle.

Une énergie « couillue »

Sur scène, Ar Re Yaouank ne se contentent pas d’accompagner la danse : ils la transcendent. Leur musique entraîne les danseurs dans une véritable transe collective (certains se rappelleront avec délice leur dernier fest-noz sous les halles du Faouët), où le fest-noz prend des allures de concert rock. Le son est massif, mais toujours au service de la danse. L’accordéon diatonique au jeu exceptionnel de Fred Guichen et la guitare fougueuse de Jean-Charles créent un socle qui, avec la bombarde et le koz, enflamme littéralement le parquet. La basse électrique apporte ce supplément d’énergie qui propulse la musique dans une autre dimension.

Leur seule présence suffisait à drainer des foules bien au-delà du public traditionnel des festoù-noz. Leur jeu de scène charismatique, leurs arrangements rock et leur énergie débordante révolutionnaient le genre. Eux-mêmes parlaient d’une musique « couillue » : sans concession, mais toujours respectueuse de la rythmique traditionnelle.

Discographie repère

  • 1989 – Sidwel : premier album studio, encore ancré dans la fraîcheur brute de leurs débuts.
  • 1992 – Fest-Noz Still Alive : album live culte, véritable manifeste qui capture la transe collective de leurs festoù-noz.
  • 1995 – Breizh Positive : album studio mythique, avec des titres devenus emblématiques (Breizh Positive, M-A-L, Ha Dall ha Dall Daoned).
  • 1996 – Ravine : troisième album studio, qui affirme leur maturité et leur originalité.
  • 1998 – Best Of : résumé d’une décennie flamboyante.
  • 2013 – L’Intégrale Ar Re Yaouank (Coop Breizh, 4 CD) : pour revivre toute l’aventure.

Influence et héritage

Leur influence est immense. De nombreux guitaristes s’inspirent du jeu de guitare de Jean-Charles Guichen. Des musiciens comme Plantec revendiquent aujourd’hui encore cette filiation : le jeu de bombarde d’Odran Plantec s’inscrit clairement dans la ligne tracée par David Pasquet, tandis que de jeunes accordéonistes continuent d’être marqués par le style de Fred Guichen. Le groupe a montré qu’on pouvait être enraciné tout en étant ouvert au monde, qu’un fest-noz pouvait avoir la même intensité qu’un concert de rock.

Leur succès déborde même des frontières de la musique bretonne : Fred et Jean-Charles Guichen seront invités en 2000 par Trust au Zénith de Paris, duo qualifié d’« AC/DC celtes » par Norbert Krief. A souligner également : la première partie des Pogues. Quant au morceau d’Ar re Yaouank Breizh Positive,  samplé par Manau dans Panique Celtique (1998),  il leur offrira une diffusion inédite à la radio.

Après la séparation

En 1998, après douze ans d’existence, le groupe se sépare. Mais chacun poursuit sa route :

  • Les frères Guichen, en duo puis avec leur quartet, entre compositions oniriques et énergie scénique. Ils rejoignent également ponctuellement divers aventures.
  • Jean-Charles Guichen s’est lancé depuis 1998 dans une carrière solo et a créé le trio PSG ( avec Soig siberil et Jacques Pellen). Il a également créé son propre groupe « Jean-Charles Guichen Groupe ».  Il rejoint divers projets avec Alan Stivell, Denez Prigent…
  • David Pasquet, d’abord avec Denez Prigent puis avec son propre groupe, le David Pasquet Group. Il rejoint également diverses aventures au fil du temps comme avec Gwenynn ou Matmatah.
  • Gaël Nicol, au sein de Bleizi Ruz, Añjel I.K., Diwall…
  • Stéphane De Vito, bassiste auprès de Pat O’May et d’autres projets.

Leur empreinte est telle que leurs re-formations ponctuelles créent l’événement. En 2011, ils ouvrent la 20ᵉ édition des Vieilles Charrues devant 40 000 spectateurs en transe. En 2013, au Festival Yaouank, plus de 8 000 danseurs s’embrasent au son de leur musique.

Avec leur modernité, leurs arrangements novateurs et leur énergie débordante, Ar Re Yaouank ont redynamisé le fest-noz et révolutionné la musique traditionnelle à danser, mais bien plus largement encore la scène bretonne rock. Ils ont attiré une génération nouvelle, séduite par leur approche non conventionnelle.

Dans cette série « Mémoire des groupes bretons », ils symbolisent une étape charnière : celle où la musique traditionnelle bretonne est devenue une force rock, capable de séduire les parquets autant que les grandes scènes.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD". En 2024, il a également publié avec René Le Honzec la BD "L'histoire du Pèlerinage Militaire International".

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2 Commentaires

  1. Quand, le morceau terminé, les danseurs en étaient encore à chercher quelle danse exécuter…

  2. Quand, le morceau terminé, les danseurs en étaient encore à chercher quelle danse exécuter, tandis que certains inventaient un pas en accord avec la musique… On parlait de mutations ! 😉

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