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OGHAM, l’écriture secrète des celtes d’Irlande

ogham, le livre de Stéphane TorquéauL‘ogham, c’est cette écriture formée de petits bâtons gravés, système au graphisme très simple que nous trouvons notamment sur les monuments d’Irlande, mais pas seulement. En dehors de l’Irlande, c’est dans le Pembrokeshire du Pays-de-Galles qu’on en retrouve le plus. La littérature consacrée à l’ogham est abondante, mais on tombe souvent sur une approche axée sur la dimension magique et divinatoires qu’auraient ces caractères dits druidiques. Un peu la transcription celtique du Futhark runique, faisant la joie des néo-pagan, voyant dans ces inscriptions un lien secret avec les divinités antiques et la Terre-Mère. Mais que sait-on vraiment ?

Pas grand chose, pour faire court. Pour autant, les études foisonnent, et l’on trouve de tout. Mais pour qui se penche sérieusement sur le sujet, la question n’est pas si aisée, tant sur l’origine précise que sur la raison d’être de l’ogham. Dimension magique légendaire ou système scripturaire ?

C’est ainsi que Stéphane Torquéau, qui vient de publier Les Celtibères, l’écriture et la langue des Celtes du centre de l’Espagne (sur lequel nous reviendrons bientôt) et dont le bagage historique et linguistique ancien est important, a publié en auto-édition un ouvrage qui, s’il est très accessible au néophyte, n’en demeure pas moins un livre de référence, dans lequel il expose certaines croyances portant sur l’ogham et d’intéressants postulats en s’appuyant pour cela sur des recherches antérieures très sérieuses. Expliquant ce que sont les oghams, le chercheur revient aussi sur la datation et le pourquoi de ce système d’écriture, ainsi que sur les différentes écoles de pensée traitant de l’origine de l’ogham, permettant de se faire un avis objectif.

Il développe ensuite le contenu des inscriptions oghamiques, leur phonétique et fait un tour d’horizon des pierres oghamiques et inscriptions existantes, dans une mise en page très aérée et très pédagogique, aisée à comprendre même pour celui qui ne connaît pas grand chose au sujet.

L’écriture oghamique semble ainsi avoir vu le jour pour permettre de rendre cette langue, l’irlandais primitif parlé jusqu’au VIème siècle en Ibernie (nom antique de l’Irlande). Les pierres monumentales étaient d’ailleurs souvent écrites en irlandais primitif, celui-ci précédant le vieil irlandais qui sera parlé en Irlande du VIème au XIème siècle et utilisé par les vieux manuscrits médiévaux. L’auteur propose donc en fin d’ouvrage quelques bases de prononciation de vieil irlandais.

Sur la question magique et divinatoire, l’auteur l’affirme : vouloir placer l’ogham au même rang que les runes, c’est nier la particularité de la religion celte. Et il explique pourquoi. Comme nous le disions plus haut, l’usage magique et divinatoire de l’ogham étant présent dans une abondante littérature depuis le XIXè siècle. Afin de mieux développer son point de vue, l’auteur, avant d’aller plus loin, développe donc quelques aspects de la religion druidique et le rapprochement chrétien, notamment sur la question de l’immortalité de l’âme et les honneurs rendus aux défunts, l’archéologie attestant les propos apportés puisque les oghams sont principalement présents sur pierres “mémorielles” ou sur des pierres tombales. Et là, pas de formules magiques ou de d’invocations à de quelconques divinités, mais des textes très courts composés principalement de noms de personnes ou de formules chrétiennes.

Pour lui, ce système d’écriture ne peut certainement pas être destiné à cet usage magique qu’on lui prête via un parallèle runique hasardeux. Suivant les études de Mc Manus, il conclut donc en disant que l’origine de l’écriture oghamique reste un mystère, mais que son origine celte chrétienne est aujourd’hui de plus en plus affirmée. Et oui !

Si donc vous voulez en savoir plus sur “l’écriture secrète des celtes d’Irlande”, par un travail objectif, ne manquez pas cet ouvrage. Un regret cependant : malheureusement, cette étude est volontairement diffusée en édition restreinte, mais si vous avez la chance de la trouver, vous ne le regretterez certainement pas !

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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Un commentaire

  1. L’ouvrage sur les Celtibères était un régal pour l’amateur érudit (il faut s’accrocher quand même!), un plaisir pour le bretonnant qui pouvait y trouver des correspondances celtiques parfois déroutantes (par exemple passer de”berkunetakam” à “bern”, “tas”!) mais toujours réjouissantes quand on sait qu’il parait que les Gaulois ne sont pas nos ancêtres…Nul doute que le discret érudit Stéphane Torquéau nous épatera de nouveau avec les oghams, encore plus proches de nos origines. Avec, cerise sur le gâteau, une approche catholique , ce qui n’est pas si courant de nos jours!

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