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[PONT-CROIX] La chapelle de l’ancien petit séminaire vendue à la municipalité

Amzer-lenn / Temps de lecture : 6 min

Résumé : après des mois de négociation, l’Oeuvre de St Joseph a cédé la chapelle du petit-séminaire de Pont-Croix à la municipalité, dans le cadre d’un projet de cité internationale de la musique. Les négociations ont porté sur la nécessité du respect des lieux, et pour ce faire, l’OSJ y a impliqué les acteurs locaux et les autorités ecclésiales.

Il est 18 h30 ce samedi 21 août 2021. Après plusieurs années de tractations entre l’Oeuvre de St Joseph et la municipalité, Benoît Lauriou, maire de Pont-Croix, dans le Finistère, signe l’acte d’acquisition de la chapelle de l’ancien petit séminaire à l’euro symbolique. Juste avant, une messe aura été célébrée en privé pour les anciens du petit séminaire.

Un petit séminaire construit en 1905

La chapelle Saint-Vincent de Pont-Croix, consacrée en 1905, a définitivement fermé ses portes en 1974. De style néo-roman, toute en granit, elle est l’œuvre du chanoine Abgrall. Après la fermeture du Petit-Séminaire en 1974, la chapelle, qui demeure consacrée, servait épisodiquement pour le culte, notamment durant des campagnes de travaux dans la collégiale Notre-Dame de Roscudon. Cédée par le diocèse de Quimper, elle est depuis septembre 2013 la propriété de l’Oeuvre de Saint-Joseph. En relatif bon état, des travaux coûteux s’avéraient cependant nécessaires. Dans l’optique de cette restauration et de la dynamisation du lieu, plusieurs manifestations avaient pu avoir lieu depuis 2013 dont une très belle exposition organisée par les Ouvriers de St Vincent, à redécouvrir ici. Mais depuis plusieurs années, il n’y avait plus de bénévoles en local pour s’occuper de la chapelle, laissant celle-ci à l’abandon. La municipalité a souhaité pouvoir en disposer comme auditorium dans le cadre d’une Cité internationale de la musique, projet plébiscité par une bonne partie de la population du Cap Sizun.

Quel avenir pour nos églises ?

Signature de l’acte de vente par Benoît Lauriou, maire de Pont-Croix.

Le choix est-il judicieux ? Le chantier de réaffectation des églises, d’actualité, est compliqué. Alors que bien des édifices sont en voie d’abandon (malgré des initiatives de restaurations bienvenues dans certaines localités), la réflexion sur leur avenir est un point d’attention primordial, sur lequel les bénévoles de l’Oeuvre de St Joseph travaillent, sans pour autant avoir la totalité des réponses. Philippe Abjean en esquisse les contours dans son dernier ouvrage “Le royaume du silence” ainsi que dans un livre à paraître sous peu chez Ar Gedour.

Tout le monde n’est pas Notre-Dame de Paris

Cela étant, pour Philippe Abjean, fondateur de l’Oeuvre de St Joseph, la vente de cette chapelle, dont l’acquisition s’était inscrite dans un projet bien plus large qui n’a malheureusement pas encore reçu écho, est un crève-coeur. Si plusieurs édifices de l’OSJ ont déjà été amenés à revivre comme à Quimper (chapelle du St Esprit) où une restauration d’envergure et une mise en avant des missionnaire breton sont en cours, à Guingamp (chapelle Ste Croix), voire à St Pol-de-Léon jusqu’à l’an passé, le chantier est colossal, et nécessite non seulement une prise de conscience des chrétiens (et de tous ceux qui sont attachés au patrimoine religieux) mais aussi un engagement bénévole sur le terrain. Sans oublier la dimension financière. Car pour l’OSJ comme pour toutes les associations engagées dans la défense du patrimoine, la difficulté à rassembler actuellement des sommes permettant le sauvetage des édifices religieux est à souligner, comme nous l’avons nous-mêmes constaté concernant l’abbaye de Montfort-sur-Meu. Tout le monde n’est pas Notre-Dame de Paris, et il est souvent plus facile de mettre 200€ dans un nouveau smartphone que dans le patrimoine, religieux ou non. La question d’une fédération des acteurs de sauvegarde du patrimoine breton se pose ainsi de plus en plus.

Quid de Pont-Croix ?

Cet écrin de Pont-Croix méritait certainement de vivre dans sa destination initiale. Pour autant, l’idée de Philippe Abjean était d’inclure la chapelle du petit-séminaire dans une académie d’art sacrée éclatée sur l’ensemble de la Bretagne, faisant sur Pont-Croix un lieu de rayonnement pour la musique sacrée et bretonne, en lien avec d’autres acteurs. Les soutiens étant rares pour l’avenir de l’édifice, le réalisme d’une nécessaire restauration coûteuse et d’un certain pragmatisme – toujours au profit des pontécruciens – obligeait à envisager les choses différemment tout en continuité avec l’idée initiale. Le Père Christophe Boudéreaux, alors président de l’OSJ, a donc mené un chantier important, conseillé par Maître Dagorne, notaire à Pont-Croix, pour permettre à la fois à la mairie d’avancer dans un projet ambitieux de restauration du lieu tout en respectant son intégrité, en misant sur la confiance et sur l’enracinement local. “L’opportunisme ne peut faire fi de l’éthique et de la spiritualité, mais l’éthique et la spiritualité ne peuvent s’affranchir du concret et de la réalité” confie le Père Boudéreaux, justifiant ainsi les négociations avec la municipalité depuis deux ans. “L’important est donc de faire le maximum pour faire respecter l’esprit des bâtisseurs” ajoute-t-il.

Une convention pour faire respecter l’esprit des bâtisseurs

Par convention, la municipalité s’est engagée à ne pas demander la désacralisation du lieu et à ne pas y faire n’importe quoi, à sanctuariser le maître-autel et à permettre au moins une messe annuelle pour les anciens du petit séminaire (vivants et défunts), ce qui peut être un appel pour le réveil de l’association des anciens en lien avec l’association des ouvriers de st Vincent.

Le maire a déjà enclenché une demande d’inscription du maître-autel et de la statuaire attenante dans l’inventaire des monuments historiques garantissant ainsi dans le futur leur maintien en l’état.

L’OSJ et ses partenaires (Gouloù Breizh / Ar Gedour) ont délégué Gwenegan Caouissin, connaisseur de la vie culturelle locale impliqué dès sa genèse dans cette affaire. Tout en faisant preuve par ce dossier d’un caractère désintéressé et d’un souci de l’intérêt général, l’OSJ et ses partenaires seront partie prenante de la programmation, en intégrant l’équipe de l’EPIC (Etablissement public à caractère industriel et commercial), contribuant à la vitalité du lieu et à faire rayonner la musique bretonne et sacrée et à perpétuer la mémoire du petit-séminaire, tout en veillant à ce que la chapelle ne soit pas dévoyée par des choix de programmation inappropriés. Les clauses de cette participation ont aussi fait l’objet de la convention entre l’OSJ et la municipalité.

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À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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