Dans bien des paroisses de Bretagne, on entend parfois un Kantik ou un refrain en breton. On essaie de donner une part (ténue) par un re vo melet ou un santel. Mais, malgré un riche patrimoine de cantiques et une identité culturelle forte, malgré des concerts qui attirent toujours, il reste souvent compliqué de donner une vraie place à la langue bretonne dans la liturgie. Pourquoi ?
Une rupture dans la transmission
Jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, le breton était une langue quotidienne et, par conséquent, la langue de la prière et du chant. Les kantikoù se transmettaient de génération en génération et les missels regorgeaient de ces oeuvres. Mais avec le recul de l’usage du breton dans la vie courante, la chaîne s’est brisée : beaucoup de jeunes générations connaissent à peine quelques refrains, et la pratique courante a disparu. Alors que les occasions sont légion, des fêtes de Noël aux fêtes de Pâques, en passant par chaque dimanche que l’année compte.
Il y a donc en jeu une question de confiance des fidèles, ou plus particulièrement des décideurs, car l’assemblée suit en général ce qui lui est proposé. En effet, chanter dans une langue que l’on ne parle pas ou que l’on ne maîtrise pas peut intimider. Ceux qui pourraient être des locomotives hésitent, craignent de se tromper ou de « mal faire ». Résultat : on choisit de rester dans le français, plus sûr et – d’un certain point de vue – accessible à tous. Au risque d’un déracinement, d’atrophier le répertoire breton et de ne plus prendre que des « valeurs sûres » comme Kalon sakret Jezuz, Re vo melet ou O Rouanez karet an Arvor, pour peu qu’on ait déjà la chance d’avoir déjà ça…
Le manque de formation et de motivation des animateurs
Les chefs de chœur, organistes, animateurs/chantres et prêtres jouent un rôle clé. Or, peu ont reçu une formation musicale et linguistique en breton. Beaucoup ne connaissent pas la langue et ne savent pas la chanter. Ce constat pourrait être l’occasion d’un apprentissage progressif, mais dans la pratique, nombre d’animateurs n’osent pas ou ne font pas le pas d’apprendre. La difficulté persiste donc, faute de relais compétents pour guider l’assemblée. Résultat : même lors de certains pardons, on ne chante plus le chant local.
Une image parfois « folklorisée »
Le breton, pour certains, est réduit à une couleur locale ou à une animation ponctuelle lors des pardons. Cela le cantonne à une dimension décorative, plutôt que de le considérer comme une langue pleinement vivante de prière et de foi. Alors qu’il existe une multitude de chants, anciens et plus récents, cette image est encore présente. Alors qu’existe un véritable trésor musical qui ne demande qu’à être déployé. Mais qui sait que Camille Saint-Saëns, comme beaucoup d’autres artistes renommés, a par exemple été inspiré par des cantiques bretons ?
Il nous faut donc promouvoir la beauté du chant breton (et notamment dans la liturgie), comme le font certains chantres, ou encore l’Académie de Musique et d’Art Sacré de Sainte Anne d’Auray, le choeur de Saint Corentin, les chanteurs de Feiz e Breizh ou les Kanerion Pleuigner, les Kaloneù Derv Bro Pondi ou le Trio Per Vari Kervarec, Clarisse Lavanant ou Anne Auffret, et bien d’autres. Ainsi, nous n’oublions pas le travail de collectage et de transmission fait également par Jorj Belz ou encore par le regretté Yann-Fañch Kemener.
Les défis matériels pour une richesse spirituelle
Les recueils de cantiques existent, mais ils sont parfois difficiles à trouver, pas toujours adaptés aux musiques actuelles, et mal diffusés. De plus, la diversité des variantes dialectales peut compliquer la mise en commun. C’est pour pallier à cela que nous avons développé le site Kan Iliz, catalogue du cantique breton. D’autres initiatives plus locales ont également été développée, en utilisant les outils actuels pour promouvoir le chant liturgique breton, comme par exemple le travail du Minihi Levenez, de Santez Anna Gwened, etc…
Là où il est chanté, le breton apporte une densité particulière : il relie à la mémoire des anciens, ouvre une porte vers la profondeur des traditions chrétiennes locales, et exprime une foi enracinée dans une culture singulière. Beaucoup de fidèles témoignent que chanter un kantik en breton « touche autrement » le cœur et l’âme.
Le chemin peut sembler difficile, mais il suffit parfois de peu pour commencer : un refrain répété, un Kyrie en breton, ou un simple chant marial. Peu à peu, l’assemblée s’y habitue, et la beauté de la langue fait son œuvre.
Les chantres n’ont pas besoin d’être des spécialistes pour se lancer : apprendre un ou deux cantiques avec patience et persévérance peut déjà ouvrir une brèche. Chanter en breton n’est pas une performance, mais un acte de foi et d’accueil d’une tradition qui nous précède. Et il existe un certain nombre de bretonnants prêts à épauler cet apprentissage avec humilité, pour peu qu’on leur fasse confiance et qu’on ne traite pas la question bretonne comme anecdotique. Notez d’ailleurs que des ateliers existent en ce sens !
👉 En résumé, le breton n’est pas un obstacle, mais un don. Chaque petit pas compte : un mot, une phrase, une mélodie… En osant chanter en breton, même humblement, nous faisons entrer dans nos célébrations une part de la mémoire et de l’âme de notre peuple. Et c’est ainsi que la louange devient encore plus universelle.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne


N’étant ni Breton ni catholique, j’ai hésité à vous dire que vos chants sont très doux et pleins de charme.
Tous mes encouragements!
Merci à vous ! Effectivement, nul besoin d’être breton et catholique pour déjà apprécier ce trésor musical. Votre témoignage est précieux.
Très bel article, profond et qui j’espère fera réfléchir dans les paroisses . Je ne peux m’empêcher d’envoyer un pic à nos équipes paroissiales, prêtres et fidèles …Leur argument est toujours « les gens ne comprendraient pas ». Mais le cantique Breton porte par lui-même et il suffit par ailleurs de mettre la traduction sur la feuille de chants. Le Breton essaie de mettre des mots sur l’Infini qu’il ressent. C’est là où est l’âme de la Bretagne et, que l’on comprenne ou pas ces mots, on est porté par elle…
Cet argument de non-compréhension, tout à coup, n’est plus mis en avant pour faire chanter dans d’autres langues venues d’ailleurs, sous prétexte « d’ouverture et de diversité ». Tout à coup, on comprend toutes ces langues du monde entier, comme les Apôtres à la Pentecôte. Alleluia…. On peut même chanter en « langues » et s’amuser à dévisser les ampoules en « musique », en remuant de temps en tant du croupion rythmés par les craquements des hanches et des mains arthrosées, par ce qu’enfin, la messe, c’est une belle fête …On va attirer les jeunes comme çaaa..oups Pierrette, tu peux me ramasser mon dentier? Xolotliñ zigomar chetzlouf inkomin … YES, J’AI TOUT COMPRIS DIS DONC…
Sauf en Breton parce qu’enfin, c’est quoi ce schmilblick, ce baragouin inintelligible….Ou alors, une langue trop élevée, plus que toutes les autres langues du monde, qui ne peut être comprise que d’une élite?… Komzit e Brezhoneg ha klaskit kompren gant ho kalon hag ho spered….. WHAT C QUOI ??? HELP? TRADUCTION PLEASE!!!
Rassurer, essayer humblement, se réconcilier, proposer sans jamais imposer : aimer, et aimer encore, avec patience, sur un chemin partagé de purification. Et puis, il faut parfois accepter de sortir de situations immobiles qui perdurent, de recettes devenues très conservatrices — non par malveillance, mais parce que l’humain est ainsi fait. La peur du changement, la peur du “qu’en-dira-t-on”, la peur de l’inconfort, la peur de constater la grisaille organique prennent souvent le dessus sur l’ouverture du cœur. C’est profondément humain, et cela demande un travail sur soi autant qu’un travail sur les inerties structurelles de l’Église pour avancer dans la confiance.
D’un autre côté, il existe de magnifiques cantiques anciens, au cœur d’un recueil immense qui en contient aussi de moins heureux, musicalement comme théologiquement. Certains chants traversent les générations parce qu’ils expriment une vérité simple et durable ; d’autres parlent moins aujourd’hui. Et puis il y a les compositions contemporaines, parfois très réussies, qui rejoignent des sensibilités actuelles.
Alors il s’agit d’aimer ce qui est aimable, de se laisser toucher par des mots et des mélodies qui ont parlé avant nous à d’autres générations — comme à celles d’aujourd’hui. Aimer permet de comprendre : un simple extrait de refrain, traduit ou expliqué, peut suffire à entrer dans l’esprit d’un cantique, à participer pleinement à la louange et à la prière de la messe.
Bonjour,
Peur de …peurs multiples …du changement peurs , peurs…
S’adapter ou mourir est la réponse…
Voyez commentaire triskel : sur chapitre :
Le druidisme bien compris ne peut que mener au christianisme.
Vertus donne ce qu’il faut pour répondre à vos interrogations , force et intelligence..
Cordialement .
Trsk