Saints bretons à découvrir

Qu’entend-on par l’expression « soldat du Christ » ?

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

Un lecteur a récemment contacté l’un de nos auteurs en lui reprochant de dire d’un prêtre (l’abbé Yann-Vari Perrot) qu’il se définissait comme «soldat du Christ», terme ignominieux à ses yeux. Ce lecteur, développant son propos et considérant que ce terme ne peut que désavouer l’homme de Dieu, explique que « le définir comme soldat du Christ équivaut à le mettre en possession d’armes, alors que c’était un être d’une extrême bonté, d’une charité exceptionnelle, d’une dignité exemplaire… ». Outre le fait que l’auteur de l’article (et nous-mêmes) sommes à même d’affirmer que l’abbé se définissait comme tel, nous tenons à éclaircir ici le propos qui montre une méconnaissance théologique et exégétique. Ce billet a donc pour but à la fois de remettre les choses à leur place et d’éclairer nos lecteurs qui rencontreraient cette expression sans en saisir le sens. 

 

Nos sources sont -nous le rappelons- les propres documents de l’abbé, écrits de sa main, issus des archives dont nous avons l’accès intégral, L’abbé lui-même se définissait comme « soldat du Christ » à l’instar de Saint Paul. Avancer un propos comme celui de notre lecteur est une méconnaissance du terme, expression pourtant reprise par les Pères de l’Eglise, par les Papes et de nombreux théologiens. Nous rappelons la seconde lettre de St Paul à Timothée (2,3-4) qui dit « Prends ta part de souffrances comme un bon soldat du Christ Jésus. Nul qui sert comme soldat ne s’engage en des affaires de la vie (ordinaire), afin de pouvoir donner satisfaction à celui qui l’a enrôlé ».

Nous le constatons, il n’est pas question ici d’armes mais de souffrances, de fidélité et de service, sans s’embarrasser des affaires de la vie. Un bon soldat meurt pour celui qui l’a enrôlé. Au-delà de toutes les affres de la vie, le prêtre, qui a été enrôlé pour servir, doit se donner jusqu’au bout, comme le ferait un soldat. Comme tout chrétien, d’ailleurs. Car vivre la foi de l’Evangile est un combat qui dure toute une vie comme il le dit à Timothée : « j’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course et j’ai gardé la foi « (2 Tm 4, 7). Car « le diable rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera », nous rappelle 1 Pierre 4, 7-8. Tout chrétien est donc concerné par ce combat spirituel pour lequel il faut des armes. Non celles que sous-entend notre lecteur mais celles développées par Paul dans 2 Corinthiens 10, 3-4 : « Nous ne combattons pas selon la chair. Car les armes avec lesquelles nous combattons ne sont pas charnelles ; mais elles sont puissantes par la vertu de Dieu, pour renverser des forteresses ». Les Ecritures nous rappellent que si le chrétien veut résister aux manoeuvres du Diable, il convient de revêtir l’armure complète de Dieu, armure spirituelle qui est d’ailleurs dépeinte en Ephésiens 6, 10-17 : «Car nous n’avons pas à lutter contre des adversaires de chair et de sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal répandus dans l’air. C’est pourquoi prenez l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister au jour mauvais, et après avoir tout surmonté, rester debout. Soyez donc fermes, avec la VERITE pour ceinture, la JUSTICE pour cuirasse et pour chaussures le ZELE à propager l’Evangile de la Paix. Ayez toujours en main le bouclier de la FOI, par lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Malin. Prenez aussi le casque du SALUT, et le glaive de l’ESPRIT, qui est la Parole de Dieu. »

  

Voilà ce que signifie l’expression « Soldat du Christ ». Il ne s’agit pas d’une interprétation des Ecritures mais de la définition explicite de l’inventeur de ce terme, à savoir Saint Paul lui-même. Voilà les seules armes que portaient l’abbé. Voilà l’engagement pour lequel il a donné sa vie. Il n’y a pas à chercher de vision belliqueuse. Tout théologien le sait, tout chrétien doit le savoir : un disciple du Christ ne peut servir deux maîtres et ne peut se contenter d’un engagement partiel ou tiède. L’abbé le savait et c’est ainsi qu’il se considérait, dans la ligne de Saint Paul et de tant de personnes qui ont donné leur vie, parfois jusqu’au sang du martyre. Ce sera le cas de Yann-Vari Perrot. Le considérer comme «soldat du Christ» ne fait que refléter cet engagement intégral au service du Christ Jésus, sans autre considération.

E. C. 

 

Vous appréciez nos articles ? Aidez-nous en contribuant sur notre Pot Commun « Skodenn Feiz ha Breizh »

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

Articles du même auteur

Découvrez Relikaer Breizh 2022 à Carnoët (seconde semaine)

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 minLancé en 2019 par l’Oeuvre de St Joseph …

[INTERCELTIQUE] Le Bagad Kemper remporte le championnat national des bagadoù

Amzer-lenn / Temps de lecture : 2 minLes championnats nationaux des bagadoù se sont déroulés …

Un commentaire

  1. J’ai pensé récemment que Dieu seul pouvait remettre de l’ordre dans les affaires du monde considérant les défis de l’écologie. Et puis j’ai pensé aux armées alliées pendant la dernière guerre et leur exemple m’a prouvé que l’homme aussi pouvait remettre de l’ordre dans les affaires du monde et j’ai pensé qu’un chrétien est un soldat du Christ comme vous le dites dans votre article.
    Moi qui suis surtout penseur, j’en déduis qu’il faut aussi agir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.