Saints bretons à découvrir

Quand l’école débretonnisait les enfants

QUAND, PAR L’INTERDICTION DU COSTUME BRETON, L’ECOLE DEBRETONNISAIT LES ENFANTS

( Première Partie – 1/3 )

Aujourd’hui, la débretonnisation des enfants, comme d’ailleurs de tous les Bretons est entièrement achevée, et sans doute irréversible. Nous n’en sommes plus à la francisation, elle-même dépassée, nous en sommes, au nom du «vivre-ensemble», à la mise en place d’une société «bretonne» largement cosmopolite et déconnectée de ses racines culturelles, historiques, linguistiques, voire spirituelles. Mais pour en arriver là, il était nécessaire dans une société encore majoritairement bretonnante (années 1890-1930), de détruire dès l’enfance le Breton dans toutes les formes de son identité. Nous savons que cette destruction programmée passait par plusieurs fronts : linguistique (interdiction de l’usage du breton à l’école et à l’église), culturel (négation totale de l’Histoire, de la culture bretonne dans son ensemble), et conjointement spirituel ( la laïcité comme arme de guerre contre le catholicisme, arme toujours en service…). Cette destruction passait en priorité par l’enfance, donc l’école, et aujourd’hui, c’est encore par l’école (L’Education dite Nationale) que passe la fabrication du «bon petit citoyen déculturé de sa propre identité, et les fameuses et très floues «valeurs de la République», en réalité, comme le disait Chesterton, des vertus chrétiennes devenues folles par le détournement qui en a été fait.

 

Nous connaissions la débretonnisation par l’interdiction de la langue bretonne dans les écoles, privées ou publiques, et la punition du «sabot» pour tout élève surpris à parler breton. Nous connaissons beaucoup moins la débretonnisation par l’interdiction du port du costume breton. Cette interdiction sera d’une redoutable efficacité pour emmener les enfants et adolescents à rejeter leur identité bretonne au profit d’une «identité urbaine» préfigurant l’aujourd’hui.

 

cliché yves de verité 4.jpgEntre les années 1918 et les années 1930, nous nous trouvons dans une décennie cruciale, une sorte de «dernier quart-d’heure» qui reste à la Bretagne pour sauver et restaurer les ruines de son identité qui s’accumulent, et dont toute une élite a conscience. La guerre qui vient de s’achever a complètement modifié la société bretonne. En quatre années, la République Française ultra jacobine, anti-catholique et infestée de Francs-Maçons a réussi, par le biais de «l’entonnoir patriotique républicain» ce que 150 ans n’étaient pas encore parvenus à réaliser : franciser les Bretons. Rappelons qu’encore récemment, Daniel Keller, Grand-Maître du Grand Orient de France, a déclaré que « le breton ne sert à rien, les panneaux bilingues sont un scandale, et qu’il vaut mieux apprendre l’arabe, le chinois et l’anglais «  (Carhaix, 11/03/2015). La bête rôde toujours.

 

1925, c’est l’année où le ministre Anatole De Monzie ose cyniquement déclarer aux Bretons «Que pour l’unité de la France, la langue bretonne doit disparaître», propos qui fait suite à celui qui adjurait les Bretons «d’oublier leur qualité de Bretons pour ne considérer que leur qualité de Français». Ces années sont un temps où le Breton est invité à être « iconoclaste » de tout son héritage ancestral, condition pour le faire «entrer dans la modernité» et en faire un «bon citoyen».

«Citoyen» : un qualificatif qui, comme sous la Révolution, a repris du service. On se doit d’être «citoyen» en tout. Les Hussards de la République vont trouver à tous les niveaux de la société des complices désireux de faire oublier leurs origines souvent rurales, pour mener à bien cette débretonnisation. De nos jours, il semble dérisoire de rappeler combien la célèbre Bécassine contribua à rendre les Bretonnes honteuses d’elles-mêmes.becassine.jpg Pourtant, cette héroïne de BD fut terriblement destructrice, et justifia le combat qui fut mené contre elle. Certains Bretons en mal de références historiques et culturelles représentatives de la vraie Bretagne entendent intégrer cette caricature dans notre patrimoine culturel : on a les références de son propre niveau de culture, et comme celui-ci atteint chez beaucoup le «niveau zéro» sur le plan breton, on ne sera pas étonné de ce choix…

 

Si l’armée, avec le sacrifice de 250.000 Bretons sur les «Champs d’Honneurs de la Patrie» a permis le «miracle de la francisation accélérée», pour la République «Une et Indivisibe» ce n’est pas encore suffisant, et cela traîne en longueur. Heureusement, l’Ecole Républicaine va très vite remédier à ces fâcheux  contre-temps de la bonne assimilation et travailler à l’extinction de «l’Homo-Britonnicus».

Que les écoles de la République mènent ce combat anti-breton : elles étaient dans leur logique. Mais que des écoles catholiques entendaient mener ce même combat, parfois avec un zèle encore plus grand que les écoles de la République, sera alors un scandale et une honte. Triste réalité qui va justifier les combats intenses de tout un clergé et de laïcs, sauvant ainsi l’honneur de l’Eglise de Bretagne, et dont la «tête» sera l’abbé Yann-Vari Perrot.

Monseigneur Duparc, lui-même acquis à tout ce qui fait  l’identité des Bretons sera, malgré bien des désaccords avec son recteur de Scrignac, non pas sur le fond mais sur les formes de mener ses combats, un ardent défenseur de la langue et des traditions bretonnes Il n’aura de cesse de rappeler à ses prêtres leurs devoirs dans leur paroisse, leur demandant d’être de ceux qui défendent cet héritage.

 

Avant d’aborder cette guerre faites aux petits Bretons dans les écoles, il nous a semblé intéressant de faire un parallèle avec l’américanisation de l’enfant indien. En 1885/86, les guerres indiennes sont terminées. Les Indiens vaincus et décimés, parqués dans des  Réserves. L’Etat américain entend faire de ceux-ci de parfaits «Citoyens américains». Pour atteindre ce but, la méthode employée va consister à «tuer l’Indien pour sauver l’homme» (sic), devise de Richard Henry Pratt, fondateur de la «Carlisle School» en Pensylvannie (1879) destinée à recevoir les enfants indiens. A noter, que Richard Henry Pratt avait auparavant été un impitoyable combattant contre les Indiens. Les photos de l’époque sont parlantes : les enfants Indiens arrivent à l’Institut vêtus de leurs habits traditionnels si typiques, la chevelure, garçons ou filles, souvent nattée. Sans attendre, leurs vêtements apaches, sioux ou d’autres tribus leurs sont retirés pour les habiller avec un uniforme à l’Occidentale. Bien évidemment, leurs prénoms et noms indiens sont substitués à des noms anglo-saxons, et leurs langues interdites. Ces mêmes enfants photographiés quelques mois plus tard, ne sont plus, si ce n’était leurs traits physiques, reconnaissables, ils sont devenus de parfaits petits Américains, et pour beaucoup reniant leurs origines, fiers d’être enfin civilisés. (1)

Ce parallèle pourra surprendre nos lecteurs. Si nous l’avons fait, c’est pour démontrer dans la deuxième partie de cet article, que les mêmes méthodes vont-êtres employées envers les enfants bretons. Chez nous aussi, il suffit de comparer des photos de l’époque où l’on voit des enfants portant fièrement leurs costumes, et peu après, dans la même école, dépersonnalisés par un habillement, un uniforme «parigo-citadin», le petit breton fagoté dans des vêtements tristes, commence à s’effacer pour devenir le parfait petit citoyen voulu par la République jacobine qui parachève ainsi l’œuvre destructrice de la Révolution.

(à suivre)

 Vous appréciez nos articles ? Aidez-nous sur notre Pot Commun en cliquant ici. Trugarez deoc’h !

NOTES :

1 ) Livre « Les Grands Chefs Indiens », éditions Time-Life International ( 1978 ).

À propos du rédacteur Yvon Abgrall

Publiant régulièrement des articles dans la presse bretonne, il propose pour Ar Gedour des articles documentés sur le thème "Feiz & Breizh" (foi et Bretagne), d'un intérêt culturel mais aussi ancrés dans les préoccupations actuelles.

Articles du même auteur

pardon de la Trinité Quéven

NOS PARDONS SONT-ILS ENCORE BRETONS ?

Nous avons eu l’occasion d’évoquer à maintes reprises la place de la langue, de la …

Perig Caouissin, dernier des Frères Caouissin et pionnier du cinéma breton est décédé

La période de confinement qui a pu donner du temps à certains pour retourner à …

6 Commentaires

  1. azul fellawen, exactement comme les ameridiens ,les bretons ,les basques ,les alsaciens ,et les amazigh d’afrique du nord….et d’autres malheureux sur cette terre…un jour les pouvoirs ultra-jacobins vont rendre des comptes ainsi les elités fabriquées des pays colonisées pensent egalement pire que les jacobins….tanemirt ar timlillit.

  2. azul fellawen, bonjour ,toujours le commentaire n’est pas posté.je l’ai partagé sur facebook mon nom de facebook :mohan ou idir abdi. tanemirt ar timlillit.

  3. azul fellawen, bonjour ,toujours le commentaire n’est pas posté.je l’ai partagé sur facebook mon nom de facebook :mohan ou idir abdi. tanemirt ar timlillit. et c’est ecrit votre commentaire ne sera pas publié.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *