Saints bretons à découvrir

Sainte-Anne d’Auray renoue avec son patrimoine théâtral

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

nicolazig.jpgL’Association Spectacles Yvon Nicolazic (ASYN) renoue cette année avec la tradition du théâtre populaire, en proposant cet été le son et lumière Yvon Nicolazic, paysan breton.

Le cadre en lui-même est riche en monuments : Scala Sancta du XVIIème siècle, Basilique du XIXème siècle, Mémorial de la Grande Guerre inauguré en 1932…

 L’intérêt d’un tel spectacle, dans un lieu plutôt connu pour les apparitions de sainte Anne au XVIIème siècle, est de rappeler qu’il y existait aussi une forte implantation du théâtre populaire breton, dans la droite ligne des mystères du Moyen-Age tant vantés dans nos vieux Lagarde et Michard. Ces représentations populaires ont persisté tout au long du XIXème siècle dans la région vannetaise, avant de connaître un coup d’arrêt durant la guerre de 14, puis une nouvelle vitalité à partir des années vingt. Le contre-coup de mai 68 avait fini par tout emporter.

Ici, le théâtre s’inspire de l’histoire locale, particulièrement riche. Et si le son et lumière de 2013 n’utilise pas la langue bretonne comme jadis (NDLR : malheureusement… mais espérons qu’une petite part lui sera au moins donnée), les acteurs restent comme autrefois des gens du cru, volontaires et bénévoles, tout comme pour le spectacle du Puy du Fou à son origine. Les premières répétitions ont montré à quel point de simples amateurs savent s’investir avec sérieux et professionnalisme.

 

Les retombées de ce spectacle sont multiples. Elles sont tout à la fois sociales, économiques et patrimoniales.

Sociales. A une époque où l’individualisme est roi au point que les syndicats comptent de moins en moins d’adhérents, il n’est pas anodin de constater qu’il est encore loisible de regrouper, de fédérer des personnes de diverses communes pour réaliser un projet commun, projet exigeant en temps et en qualité. Rien qu’à ce niveau, le spectacle est déjà une réussite.

Economiques. Un son et lumière de cette ampleur, en période de crise et de morosité, ne peut faire que parler de lui et de la région où il se trouve : le Pays d’Auray, voire le département du Morbihan ou la Région Bretagne. Les communes sont intéressées par les inévitables retombées qui se feront sentir sur les commerces et l’hôtellerie du 10 au 15 août prochains : on ne fait pas venir 1100 spectateurs à chaque représentation sans qu’il y ait des retombées financières tout autour. De nombreux partenaires sont dès à présents impliqués de diverses façon dans le projet : marchands de matériaux, imprimeurs, entreprises spécialisées dans les spectacles pour fournir cables, chapiteaux, gradins, éclairages…, sponsors, radios et journaux locaux. Des chefs d’entreprises parisiens s’impliquent déjà. Plusieurs éditeurs nationaux se sont montrés vivement intéressés pour la fabrication de livrets ad hoc, de programmes, de tracts, montrant par là-même que le simple cadre local est désormais dépassé.

Patrimoniales. Nous ne reviendrons pas sur les apparitions et les monuments qui méritent à eux seuls le déplacement à Sainte-Anne d’Auray. Le théâtre breton, qui déplaçait d’Angleterre des journalistes avant guerre, ne faisait plus parler de lui depuis belle lurette. Les pièces de théâtre de Job Le Bayon ne contribuèrent pas peu à ce succès. L’Académie de Musique et d’Arts sacrés avait déjà renoué depuis quelques années avec les traditions culturelles du lieu ; sa renommée est aujourd’hui internationale. Les expositions annuelles du Conseil Général, faites au niveau supérieur du cloître XVIIème siècle, renforçaient la référence patrimoniale de Sainte-Anne. Il manquait encore quelque chose pour que le rayonnement culturel soit plus fort ; c’est justement ce qu’apporte le son et lumière de cette année, qui se veut non une expérience unique, mais comme le point de départ de quelque chose qui pourra évoluer de façon plus consistante, plus imposante dans les années à venir. C’est signe que le patrimoine, souvent cantonné aux choses du passé, peut être aussi ou avant tout quelque chose de vivant et d’actuel.

La vraie, la bonne façon de comprendre le patrimoine, c’est de faire sien l’héritage du passé et de l’inclure dans nos créations contemporaines. Le spectacle Yvon Nicolazic, paysan breton, se situe dans cette droite ligne.

Prochaine répétition sur le site du Mémorial de Sainte-Anne d’Auray samedi 11 mai 2013 de 14h00 à 17h00.

N’hésitez pas à venir y assister ou à vous inscrire pour faire partie du spectacle.

Philippe-Guy Charrière

Secrétaire Général de l’Association Spectacles Yvon Nicolazic ■

Source

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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