Sainte-Anne-la-Palud : la fête foraine disparue, une question de normes plutôt que de religion

Amzer-lenn / Temps de lecture : 2 min

Chaque mois d’août, le pardon de Sainte-Anne-la-Palud rassemble toujours des milliers de pèlerins et curieux en baie de Douarnenez. Mais les plus anciens visiteurs ne peuvent s’empêcher de constater une absence : celle de la fête foraine, autrefois indissociable de l’événement. Manèges, stands et baraques coloraient jadis les abords du sanctuaire et attiraient la foule. Autrefois, le lundi désormais dédié aux Grand Aînés, était spécifiquement organisée la foire de Sainte-Anne, désormais tombée en désuétude.

Depuis la disparition des forains, beaucoup ont cru à une décision de l’Église locale, soucieuse de recentrer la célébration sur la prière et la liturgie. Le Télégramme de ce jour en fait également écho. Même si dans l’histoire du pardon, les festivités profanes ont pu parfois déborder, il s’agit d’une interprétation tenace, mais inexacte.

« Contrairement à ce qu’on entend souvent, il ne s’agit pas d’une volonté des prêtres », explique un spécialiste des normes de sécurité et connaisseur du grand pardon. « La véritable raison est beaucoup plus technique » ajoute-t-il.

Selon lui, les manèges n’ont pas disparu pour des motifs religieux, mais à cause des exigences de sécurité imposées par l’État (et donc par les commissions de sécurité dédiées). Les sols sablonneux et meubles de la prairie proche du sanctuaire n’étaient plus considérés comme adaptés pour accueillir des structures foraines modernes, parfois imposantes. « Le terrain ne répondait plus aux normes de stabilité des attractions. Les forains n’ont pas eu le choix : ils ne pouvaient pas s’installer », poursuit-il.

Pourtant, comme à Notre-Dame des Portes en Châteauneuf-du-Faou, les forains avaient trouvé leur place dans la tradition. Respectueux de la ferveur religieuse, ils interrompaient leur musique lors des processions et des messes. Certains arboraient même leurs propres bannières, intégrées aux cortèges.

Leur départ, contraint par la réglementation, a donc marqué un tournant dans l’histoire du pardon. Si la dimension spirituelle de la fête reste intacte, l’absence des manèges rappelle que la pérennité des grandes traditions populaires se joue aussi, parfois, sur le terrain des normes et de la technique. Si le rendez-vous reste toujours très prisé, on peut constater une chute de fréquentation  notable. On peut toutefois souligner les efforts de l’équipe d’organisation pour enrayer cette chute.

À propos du rédacteur Stella Gigliani

L'une des touches féminines d'Ar Gedour. Elle anime en particulier la chronique "La belle histoire de la semaine".

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2 Commentaires

  1. Dominique de Lafforest

    ah les NORMES !!!
    Édictées par qui donc ?…Elles sont un outil de choix pour …étouffer beaucoup de créativités et tuer des initiatives heureuses. Les maisons religieuses qui assurèrent durant des siècles les soins aux malades et l’éducation, se voient décrétées « plus aux normes européennes » et, partant, contraintes de cesser leurs services divers, voire de fermer, de vendre…
    il serait impossible, de nos jours, de bâtir un seul des bâtiments qui font la beauté de nos paysages et de nos cités : « pas aux normes » …
    quant aux êtres humains « pas aux normes » non plus…

  2. Les fêtes foraines n’ont plus besoin des fêtes religieuses pour exister, elles sont d’elles même attraction. Nul besoin d’un pardon d’Audierne ou ont migré tous les forains de la Palud, ou du pardon de Notre Dame à Châteaulin, le dimanche suivant, pour que tournent manèges ! La partie manifestation populaire qu’était la liturgie est désormais assurée par le feu d’artifice…
    Mais l’on comprend très bien les enjeux de la sécurité, quand l’on voit les monstres de technologie que sont devenus les anciens « casse-gueule » ; leurs présences conditionnent toute la hiérarchie dans la disposition des attractions foraines, et il est clair que le terrain de la Palud ne peux assurer la stabilité de tels engins.

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