Un documentaire sur Polig Monjarret en tournée

Philippe Guilloux, réalisateur carhaisien, a réalisé en 2019 un documentaire sur le musicien et collecteur Polig Monjarret (1920, 2003), ce grand défenseur de la culture bretonne et de son patrimoine. Il est notamment le créateur du bagad de Carhaix, le premier de Bretagne et de Bodadeg ar Sonerion ou BAS, l’assemblée des sonneurs. Il a été à l’origine du Festival Interceltique de Lorient.

Bugaled an diaoul : c’est ainsi que les sonneurs étaient surnommés par les prêtres. Les musiciens étaient accusés d’entraîner les danseurs dans la débauche. Même si Polig s’amusait de ce surnom lui-même, qui sait qu’il a justement composé une messe pour bagad et qu’il doit en partie sa vocation musicale à un prêtre, un prêtre pour qui il a d’ailleurs composé un kan bale ?

Mais au-delà du titre, nul doute que ce documentaire bientôt disponible sera cependant intéressant en faisant découvrir aux nouvelles générations celui qui fut à l’origine du formidable élan des bagadoù.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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2 Commentaires

  1. Ce sobriquet “d’instruments du diable” est un poncif souvent ressassé ad nauseam pour salir l’Eglise et la foi catholique. Il est balancé en généralisant à outrance sans aucune nuance selon les lieux et les époques. Il est vrai que le clergé a au cours des siècles tenté d’encadrer les réjouissances profanes qu’il faut le dire- il suffit de lire les archives judiciaires- pouvaient vite dégénérer. Il est vrai que le binioù et la bombarde, assossié à une forte consommation d’alcool échauffaient rapidement les esprits, et des danses qui nous paraissent maintenant bien innocentes pouvaient être source de graves troubles. La tolérance voire la bienveillance du clergé est très variable selon les lieux, les époques, les occasions et les pasteurs. Certains fermaient les yeux, d’autres étaient plus ou moins bienveillants ou intraitables. Les danses au son du binioù bombarde étaient beaucoup plus tolérées lors des noces que lors des pardons. Si bien que dans le pays de Muzillac, c’était souvent le recteur qui ouvrait la dans avec la mariée !Au cours du XIXème siècle, la discipline s’assouplit : les danses bretonnes en ronde, communautaires, sont totalement acceptées par le clergé, (le clergé du pays Pourlet était dit-on fort amateur de binioù-bombarde-mais ce sont les danses “modernes” en couples “kof ha kof” (ventre contre ventre qui sont réprouvées comme la mazurka ou la polka. Il existe à ce sujet un témoignage très vivant dans la correpondance du chanoine Jaffré, recteur de Guidel et député à l’Assemblée Nationale. Lors d’une noce paysanne à Guidel dans les années 1870, les sonneurs qui jusqu’ici sonnaient les danses du pays, se mirent à braver l’interdiction en jouant des airs modernes de mazurkas. Ils furent poursuivis à coup de fouet par le père de la mariée et durent faire amende honorable ( en payant à boire) avant de reprendre un répertoire plus classique. Dès la fin du XIXème siècle, les prêtres-poètes du premier mouvement breton se firent au contraire dans leurs chansons les zélateurs du couple binioù-bombarde face au nouvel envahisseur : l’accordéon “miliget” (maudit)

    • Louis-Marie SALAÜN

      Merci Uisant pour cette mise au point ! Quand j’ai découvert la musique bretonne il y a quelques années et ce couplet trop souvent ressassé (y compris par ce cher Denez Prigent) “il n’y a pas si longtemps l’Eglise interdisait de chanter” (sic) je me suis vite dit que cette accusation ne tenait pas suffisamment la route et que, comme vous le dites si bien on lance cette affirmation sans tenir du contexte des époques et en généralisant.
      J’ai pensé oui qu’au temps du Jansénisme certains prêtres ou évêques pouvaient tenir ce discours.
      A son époque, St Louis-Marie Grignon de Montfort fustigeait lui aussi la danse dans ses cantiques “on veut me perdre Seigneur par le piège de la danse” ou encore dans ce même cantique : “voici l’encens de vénus”. Mais il me semble qu’il dénonçait plutôt les danses de la cour et la mondanité des salons qui de fait était condamnable.

      J’ai même lu je ne sais plus où que des sonneurs avaient été jadis excommuniés : est-ce exact et la cause de cette excommunication résidait-elle dans la musique et les instruments dont ils jouaient?

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