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Une nouvelle Bible en langue bretonne

En avril 2018 s’est produit un événement important pour la langue et la culture bretonne, et pourtant, il est curieusement passé de manière quasi inaperçue? Il s’agit de la publication d’une Bible complète entièrement en breton !

Cela fait plus de 120 ans qu’un tel événement ne s’était pas produit et pourtant des traductions de la Sainte Ecriture en breton existent depuis longtemps.

Voici un bref récapitulatif historique de tout le travail de traduction de la Bible en breton accompli depuis deux siècles.

Ce sont d’abord les protestants qui publièrent deux Bibles en breton, à la fin du XIXe siècle. Le premier Nouveau Testament fut publié en 1827 par Jean-François Le Gonidec (1775-1838), « Reizher ar brezhoneg » (le régulateur du breton) chez un éditeur protestant. Ses disciples, Troude et Milin publièrent après sa mort, en 1866, son Ancien Testament, dans sa forme catholique, bien qu’ayant été rémunéré par les protestants d’outre-Manche. La première bible en breton est donc l’oeuvre d’un ancien chouan catholique, mais fut publiée par un éditeur protestant, aucun autre éditeur n’acceptant de publier ce travail. Pour cette simple raison, l’évêque de Quimper condamna cette première publication de la Bible en breton, oeuvre pourtant capitale pour toute langue moderne.

Puis vint une autre traduction complète de la Bible, protestante cette fois, publiée en 1897, réalisée par le pasteur Guillaume Le Coat à la suite du travail du pasteur gallois John Jenkins (1807-1872) sur le Nouveau Testament. Ironie de l’histoire, pour apprendre le breton, le pasteur Jenkins assistait régulièrement aux messes catholiques pour écouter les sermons en breton des prêtres. Ces éditions protestantes de la Bible sont aujourd’hui quasiment introuvables sur le marché des livres d’occasion.

Les catholiques bretonnants avaient bien entendu accès depuis très longtemps à des traductions de certains passages des Saintes Ecritures grâce notamment aux catéchismes, aux missels et aux nombreux livres de dévotions, mais, jusque-là aucune traduction catholique avec Imprimatur de la Bible en breton n’existait !

A partir des années 1940, plusieurs prêtres, surtout du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, notamment les abbés Marsel Klerg, et dans une moindre mesure Maoris Ar C’hollo, le père Medar, Pêr Bourdelles, Gwilherm Dubourg, entreprirent une traduction catholique de la Bible, sous la direction de Maodez Glanndour, pseudonyme de l’abbé Loeiz ar Floc’h, recteur de Louannec, écrivain et poète breton du mouvement Gwalarn (Mouvement en faveur du renouveau de la langue bretonne initié par Roparz Hemon).

Une deuxième équipe se mit en place un peu plus tard avec les abbés Pêr Ar Gall et Job Lec’hvien.

Production protestante, Bible, Nouveau testament et cantiques

Ceux qui ont connu ces prêtres vous diront qu’ils étaient des puits de science. Certains de ces prêtres avaient eu la chance d’avoir fait des études à Rome (Université Grégorienne), et même pour certains, d’avoir suivi les cours de l’école biblique de Jérusalem. En plus du breton, ils s’amusaient à parler entre eux en latin ou en grec ancien, lorsqu’ils se réunissaient au presbytère de Buhulien, chez l’abbé Klerg ou à Louannec, chez Maodez Glanndour.

Sous la direction de Maodez Glanndour, ils commencèrent le travail d’édition par l’évangile de Saint Matthieu avec comme co-auteur le père Médar. Puis Klerg prit le relais pour presque tout le reste du Nouveau Testament, à partir du grec. Ces prêtres, surtout dévoués à un humble ministère en paroisse rurale, avancèrent assez lentement dans leur travail, débattant parfois vigoureusement entre eux sur la meilleure façon de traduire tel ou tel passage difficile. Ils moururent les uns après les autres, sans voir leur travail gigantesque complètement achevé. Maodez Glanndour finalisa le Nouveau Testament au moment de la mise en place des célébrations de la messe en breton suite au concile Vatican II. Le Nouveau Testament fut publié en deux tomes aux éditions Al Liamm entre 1969 et 1971). Puis il finalisa vers 1983 la traduction d’une grande partie de la Septante qu’il ne publia pas du fait de son âge avancé et aussi parce que la seconde équipe, Le Gall et Lec’hvien, publiaient eux un Ancien Testament complet, traduit, non plus à partir du grec mais autant que possible par un mot-à-mot du texte en hébreu, la syntaxe du breton étant très souple.

Deux méthodes donc deux styles de traductions ! Maodez Glanndour a mis en valeur le texte grec, lui donnant en breton le niveau littéraire correspondant, tandis que Pêr Ar Gall aidé de Job Lec’hvien publièrent à compte d’auteur l’Ancien Testament en cinq tomes d’un texte directement tiré de l’hébreu. Job Lec’hvien décéda 30 ans plus tard, en 2015, non sans avoir travaillé d’arrache-pied à la commission inter-diocésaine de la liturgie en langue bretonne… et à la préparation de cette Bible.

La disparition de ces prêtres instruits, connaissant les langues anciennes aussi bien que le breton, nous fait craindre qu’aujourd’hui plus personne en Bretagne ne serait capable de refaire un tel chantier de traduction.

Notons au passage que plusieurs traductions du Nouveau Testament furent publiées sous le patronage du diocèse de Quimper et Léon, celle animée par Mgr Visant Favé, celle de l’abbé Pierre Guichou, ainsi que celle du Frère Daniélou – mais elles ne furent pas publiées dans l’orthographe unifiée, utilisée pourtant par toutes les écoles et maisons d’édition.

C’est M. Michel Dardare, ingénieur retraité et ami de Job Lec’hvien, et sous la direction de celui-ci, qui publia en un seul volume toute la Bible en breton en 2018 ! Travail remarquable pour quelqu’un qui ne parle pourtant pas breton !

En résumé, la Bible publiée en 2018 par les Editions Penkermin reprend la traduction de l’Ancien Testament par les abbés Per Ar Gall et Job Lec’hvien (édité par An Tour-Tan) et la traduction du Nouveau Testament (provenant du KDSK) réalisée sous la houlette de Maodez Glanndour.

Ce livre a hélas quelques petits défauts : la taille des caractères d’abord, trop petite hélas, qui rend le texte difficilement lisible pour des personnes âgées. On aurait peut-être pu obtenir un meilleur résultat en jouant sur l’épaisseur des marges et en choisissant une police de caractères plus lisible.

On remarque aussi l’absence totale de notes explicatives pour les passages difficiles, ce qui est vraiment dommage car Maodez Glanndour, Pêr Ar Gall et Job Lec’hvien avaient préparé des notes ainsi que des chapitres introductifs remarquables pour chacun des livres canoniques. L’Eglise catholique, dans sa grande sagesse, préconise toujours la publication des Saintes Ecritures avec des notes explicatives, indispensables à une bonne compréhension des passages difficiles de la Bible. Pour pallier ce manque, l’éditeur conseille au lecteur de se référer aux notes de la traduction liturgique française de la Bible.

A noter que bien que ce monument veut être une Bible catholique, de par ses auteurs – tous prêtres, et ayant reçu l’Imprimatur de leur évêque en leur temps – Michel Dardare n’a pas obtenu l’Imprimatur de Rome pour cette Bible et présente seulement une ancienne préface de Mgr Moutel, l’évêque actuel de Saint-Brieuc et Tréguier. Cette Bible n’est donc pas une Bible liturgique mais elle peut être un bon outil d’études, d’autant que le travail de mise en page est très propre et le texte est en breton et orthographe unifiés, ce qui permettra aux jeunes générations des écoles Diwan de le lire !

Nous avons donc enfin une Bible complète en breton, dans un format pratique, assez léger et solidement relié dans une couverture en cuir. Ce livre a  été publié avec l’aide la Région Bretagne, ce qui a permis un prix imbattable : seulement 20 euros !

A noter que le design de la couverture n’est pas sans rappeler les couleurs du drapeau breton, avec une couture blanche sur un cuir noir ! Joli clin d’œil !

Vous pouvez vous procurer ce livre “Ar Bibl troet e brezhoneg” directement par Ar Gedour, au prix de 28€ port compris. Contactez-nous pour toute commande, via notre formulaire de contact.

Les bretonnants et ceux qui apprennent notre langue pourront donc reprendre la pieuse coutume de lire un petit passage de la Sainte Ecriture au cours de la prière du soir en famille !

Car, comme dit Notre Sauveur Jésus-Christ l’écriture :

« Rak el lec’h ma vez bodet daou pe dri em anv, emaon eno en o zouez » Mt. 18, 20
« Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux. » 

J’apprécie cet article : je soutiens Ar Gedour

À propos du rédacteur Jorj Kadour

Contributeur occasionnel pour Ar Gedour, Jorj Kadour est un brittophone attaché à l'idéal Feiz & Breizh.

Un commentaire

  1. Plijout a rafe din prenan ar bibl e brezhoneg. Da beleg’h kas an arc’hant, Pegement?
    Trugarez deoc’h

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