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14 octobre 2011 : Concert « Messe de Kernascléden »

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

colloque catalan.JPGA l’occasion du Vème colloque International de l’Association Française des Catalanistes, l’université de Bretagne Sud et l’Institut Ramon Llull proposent un concert « Messe de Kernascléden / Llibre Vermel de Montserrat » par l’ensemble COLORTALEA, sous la direction d’Agnès Brosset.

Vendredi 14 octobre 2011 à 17h30

Eglise de Kernascléden

Entrée libre

Et pour en savoir plus sur les anges de Kernascléden, et la messe, voici un article fort intéressant, issu de ce site.

« La chapelle de Kernascléden, un des fleurons du gothique flamboyant du XVème siècle en Bretagne, fut ornée de peintures murales en 1460. Les quatre compartiments de la voûte du transept nord présentent huit anges musiciens associés deux par deux, l’un jouant d’un instrument de musique, l’autre déchiffrant une partition polyphonique inscrite sur une portée de quatre lignes en notes losangées caractéristiques de l’Ars nova du XIVème siècle. Ces quatre tableaux mettent en scène l’ exécution polyphonique et instrumentale des quatre chants en latin de l’ordinaire de la messe : Gloria, Credo, Sanctus et Agnus.

Les créatures célestes entourant les divinités ont pour origine les mythologies mésopotamiennes. La doctrine du zoroastrisme perse, contenue dans l’ Avesta, fut diffusée dans la Judée occupée en 538 par Cyrus, le libérateur des Hébreux exilés à Babylone. Les rédacteurs de la Torah hébraïque (Pentateuque des chrétiens) auraient été influencés par les enseignements de missionnaires perses. L’ Avesta décrit plusieurs catégories d’êtres célestes hiérarchisés exerçant différentes fonctions. De même, les anges de la Bible hébraïque sont hiérarchisés, hiérarchie complétée par les Épîtres de Paul et définitivement établie en trois ordres de trois choeurs par un moine syrien au VIème siècle. Les anges laudateurs, chanteurs et instrumentistes, occupent le bas de cette hiérarchie.

Les anges de Kernascléden utilisent des instruments apparus aux XIème et XIIème siècles : le rebec hispano-mauresque, la vièle à archet, la harpe gothique ou médiévale. Les quatre thèmes de la messe interprétés par les anges chanteurs appartiennent tous au troisième mode du plainchant grégorien qui correspond au mode dorien de la gamme diatonique pythagoricienne. Cette messe est le fruit d’un collage savant de partitions éparses au sein de vastes corpus d’origine ibérique qui correspond à un souci volontaire et opiniâtre d’une unité de mode et de rythme. Il est pertinent de souligner la modernité de cette messe de Kernascléden car les premières messes unitaires de Guillaume Dufay ne datent que des années 1430.

La Bible ne fournit aucune description des anges qui sont des créatures immatérielles. Pour les représenter, l’iconographie chrétienne byzantine puisa son inspiration dans les divinités ailées des mythologies grecque et latine.
L’anthropomorphisme s’accentua et atteint des sommets dans l’art de la Renaissance. Les anges de Kernascléden appartiennent à la tradition médiévale française. L’artiste a su exprimer de grandes qualités d’inventivité et d’originalité dans la mise en scène du sujet (équilibre judicieux dans l’espace offert et symétrie rigoureuse), dans la création du décor (préciosité et modernité des ailes en plumes de paon) et enfin dans les portraits singuliers de ses anges. Quatre d’entre eux portent des demi-coiffures postérieures évoquant la tonsure celtique qualifiée à tort de druidique. Cette tonsure fut abolie en 664 par les décisions du concile de Whitby près de York en Northumbrie. Les tenants de la tradition celtique adoptèrent ces décrets avec beaucoup de réticence et souvent avec un retard conséquent.

L’artiste de Kernascléden a donc fait preuve d’audace en décidant de ressusciter ou en acceptant d’être le complice de la résurrection d’un particularisme local aboli depuis un millénaire. En faveur de cette hypothèse plaide la survivance en Bretagne, jusqu’au début du XXème siècle, de rites païens de la fécondité en particulier les rondes féminines autour de symboles phalliques évidents comme les menhirs ou les stèles de l’âge du fer. C’est pourquoi il est très séduisant d’imaginer que cet artiste ait eu la volonté de conférer une identité celtique à des créatures célestes originaires du monde méditerranéen. »

Docteur Jean-Paul MOREAU, Chef de Service honoraire de l’Institut Pasteur

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour. Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD".

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Un commentaire

  1. Louis-Marie SALAÜN

    Je signale une erreur dans l’article. On y dit que cette messe est en 3ème mode donc en Dorien. Le 3ème mode est le mode authente de Mi tandis que le mode Dorien (mode de Ré) correspond au 1er mode. Donc si cette messe est en Dorien elle est en 1er mode et non en 3ème.

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