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A la lumière des Pères de l’Eglise : l’inculturation de la Bonne Nouvelle

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 min

Par Marie-Laure Chaieb

Vous le savez, le thème de l’inculturation est très présent sur Ar Gedour, car nous sommes persuadés qu’une « nouvelle » évangélisation ne peut se faire que par ce biais pour mieux enraciner la foi. L’inculturation :  c’est ce que nous retrouvons en étudiant les Pères de l’Eglise, ceux qui ont accompagné les premiers chrétiens et évangélisé en masse. Loin d’être des héros de bibliothèques éloignés de nos préoccupations, nous avons beaucoup à apprendre de ces Pères de l’Eglise dont le message est finalement plus actuel qu’on ne le pense.

C’est pourquoi nous vous proposons aujourd’hui un article de Marie-Laure Chaïeb, qui nous invite à voir les Pères de l’Eglises comme premiers théoriciens de l’inculturation. Et praticiens, ajouterons-nous Titulaire d’un doctorat canonique de l’Institut catholique de Paris et d’un doctorat en Anthropologie religieuse et science des religions de Paris IV-Sorbonne, Marie-Laure Chaieb est professeur de patristique et de grec biblique à la Faculté de théologie de l’Université Catholique de l’Ouest. Cet article publié initialement dans Esprit & Vie en 2010, est disponible désormais sur Théolarge et diffusé sur Ar Gedour avec l’aimable autorisation de l’auteur.

 

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Depuis sa naissance, la forme missionnaire du christianisme le confronte à la question cruciale du rapport aux cultures auxquelles il se propose. Dans l’acte même de transmission de la Bonne Nouvelle, les premiers chrétiens ont opté pour relever le défi de la rencontre des cultures. En explorant les textes des Pères de l’Église qui ont œuvré pour la transmission de la foi, nous allons voir que leur expérience peut sans doute nous éclairer : car, au-delà des cultures concernées (l’Antiquité tardive ou la culture d’aujourd’hui), c’est du rapport du christianisme à la Vérité dont il est question.

 

Alors que Jésus s’exprimait en araméen, les évangélistes ont choisi le grec qui leur permettait de diffuser bien plus largement leur message. Le souci d’inculturation (même si le mot est très récent) est donc ontologiquement lié à la foi chrétienne. Et l’expérience des Pères de l’Église peut non seulement nous le prouver, mais également nous fournir quelques principes de réflexion, toujours actuels : comme au temps des Pères, la foi est aujourd’hui un objet « étrange » sinon « étranger » à la culture ; comme au temps des Pères elle cherche cependant à « se dire » de façon audible dans cette culture car elle ne peut renoncer à témoigner de la Bonne Nouvelle qui la fait vivre ; comme au temps des Pères la foi cherche le juste équilibre entre souci de communication et visibilité de son identité propre.

Les Pères, des fils de leur temps Il est un fait qui oriente durablement le développement du christianisme : les disciples du Christ ont d’emblée opté pour transmettre son message dans le grec de la koinè. Nulle part nous n’avons trace de crainte des évangélistes de « perdre » quelque chose de l’authenticité de la foi en la traduisant l’araméen de Jésus dans une autre langue. C’est le souci de dispenser au plus grand nombre la Bonne Nouvelle qui leur donne l’audace de passer dans une autre culture. Cette impulsion se retrouve avec le même dynamisme tout au long de l’âge patristique : or, le passage d’une langue à l’autre ne se réduit pas une transmutation de vocabulaire mais à épouser toute une nouvelle structure culturelle. Les Pères eux-mêmes d’ailleurs en ont fait l’expérience avant de la proposer à leurs contemporains.

Les biographies des Pères regorgent d’exemples : la plupart d’entre eux ont bénéficié de la formation profane la plus poussée et ont su gravir les échelons de la paideia classique pour devenir de brillants avocats, des rhéteurs reconnus, des philosophes accomplis. Ce sont les propres outils de leur formation qu’ils ont mis au service de la foi après leur conversion. Lorsqu’il écrit aux magistrats romains son Apologétique, c’est à ses pairs que s’adresse Tertullien, leur rappelant l’idéal de justice qu’ils ont ensemble cultivé et que ceux-ci semblent avoir oublié puisqu’ils condamnent les chrétiens sans pouvoir leur imputer aucun crime. Lorsque Basile de Césarée rédige pour les jeunes chrétiens son discours Aux jeunes gens. Sur la manière de tirer parti des lettres grecques, c’est sur sa propre expérience qu’il s’appuie, lui qui a passé plusieurs années à Athènes pour parachever sa formation de rhéteur. Et l’on ne saurait dénombrer les Pères qui ont connu de l’intérieur les grands courants philosophiques de leur temps, pour y avoir adhéré avant leur conversion au christianisme : cette expérience les situe ensuite de plain-pied avec leurs interlocuteurs dans les débats philosophiques sur leur quête commune de la Vérité. Fils de leur temps, beaucoup de Pères savent discerner les avantages et les bienfaits de l’éducation profane dont ils ont bénéficié. Prenons deux exemples, pendant et après la fin des persécutions. Clément d’Alexandrie peut être considéré comme le premier porte-parole des Pères à ce sujet.  

 

Pour lire l’article en entier, téléchargez le PDF : Patristique_et_inculturation.pdf

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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