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Cardinal Robert Sarah, Nicolas Diat : “la force du silence ; contre la dictature du bruit”

N° 21 : « Aujourd’hui, dans un monde ultra-technicisé et affairé, comment trouver le silence ? Le bruit fatigue, et nous avons le sentiment que le silence est devenu une oasis inatteignable. Combien de personnes sont obligées de travailler dans un fatras qui les angoisse et les déshumanise ? Les villes sont devenues des fournaises bruyantes où même la nuit n’est pas épargnée par les agressions nocturnes.

Sans bruit, l’homme postmoderne tombe dans une inquiétude sourde et lancinante. Il est habitué à un bruit de fond permanent, qui le rend malade et le rassure.

Sans bruit, l’homme est fiévreux, fébrile, perdu. Le bruit le sécurise comme une drogue dont il est devenu dépendant. Avec son apparence de fête, le bruit est un tourbillon qui évite de se regarder en face. L’agitation devient un tranquillisant, un sédatif, une pompe à morphine, une forme de rêve, d’onirisme sans consistance. Mais ce bruit est une médication dangereuse et illusoire, un mensonge diabolique qui permet à l’homme de ne pas se confronter à son vide intérieur. Le réveil ne peut être que brutal. »

Je dédie ces lignes et même le livre tout entier – cadeau pas trop onéreux – à tous les éleveurs qui ne peuvent plus traire leurs animaux sans qu’éclatent à leurs oreilles les sons rythmés de leur station de radio préférée ; à tous les artisans qui ne savent plus exercer leur métier sans avoir près d’eux l’appareil tout maculé de peinture mais propre, si l’on puis dire, à la diffuser ; aux livreurs de fromages, ou autre, dont le véhicule reste, tout le long de la course, immuablement branché, quand bien même il s’agirait de musique dite « classique » ; à tous les cyclistes et joggeurs qui n’imaginent pas pratiquer leur sport favori sans avoir préalablement enfoncé dans leurs conduits auditifs l’oreillette qui les privera des sons environnants.

cardinal sarah
Le cardinal Sarah,M.Migliorato/CPP/CIRIC/

Les marins, seuls, peut-être, à l’écoute du bon ronronnement du diesel qui leur assure leur survie au milieu du grondement des éléments déchainés, échappent encore à la pollution sonore, à juste titre dénoncée comme telle.

Le même auteur poursuit un peu plus loin en ces termes : « La grande musique s’écoute en silence. L’émerveillement, l’admiration et le silence fonctionnent par correspondance. La musique vulgaire et sans goût s’exécute dans le brouhaha, les hurlements, le chahut, une agitation diabolique et exténuante. Elle ne s’écoute pas ; elle assourdit l’homme, le rend ivre de vide, de confusion et de désespoir.

Nous n’éprouvons pas les mêmes sentiments, la même pureté, la même élégance, la même élévation de l’esprit et de l’âme lorsque nous écoutons silencieusement Mozart, Berlioz, Beethoven ou un chant grégorien. L’homme entre alors dans une dimension sacrée et dans une liturgie céleste au seuil de la pureté elle-même. Ici, la musique, par son caractère expressif, par sa capacité de convertir les âmes, fait vibrer le cœur de l’homme à l’unisson de celui de Dieu. Ici, la musique retrouve sa sacralité et son origine divine ». (n° 24)

Et je suis sûr que ce point de vue est partagé autant par les chèvres que les vaches !

Pauvres enfants, pour qui la télévision est allumée du réveil, tôt le matin, jusqu’au coucher, tard le soir et qui leur sert à la fois d’abrutissoir et de nounou, les tenant ainsi sous son pouvoir, fascinés, mais tranquilles ….

Vous est-il arrivé d’assister à un repas à la cantine de leur école ? Pour un peu que la salle soit mal insonorisée, le bruit en est si assourdissant qu’il en devient rapidement insupportable et de nature à influer sur la digestion des petits convives, mais allez tenter de canaliser les débordements sonores de bambins en totale décompression de fin de matinée : « il faut bien que jeunesse se passe » ! Combien nos maîtres d’autrefois avaient raison de nous imposer au réfectoire le silence absolu – sous peine de 2 h de colle à la moindre effraction – agrémenté d’une lecture appropriée, libéré au moment du dessert par le « benedicamus Domino » du surveillant auquel nous répondions d’une seule voix tonitruante : « Deo gratias » !

 Au lycée, la « permanence » réunissait dans la même salle d’étude les élèves de la 6° à la terminale, de 10 à 18 ans. C’est alors que j’ai appris à me concentrer sur mon travail faisant abstraction de toutes distractions extérieures, tout « divertissement » dont j’apprenais alors en classe de philo, l’origine toute pascalienne.

Pendant notre service national, avec quelques-uns de mes camarades, nous avions l’habitude, après un copieux couscous ou une moukhlia à Bab Saadoun, d’aller prendre notre café en terrasse avant de retourner à nos occupations respectives. Nous passions là, sans échanger la moindre parole, d’excellents moments de convivialité à la découverte commune des us et coutumes locales comme de nous-même.

A ma petite fille, toute à son exubérance naturelle, j’expliquais lors de nos ballades bucoliques, qu’en forêt, ce n’est pas comme dans la cour de récréation de son école, vivaient des peuples entiers d’animaux sauvages courants, volants, rampants qu’il était essentiel de respecter : nous n’étions dans leur domaine que des intrus et notre discrétion était la moindre des politesses à leur égard. Elle en avait convenu et se taisait.

Rendant un hommage appuyé au rôle contemplatif des moines et aux moniales dont c’est l’état, « la plus grande force spirituelle de l’Eglise », le cardinal, Préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements depuis 2014, né en pays Conyagui, sur les pentes nord du Fouta-Djalon, ancien élève du petit séminaire de Bingerville, ne craint pas d’affirmer : « Les contemplatifs sont la plus grande force évangélisatrice et missionnaire, l’organe le plus important et le plus précieux qui transmet la vie et maintient dans tout le corps l’énergie essentielle. (…) Ce sont des êtres de silence. (…) Nous ne les entendons pas car ils contemplent l’Invisible et ils portent l’œuvre de Dieu » (n° 37, in fine)

De onze mois et un jour son cadet, je me rappelle avoir été aussi l’objet d’agacement de la part de mon père qu’inquiétait ma nonchalance naturelle susceptible, selon lui, de nuire à mon épanouissement futur et qui s’était entendu répondre par mon professeur principal de français-latin en 6°, au collège Léon XIII, l’abbé Etienne Gaulmier : « Monsieur Daniel, ne bousculez pas cet enfant : c’est un contemplatif ! »

Il ne m’est pas indifférent de voir une semblable prédilection chez mon petit-fils ! Puisse-t-il la cultiver,  envers et contre tout et tous ! ….

Cardinal Robert Sarah, Nicolas Diat : la force du silence ;  contre la dictature du bruit, préface du pape Benoit XVI, « Pluriel », 2017, 380 pages, 10 €

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À propos du rédacteur Yves Daniel

Avocat honoraire, il propose des billets allant du culturel au théologique. Le style envolé et sincère d'Yves Daniel donne une dynamique à ses écrits, de Saint Yves au Tro Breiz, en passant par des chroniques ponctuelles.

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