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« Celtes ? Gaulois ? Ou Bretons ? L’entrée de la Bretagne dans l’histoire »

A propos de la Conférence de Sœur Marie-Béatrice, professeur d’histoire à l’institution Saint Thomas d’Aquin de Pontcallec à Berné (56240) à la Librairie « les Vents d’Armor », place de l’église à Plouay (56240), le Vendredi 22 novembre 2019.

Sœur Marie Béatrice est une religieuse dominicaine du Saint Esprit qui enseigne l’histoire depuis plus de 30 ans ; elle est l’heureuse auteur d’un livre qui a rencontré son public : « Pontcallec un lieu d’histoire et de mémoire » paru en 2017 chez Liv’éditions, 352 pages, 25 €.

Christophe et Leïla Le Brize sont les libraires des « Vents d’Armor », ils vendent des livres, notamment celui de la sœur Marie Béatrice, mais pas uniquement : papeterie, presse, et on peut également s’y procurer de délicieuses pâtisseries et déguster un café ou un thé en compulsant les 4° de couverture …

Les relations de voisinage et d’affaires entre la religieuse et les libraires se sont, au fil des années, transformées en amitié partagée de sorte que, lorsque l’historienne, encouragée par ses supérieures, a souhaité répondre de manière systémique à la curiosité rémanente des visiteurs du site de Pontcallec par une série de conférences sur l’histoire de la Bretagne, c’est tout spontanément que les libraires ont proposé de mettre leur local à sa disposition et à celle des curieux de toute nature.

Et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés – à leur grande surprise – plus d’une centaine, place de l’église à Plouay, ce vendredi 22 novembre 2019, pour cette conférence inaugurale, la première d’une série de 8, un vendredi de chaque mois, jusqu’en juin prochain.

Alors, quant à faire, autant commencer par le commencement : la période évoquée couvre les année -1000 (av J-C) à + 500 (ap J-C) et se situe en Europe Occidentale.

C’est l’écriture qui permet de distinguer la période historique de la période préhistorique ; dans la mesure où les celtes, contrairement aux populations orientales contemporaines (Mésopotamie, Egypte, Phénicie), puis grecques et romaines, n’utilisent pas l’écrit qu’ils considèrent comme dégradant – ou alors, très exceptionnellement : la seule épigraphie gauloise en Bretagne se trouve à Plumergat – on peut dire que l’histoire à proprement parler n’a pas touché les peuples celtes dont la réalité n’est pourtant pas discutable. Alors qui sont-ils, d’où viennent-ils et que nous en reste-t-il ?

I – Qui sont les celtes ?

Stèle gauloise devant l’église de Plumergat « VABROS IUGAT ATREBO AGANNTOBO DVRNEO GIAPO » : « Vabros a dressé (ceci) aux Pères de la borne (ou du pays) pour Giapos, fils de Durnos » (traduction Gildas Bernier in « Annales de Bretagne et des pays de l’ouest » 1970, pages 655-677)

A défaut de sources et de documents écrits, ce sont les objets de la vie courante laissés par les celtes, notamment le mobilier funéraire, qui permet de se faire une idée de leur organisation sociale. Les populations celtes sont constituées en nombreuses tribus groupées autour d’un chef de clan, plus ou moins charismatique, en fonction du courage et de la bravoure dont il a su et sait faire preuve au combat.

Ces tribus se rassemblent annuellement à l’occasion de la fête du Samain, avant l’entrée de l’hiver. Leur  précoce sentiment national est donc à souligner. Tout le monde connaît les rassemblements dans la forêt des Carnutes

Cette organisation est celle que l’on verra se poursuivre tout au long du moyen âge et même au-delà. La société se divise en 3 classes sociales bien distinctes : 1°) la classe des militaires, des guerriers à cheval, des conquérants qui préfigure la noblesse de l’organisation féodale de l’ancien régime, 2°) la classe sacerdotale qui regroupe les druides et druidesses qui sont plus des enseignants et des gardiens de la tradition qu’ils sont chargés, s’agissant d’une civilisation orale ou l’écrit est méprisé, de transmettre à la manière des griots africains, que de véritables prêtres et prêtresses d’une religion polythéiste et cruelle qui pratique les sacrifices humains pour prédire l’avenir et, enfin, 3°) le « tiers-état » qui regroupe tous ceux qui ne sont ni guerriers, ni druides et constituent la classe des travailleurs, artisans et orfèvres  maitrisant le travail de l’or en filigrane, commerçants le sel et le « garum », agriculteurs défrichant et cultivant la terre : ce sont des sédentaires, vivant au plus près de la mer d’où ils proviennent et par où ils peuvent s’échapper en cas de danger, après avoir enfoui leur richesses (sous forme de « haches à douilles », sorte de monnaie d’échange)

Ils croient à un autre monde, leurs dieux sont divers, citons Lug, dieu de la lumière, Cernunos, l’homme-cerf et la déesse Néméton que l’on retrouve dans notre toponymie

II – D’où viennent-ils ?

  1. La civilisation de Hallstatt (Autriche)

Succédant à l’âge du bronze, c’est le premier âge de fer qui s’étend de -1000 jusqu’à -500 avant J-C : les épées dites « à antennes » en raison des fioritures qui s’attachent à leurs gardes ne sont plus en bronze mais en fer : on les retrouvent dans les tombes des guerriers, en forme de tumulus.

 Le sel gemme, d’une utilité reconnue tant pour la conservation des aliments que dans l’industrie sidérurgique, devient une source de richesse incomparable en raison du commerce dont il est l’objet. Son extraction dans les mines est au départ d’un grand nombre d’activités. Qu’on se rappelle que le mot « salaire » comme contrepartie d’un travail mercenaire, provient précisément de l’importance de l’utilisation du sel depuis cette période lointaine.

L’ambre, résine de conifère fossilisée, est recherchée et travaillée pour faire des bijoux, particulièrement des colliers

  1. La civilisation de la Tène (Suisse)

A partir de -500 avant J-C se développe à partir de la Tène le second âge de fer : les épées s’allongent, l’utilisation d’armes de jet comme la lance, puis l’arc rendent les celtes très au fait de l’art militaire et recherchés pour cela, ils  se développent jusqu’en Asie Mineure (Galatie), y rencontrent Alexandre le Grand qui apprécie leurs qualités guerrières, pillent Delphes où ils se moquent de la représentation anthropomorphique de la mythologie grecque et de son panthéon, et même Rome, assiégée et prise en 387 av J-C par le chef sénon (Sens) Brennus, celui-là même qui, devant la contestation des romains sur l’évaluation du butin de guerre, jettera son épée dans la balance : « vae victis », malheur aux vaincus ! Rien à voir, donc avec le bouclier que se disputent les rugbymen français, dû au ciseau de Charles Brennus (1859-1943)

On se rappellera que nous avons hérité de nos ancêtres armoricains, non seulement une notion poussée du caractère sacré de la nature qui nous entoure, mais aussi une position ultime au bout du continent européen qui constitue un poste d’observation incomparable, avec le recul nécessaire à la réflexion.

Rendez-vous est donné le 13 décembre, même heure : « les moines irlandais, une histoire authentique ou réécrite ? » On nous a promis des chaises pour tout le monde. J’y serai : les gâteaux secs sont délicieux et sœur Marie-Béatrice passionnante à écouter….

Merci à elle et à Christophe et Leïla Le Brize.

Pour info, les conférences de l’an prochain auront lieu les vendredis à 15 h sur les thèmes suivants :

  • 17 janvier 2020 : « La Bretagne et la France à la Renaissance : Etats rivaux ou indépendants ? » (pourquoi la Bretagne n’a pas connu le développement du Portugal ou des Pays-Bas ?)
  • 14 février : « François II le père d’Anne de Bretagne, un souverain modèle ? » (magnifique gisant dans la cathédrale de Nantes du au sculpteur Michel Colombe)
  • 13 mars : « Bretagne et France au XVII° siècle, apogée et menace de déclin » (pourtant le siècle de l’école spirituelle mystique bretonne)
  • 3 avril : « Blancs et bleus à la révolution : un rapport d’égalité ou de supériorité ? » (Dieu et mon roi !)
  • 15 mai : « le XIX° siècle en Bretagne : un renouveau spontané ? » (construction de nouvelles églises en fonction de l’importance de la population dont elle sera expropriée quelques années plus tard)
  • 12 juin : « La résistance dans le Morbihan : touche pas à mon histoire ! » (celle de mère Yvonne-Aimée de Malestroit et celle de Lorient la martyre qui verra la guerre se prolonger plus d’un an. Est-ce pour permettre l’échappée des sous- marins vers l’Amérique du sud ?)

Il est sûr qu’à l’issue de cette série de conférence, les auditeurs en sauront un peu plus sur l’histoire de leur pays et en tout état de cause, il n’y aura pas d’interrogation écrite : sœur Marie-Béatrice l’a promis !

À propos du rédacteur Yves Daniel

Avocat honoraire, il propose des billets allant du culturel au théologique. Le style envolé et sincère d'Yves Daniel donne une dynamique à ses écrits, de Saint Yves au Tro Breiz, en passant par des chroniques ponctuelles.

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