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« C’est pas le même Breton » : entre réalité et prétexte

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 min

L’expression que nous entendons régulièrement « c’est pas le même Breton » trouve facilement sa place quand on évoque l’idée d’apprendre ou de vouloir comprendre la langue bretonne. Elle traduit à la fois une réalité linguistique – la langue bretonne comporte en effet plusieurs « parlers » – et une attitude, parfois, de renoncement. Le plus souvent, ce renoncement s’appuie sur l’idée que « cela va être trop compliqué, je n’y arriverai pas », mais en l’état il mérite qu’on l’explore avec nuance.

La langue bretonne est bien une seule langue, mais elle présente des variations – dialectales, phonétiques et lexicales – tout au long du territoire de Bretagne. On relève par exemple la différence entre les prononciations selon que l’on soit dans la zone dite « KLT » (Kerne-Léon-Trégor) où l’accent tonique tombe majoritairement sur l’avant-dernière syllabe, ou dans le vannetais où l’accent est souvent porté sur la dernière syllabe. On lit aussi que les atlas linguistiques décrivent un continuum de traits linguistiques entre les diverses zones de Bretagne, montrant qu’il n’y a pas de « cloison » rigide entre dialectes mais plutôt une gradation.

Cependant, le fait qu’il y ait des différences ne signifie pas qu’il existe plusieurs « langues bretonnes » au sens strict. Il s’agit plutôt d’une langue unique avec des variantes régionales. Cela rejoint ce que l’on observe pour le français : malgré les nombreuses prononciations, les régionalismes, les différences d’usage selon les pays francophones, on considère toujours qu’il s’agit d’une seule langue, le français. Les variations ne remettent pas en cause l’unité de la langue. Il ne vient pas à l’idée des gens de lancer «c’est pas le même français». Ainsi, dire « ce n’est pas le même Breton » comme justification à ne pas s’y intéresser revient à faire de la différence un blocage plutôt qu’une invitation à découvrir.

Ce blocage peut naître d’une ignorance mais aussi de la peur de l’effort : l’idée que «la langue va être trop différente pour que j’y parvienne». Et cet effet est renforcé parce que l’usage du breton est souvent plus restreint (géographiquement, socialement) que celui du français, ce qui peut donner l’impression d’un moindre retour immédiat de l’investissement. La différence est perçue plus forte, et donc l’échelle de l’effort paraît plus importante.

Pourtant, cette différence peut devenir un levier. Reconnaître que la langue bretonne a ses particularités ne doit pas conduire à l’abandon, mais à un engagement éclairé. Comme pour le français, on peut partir d’une base («norme commune», «forme standardisée») puis accepter qu’il y ait des particularités, et les apprivoiser progressivement. En choisissant cette attitude, on transforme l’expression «c’est pas le même Breton» en «oui, c’est un parler différent, et c’est précisément ce qui vaut l’effort».

En définitive, l’expression peut être comprise comme un voile sur la flemme, mais elle ne doit pas être un arrêt. La différence entre variantes d’une langue ne doit pas masquer l’essentiel : qu’apprendre permet de s’ouvrir à l’autre, d’entrer dans une culture, de dépasser sa zone de confort linguistique. Et comme avec le français ou n’importe quelle autre langue, l’effort reste fructueux.

À propos du rédacteur Stella Gigliani

L'une des touches féminines d'Ar Gedour. Elle anime en particulier la chronique "La belle histoire de la semaine".

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6 Commentaires

  1. une réflexion sur l’existence de très nombreux particularismes, souvent jalousement conservés ! amène à réfléchir sur ce peuple dont, justement, la langue témoigne que, tout en marquant une priorité au collectif (ainsi « gwez » (les arbres) sert à former et donc vient avant « gwezenn ») il veille à maintenir l’existence de la singularité en ne mettant jamais la marque du pluriel après l’indication d’un nombre : « dek dén » et non « dix hommes » avec un « s ».
    Ainsi y a-t-il légitimement de multiples « pays » en Bretagne et la langue sert tout autant à communiquer qu’à identifier « qui est qui ? »
    difficulté ou richesse ?

    • Malheureusement, la langue bretonne est à l’agonie, ceci par la faute des bretons eux mêmes qui l’ont abandonnée par insouciance et par paresse.
      Ceux qui connaissent vraiment la langue ne l’utilisent pas.
      Ceux qui la parlent la connaissent peu.
      Honneur aux gallois, aux corses, aux catalans ou aux alsaciens qui eux n’ont jamais eu honte de parler leur langue.

  2. Héritage du passé, comme toutes les langues du monde , le breton a ses variantes dialectales qui furent une richesse. Nous sommes à l’agonie, peu importe le breton que vous pourrez tenter d’apprendre. Je suis passé par là, c’est difficile comme toutes les langues, cela demande beaucoup de travail, Hep brezhoneg, Brezizh ebed. Enta disket ur brehoneg benneg ged ur helener benneg, mes disket aveid boud ur gwir Vreizhad!

  3. Cette phrase bateau , » ce n’est pas le même breton » je l’entends trop souvent avec des personnes qui ne parlent pas breton , mais qui l’affirment .

    En général , le discours continue sur les grands parents qui le parlaient puis des parents qui ne l’ont pas transmis ect … ou le voisin qui le sait …

    Puis , il y a des gens qui s’en occupent , Diwan .

    Ou encore , le breton çà se perd .

    Ou bien je vais au fest noz , j’aime le cidre et les crêpes , je suis un vrai Breton ….

    La Bretagne , c’est grâce à Anne de Bretagne qu’on a des autoroutes gratuites en Bretagne !

    Les Nantais étaient Bretons ou ne sont pas Breton(ne)s , » chui pas pour « la réunification »  » qui (quelle) serait la capitale ? » , « les Nantais veulent pas  » ,  » la Bretagne serait trop forte » pour la France !

    Consternant de bêtises .

    Il faut construire , enseigner le breton , il y a du boulot nous y arriverons , la jeunesse y vient , s’informe et surtout réfléchit , l’espoir est grand pour l’avenir .

    Ceux qui ont trimés , travaillés ont vraiment semé pour la culture bretonne , la langue : le breton , je les remercie de tout mon coeur .

    Les fruits seront beaux . La récolte sera abondante !

    Spiomp !

  4. « Ce n’est pas le même breton » est aussi devenu l’argument par excellence, qu’on lit notamment dans les commentaires des réseaux sociaux, des personnes allergiques ou hostiles à la langue bretonne. Ceux qui l’utilisent pensent avoir là un argument d’autorité qui décrédibiliserait tout locuteur et toute action du breton, sans avoir à argumenter davantage.

  5. « Ce n’est pas le même breton ».
    .
    Lukian Kergoat, universitaire spécialisé, a donné une conférence sur le sujet, il y a un ou deux ans…
    .
    « Ce n’est pas le même breton ». Cette remarque est à rapprocher de « le vrai breton, c’est là-bas», le « là-bas » en question étant mouvant, généralement quelques kilomètres ou dizaines de kilomètres plus loin…
    .
    Si la remarque – « Ce n’est pas le même breton » – vient de bretonnants natifs n’ayant pas de connaissance du breton écrit – il y en a encore – , elle peut traduire une difficulté – réelle ou supposée – ou la crainte d’une difficulté de communication.
    .
    Il se trouve que j’ai baigné dans l’environnement sonore du breton, sans recevoir la langue (cas de la première génération francophone, dans le chainage millénaire des générations). Et je peux rapporter ici deux détails familiaux, datant des années 60-70 :
    .
    .1. un natif cornouaillais (actuel Kreiz-Breizh) écoutant à distance un échange entre natifs léonards. Ca marche.

    .2. l’arrivée dans le giron familial cornouaillais d’un natif vannetais , non ou mal compris par les natifs cornouaillais. Difficulté. Ceci provoqua un basculement vers le français comme langue d’échange.

    M’appuyant sur ce que je sais aujourd’hui (formation longue), je suis convaincu que ce qui a paru un obstacle, à l’époque, pour une population laissée à elle-même (non scolarisée dans sa langue) exige certes une adaptation mutuelle, mais ne représente pas une impossibilité pour quelqu’un d’éduqué (« un den desket ») comme l’on dit en breton.

    Pour être plus clair, dans ce cas de figure, je vois deux possibilités pour réaliser l’échange verbal :

    .1. chacun s’essaie à parler dans la forme de l’autre (avec plus ou moins de succès et/ou de satisfaction).

    .2. ou alors, chacun décide de s’exprimer à sa manière (fonction parler) et reçoit la manière de l’autre (fonction écoute)

    Il me semble que l’attitude adoptée relève plutôt du tempérament individuel, de la sympathie mutuelle portant à un ajustement interindividuel, et du respect réciproque. Autre chose : l’on s’habitue au langage de l’autre. Des rencontres échelonnées dans le temps favorisent le plaisir (et le confort) dans la communication.

    Techniquement :
    . la phonologie (le vannetais/ gwenedeg s’écarte du trio KLT Kerne Leon Treger, puisqu’il appuie sur la dernière syllabe comme le français).
    . le vocabulaire (le vannetais comporte environ 200 mots courants spécifiques)
    . la langue est la même à un ou deux micro-détails près, que j’ai oubliés d’ailleurs.

    Setu ma sav-boent, diwar-benn-se. Hirio.

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