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Chroniques d’un viator (suite) : 60° PMI à LOURDES “Pacem in terris” les 18, 19 et 20 mai 2018

Photo Gilbert Paimblanc - Tous droits réservés

PMI ne signifie pas « protection maternelle et infantile », comme on pourrait l’imaginer d’un premier abord, mais bien : « pèlerinage militaire international ». Comme trop souvent les professionnels de toutes sortes, les militaires, avec la bénédiction du clergé, adorent abuser de l’utilisation des sigles.

Et c’est bien la 60° fois qu’il est organisé, comme chaque année depuis 1958, centenaire des apparitions de la Sainte Vierge à la petite Bernadette Soubirous sur les bords du Gave de Pau, à Massabielle, au cours de l’année 1858, en plein Second Empire proclamé le 2 décembre 1852, par Napoléon III, le jour anniversaire du sacre de son oncle, 1° du nom, en 1804, et de la victoire d’Austerlitz, l’année suivante, en 1805.

A Lourdes, cette année 2018, c’est « 160 ans d’émotions » comme le proclame avec justesse dans toutes les langues qui y sont localement parlées, le slogan de l’Office de Tourisme municipal.

Nous sommes arrivés de Dinéault, Chateaulin, Quimper, Ploemeur Caudan et Inzinzac, Vannes, et même Nantes et Rennes, dès la fin de l’après-midi du jeudi 17 mai, veille de l’ouverture officielle du pèlerinage. Il y en avait 3 cars quasiment pleins : des gendarmes, des anciens et des futurs, des hommes et des femmes. Il faut rappeler qu’en France, un militaire sur deux est un gendarme et qu’on en voit partout, souvent aux bords des routes, sur l’ensemble du territoire. Il y en avait même un avec nous, le talentueux Gilles, qui venait tout droit de Saint-Paul de la Réunion. Ils étaient venus accompagnés de leurs aumôniers : Eflamm Caouissin pour l’école de Châteaulin et les gendarmes du Finistère, Jean-Charles Bosansky pour l’escadron de Vannes et les gendarmes du Morbihan, mes camarades de fac de théologie, institués lecteurs/acolytes, mes amis, qui ont bien voulu m’accueillir avec eux.

Nous étions attendus pour dîner au fameux et excellent hôtel de « la Croix des Bretons » où ils ont retrouvés Bruno Bourdeau, diacre, beau-père du premier cité et aumônier de l’Etat-Major de Rennes, ainsi que son successeur, le jeune frère dominicain Jean-Charles Rigot (op) qui prendra ses fonctions à Rennes au cours de l’été prochain, le Père Bernard Abbo, canoniste du diocèse d’Orléans et bien d’autres : ils sont ici, comme chez eux, au sein de la grande famille gendarmesque.

Le très honorable établissement hospitalier qui nous accueille est situé rue Marie Saint Frai, autrement dit, à l’arrière de l’hôpital des Sept Douleurs (les « sédouleurs», comme on disait) qu’elle a fondé en 1874 pour l’accueil des malades et personnes âgées, à proximité du Pont Vieux. Il tient son enseigne du calvaire en granit monté à l’entrée principale de l’esplanade, dite de saint Michel, au cours de l’année 1900 qui est aussi celle de la construction de l’hôtel, aujourd’hui tenu de main de maître par Serge et Sabine à la réception, et Eliza au restaurant, aidés d’une puissante équipe dont l’efficacité est à la mesure du sourire de chacun de ses membres. Je vous le recommande chaudement. (tel : 05 62 94 03 57)

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Puisque c’est d’un pèlerinage qu’il s’agit, allons-y ! 

Sans plus attendre, les bagages montés, avant que ne sonne l’heure du dîner, quittons l’hôtel de la Croix des Bretons pour aller jusqu’à la croix des bretons ; une grande croix en bon granit de chez nous, une croix dite « à picots » avec ses bourgeons émondés qui signifient le renouveau printanier et la promesse de résurrection, enveloppée, comme nombre de croix de mission, d’un phylactère dont je n’ai pu déchiffrer le texte, reposant sur un socle initialement timbré aux armoiries des 7 évêchés récemment masquées par des panneaux de bois peints reprenant, en plusieurs langues, une citation de saint Jean que je n’ai pas notée.

Aux quatre coins s’élèvent les statues de Marie Madeleine avec son pot de parfum à ses pieds, de Saint jean et de la Saint Vierge, illustrant ainsi une des dernières paroles du Christ s’adressant à sa mère puis au disciple préféré, avant d’expirer : « femme voici ton fils », puis au disciple : « voici ta mère » (Jn 19, 25-27).

La 4° statue, représente un soldat, un soldat romain de l’armée d’occupation, en uniforme d’officier, un centurion. C’est lui qui commande le détachement de soldats chargés de l’exécution, c’est à ce titre qu’il se trouve là, aux pieds de la croix, avec le courageux Jean, le seul de tous les apôtres, et les saintes femmes.

A la vue du séisme et de tout ce qui s’est déroulé après le constat du décès de Jésus, tout païen qu’il était, c’est lui, le premier, qui a proclamé la divinité du Christ : « vraiment, celui-ci était fils de Dieu ! » (Mathieu 27, 54). Jusque-là, seuls les démons que Jésus chassait des possédés l’avaient reconnu comme tel : « fils de Dieu » (Mc 1, 34 et Lc 4, 41), ou encore, à la synagogue de Capharnaüm, comme le « Saint de Dieu » ! (Mc 1, 24 et Lc 4, 34)

Eminent est le rôle joué par les militaires dans l’histoire du Salut !

La Croix des Bretons nous le rappelle opportunément au seuil de ce pèlerinage qui est le leur, à l’entrée de l’esplanade gardée par les archanges avec, à leur tête, Michel, le saint patron des parachutistes, celui qui, dans l’Apocalypse, combat le Dragon. (Ap 12, 7)

A Lourdes, les militaires ne seraient-ils pas chez eux, tout particulièrement placés sous la protection de la Sainte Vierge ? Les « miles Christi », soldats du Christ, comme aimait se qualifier Saint Martin, officier de l’armée romaine né en Hongrie au début du IV° siècle, grand évangélisateur de la Gaule dont la statue, avec celle de Saint Rémi, l’évêque de Reims qui, le 25 décembre 498, baptisera, avec son armée, Clovis, le « fier Sicambre », faisant ainsi de la France « la fille ainée de l’Eglise », ouvrent les rampes qui, de chaque côté de l’esplanade, montent vers la basilique supérieure.

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Lourdes, lieu de prédilection des militaires de tous pays

Et des militaires, il y en a ! Qui se répandent déjà un peu partout, de toutes les nations, sous tous les uniformes, drapeau en tête, marchant au pas cadencé derrière la musique, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, plus souvent en pantalon qu’en jupe qu’elles trouvent, enquête faite, moins confortable, bien qu’à mon avis, beaucoup plus seyant ! …

Comme le disait malicieusement Georges Clémenceau en pleine affaire Dreyfus : « la musique militaire est à la musique ce que la justice militaire est à la justice ! ». Il doit en être aussi ainsi de la tenue militaire et du vêtement en général qui, sous couvert de confort, tente inexorablement à s’uniformiser.  

Quand ils ne défilent pas, beaucoup d’entre eux prient. Quand ils ne défilent plus, ni ne prient, ils se photographient entre eux autour d’une bière et parlent haut, même les filles ! …

Ils sont venus du monde entier, même de Corée, avec leurs épouses en tenue traditionelle. Rappelons qu’en 1984 le pape Saint Jean-Paul II a canonisé 103 martyrs coréens parmi les milliers de chrétiens catholiques persécutés en plein XIX° siècle pour avoir refusé d’idôlatrer les ancêtres.

Tous ces soldats se sont offert, dans leur vie de militaire, une pause aux pieds de Marie, la Vierge de Lourdes, réunis sous le thème « pacem in terris », les 3 premiers mots, qui lui ont donné son nom, de la lettre encyclique « sur la paix entre toutes les nations, fondée sur la vérité, la justice, la charité, la liberté » adressée le 11 avril 1963 par le pape saint Jean XXIII non seulement à tous les chrétiens, clercs et laïcs, mais aussi, pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise, « à tous les hommes de bonne volonté », même ceux qui, non baptisés, ne sont pas dans l’Eglise.

« Pacem in terris », l’encyclique se poursuit ainsi : « la paix sur la terre, objet du profond désir de l’humanité de tous les temps, ne peut se fonder ni s’affermir que dans le respect absolu de l’ordre établi par Dieu. » (cliquez ici)

Et « l’ordre établi par Dieu », qui n’est pas forcément celui des hommes, qui peut le préserver mieux que les militaires, détenteurs de la force légitime ?

La Force ? Tiens, ne s’agit-il pas d’une des 4 vertus cardinales avec la Justice, encore une administration régalienne, la Tempérance et la Prudence qui mériteraient tout autant un ministère ou, pour le moins, un secrétariat d’Etat à compétence élargie ? N’est-ce pas une tautologie redondante que d’évoquer les « forces armées » ?

pelerinage militaire internationalC’est la Croatie qui est chargée, cette année, d’assurer la sécurité. Ses uniformes chamarrés, hérités de ceux de l’ancien empire austro-hongrois, rappellent les personnages hauts en couleurs de la Cour du roi de Syldavie, Muskar XII, tout droit sortis de l’album de Tintin « le sceptre d’Ottokar »

Quittant la croix des bretons qui nous a déjà si bien enseignée, je me dirige vers la basilique, la statue de la vierge couronnée qui sera notre point de retrouvaille préféré tout au long de notre séjour à Lourdes.

J’entame mon ascension vers la basilique supérieure en empruntant la rampe de droite, celle, précisément, qu’ouvre la statue de Saint Martin, le soldat d’origine hongroise. Elle est suivie de celle du breton, pour être né à Montfort sur Meu, Louis-Marie Grignon de Montfort (1673-1716), éminent mariologue auquel le Pape Saint Jean-Paul II empruntera sa devise : « Totus Tuus », tout entier à toi, (Marie). Puis c’est celle de Sainte Anne, la sainte patronne des bretons, Mam Vari (« mère de Marie »), ainsi qu’elle s’est présentée à Yvon Nicolazic, le voyant de Sainte Anne d’Auray le jour de sa fête, le 24 juillet 1625 ; gageons que la statue qui lui fait face, de l’autre côté, sur la rampe de gauche est celle de Joachim, le père de la sainte Vierge. Enfin, en haut de la rampe, c’est la statue de saint Hyacinthe, sans doute le dominicain polonais (1185-1257) qui sauva du pillage l’ostensoir qu’il tient en main. Pourquoi lui et que fait-il là ? Je n’en sais rien.

Après les statues des deux Saint Jean sur l’esplanade supérieure, l’évangéliste et le baptiste, c’est par la statue de Saint Bernard que l’on commence la descente par l’autre rampe. Mais s’agit-il de Bernard de Clairvaux (1090-1153), le réformateur de Cîteaux qui a prêché, à Vézelay, la seconde croisade en 1146 ou de Bernard de Menthon (1020-1086) le fondateur de l’hospice au col des Alpes qui porte désormais son nom ? Allez-y voir, une récompense est promise à celui ou celle qui donnera la bonne réponse !

Je continue ma descente méditative. Gagné ! Voici, après le moine Bernard, Joachim avec les colombes d’offrande qui lui ont été refusées au Temple en raison de son infertilité avérée comme le raconte, non pas les évangiles canoniques mais celui, apocryphe, dit « protévangile de Jacques » que reprendra, au XIII° siècle, jacques de Voragine dans sa célèbre « légende dorée ». Le landais Saint Vincent de Paul (1581-1660), le régional de l’étape, vient ensuite. Fidèle admirateur de Notre Dame de Buglose, il fait le pendant de Louis-Marie Grignon de Montfort. Enfin, en bas, au pied de la rampe, Saint Rémy (437-533), l’évêque de Reims, termine la litanie des saints appelés à encadrer ainsi l’esplanade du sanctuaire de Notre dame de Lourdes.

Sous cette rampe, 3 autels sont dressés sous chacune des voutes aveugles, le premier est dédié aux franciscains : l’espagnol Saint Pascal Baylon (1540-1592), le « séraphin de l’eucharistie », dont la statue en extase s’élève entre Duns Scot (1266-1308), le « docteur marial » : « tout ce qui est de Dieu doit être attribué à Marie » et Bernardin de Sienne (1380-1444), « l’apôtre de l’Italie », : « Marie, tout droit sur les grâces du Christ ». Celui du milieu honore toutes les petites bergères qui, à l’instar de Bernadette, ont entendu l’appel du ciel et y ont répondu : ma compatriote, la berrichonne Solange (860-878) en préservant sa virginité, Jeanne d’Arc (1412-1431) qui a répondu à ses voix, Geneviève (420-500) la protectrice de Paris, que les gendarmes honorent comme leur sainte patronne et Germaine Cousin, dite « de Pibrac » (1579-1601), bénéficiaire du miracle des roses qu’ont connu également Elizabeth de Hongrie (1207-1231) et sa nièce Isabelle du Portugal (1271-1336).

Sachez qu’on est vraiment en bonne compagnie sur l’esplanade du rosaire à Lourdes.

Il est grand temps, maintenant, avant de rentrer dîner, d’aller présenter mes hommages à la patronne des lieux, à la grotte de Massabielle, la Sainte Vierge, « l’Immaculée Conception ». C’est sous ce nom qu’elle s’est elle-même présentée en patois local, le 25 mars 1858, à la petite Bernadette âgée d’à peine 14 ans, 4 ans seulement après qu’ait été proclamé « ex cathedra », le 8 décembre 1854, par la bulle ineffabilis Deus du Pape Pie IX, le dogme de l’Immaculée Conception. Marie, fille miraculeuse d’Anne la ménopausée et de Joachim le stérile, future mère de Dieu, « théotokos », a été « préservée intacte du péché originel » qui nous affecte tous jusqu’au baptême, porte d’entrée des sacrements, le premier des 3 sacrements d’initiation à la vie chrétienne avec la confirmation et l’eucharistie. Une messe à cet effet est précisément prévue après-demain samedi 19, fête de saint Yves ; je vous raconterai.

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Les cérémonies de ce 60° PMI n’ont réellement commencée que le vendredi matin 18 mai.

Pour les gendarmes, au sein desquels j’étais incardiné, c’est à la basilique sainte Bernadette divisée en deux parties dont l’autre était occupée par l’armée de terre qu’a eu lieu la cérémonie d’accueil pour les militaires français. Les marins c’était salle Jean XXIII et à la basilique de l’Immaculée Conception, pour les aviateurs, de l’autre côté du Gave.

Il y eut, notamment, la présentation et la bénédiction d’un énorme cierge fondu par Roger, mon cothurne, un doux auquel le royaume des cieux appartient, à partir de résidus de cierges récupérés sur le secteur de Dinéault/Châteaulin/Ste Anne-la-Palud, avec les intentions de prières qui vont avec, pour en faire une seule et même offrande à laquelle nous avons ajouté nos propres intentions. Ce cierge sera porté en fin d’après-midi pour être brulé à l’endroit prévu à cet effet, sur les bords du Gave face à la grotte, au cours d’une brève mais intense cérémonie à la mémoire des gendarmes qui ont perdu la vie au cours de l’année écoulée. Parmi eux, le colonel Beltrame auquel l’Armée Américaine a tenu à rendre un hommage appuyé auquel ses frères d’armes ont été particulièrement sensibles.

Les mots de Jean-Charles ont su toucher l’assistance qui le lui a témoigné : je le revois étreignant fraternellement les membres des familles endeuillées présentes avec nous. Le cierge brûlera longtemps et plus encore dans nos mémoires.

L’ensemble des pèlerins français, toutes armes confondues, nous ont rejoints dans la grande basilique Sainte Bernadette, entièrement développée, pour la messe d’ouverture au cours de laquelle l’évêque aux armées, Mgr Antoine de Romanet, a conféré le sacrement des malades aux blessés, malades, handicapés de l’Hospitalité Notre Dame des Armées (HNDA) – comme tout diocèse, celui des Armées a sa propre hospitalité – hébergés à l’Accueil tout proche.

Précisément, devant le bâtiment de l’Accueil Notre Dame, mon attention a été attirée par une sorte de totem phallique – disons un gros cierge, plutôt – qui n’a pas manqué de m’intriguer. Une curieuse colonne en bronze en forme de cigare, comme un rouleau de papyrus, de ceux découverts en 1949 dans les grottes de Qumran près de Jéricho en Israël, scellé par les figures de Bernadette Soubirous, Thérèse de l’Enfant Jésus, Jean-Marie Vianney et Charles de Foucault.

C’est la réplique d’un hommage du sculpteur bavarois Joseph-Michaël Neustitfer, né en 1949, à son compatriote, le pape Benoit XVI dont les armoiries figurent en bonne place, dressé à Marktl, où est né, le 16 avril 1927, le pape émérite.

Offert par la famille Sayoun Holzer, de Beyrouth et d’Haïfa, le « bénédiktsäule » ou « colonne Benoit » célèbre, avec les apparitions de la Vierge à Bernadette et sa vie, le cours de l’eau qui sourd depuis le côté blessé du Christ en croix, coule jusqu’à la grotte de Massabielle, et au-delà, en s’amplifiant, grâce à la persévérance obéissante de Bernadette qui l’a dégagé sur l’invitation « d’aquero », « cela », « cette chose », l’apparition, qui ne se révèlera qu’ultérieurement être la Sainte Vierge, l’Immaculée Conception.

Sur un des angles de la platine du même métal où la colonne est posée et soudée on peut lire cette prière : « victimes de l’injustice terrestre, aidez-nous à pardonner », sur un autre angle, entre l’étoile juive de David, le croissant musulman et le chrisme chrétien : « Palestine, berceau de la Foi », sur le 3° : « que la Croix reste symbole de la Paix ». Le 4° angle comporte le nom de la famille donatrice.

Après, le matin, à Sainte Bernadette, l’accueil par arme, puis la messe pour l’ensemble des pèlerins français, l’après-midi, c’est à la basilique souterraine Saint Pie X, la cérémonie d’accueil des 50 délégations étrangères, derrière leur drapeau national, la garde suisse pontificale en tête et la proclamation par l’évêque aux Armées de l’ouverture du 60° pèlerinage militaire international devant les 15.000 pèlerins qui remplissent l’édifice au son des musiques militaires.

 

 

Tiens, c’est notre ami Gilles qui porte le drapeau du Bénin dont la garde est assurée par 4 élèves de l’Ecole de gendarmerie de Châteaulin, les autorités béninoises ne pouvait faire meilleur choix pour suppléer leur délégation non encore sur place.

Le cœur, au centre, où s’élève l’autel, est délimité par 4 gardes suisses qui resteront debout tout au long de la cérémonie, au garde à vous pendant la consécration.

Je suis face au gigantesque autel qu’entourent d’une part, la croix stylisée, avec à ses pieds la sainte Vierge, comme dans la basilique d’Issoudun et, d’autre part, le dessin d’une colombe figurant l’Esprit Saint.

Sur le côté de l’autel qui me fait face, une inscription latine : « Qui pacem posuit fines Ecclesiae frumenti adipe satiat nos Dominus » (psaume 147, verset 14), que l’on peut traduire ainsi : celui qui assure la paix dans les frontières de l’Eglise et qui nous rassasie du meilleur pain, c’est le Seigneur !

Ce verset est repris, en latin, par la 5° antienne de l’office des premières vêpres de la fête du Corps du Christ, composé par Saint Thomas d’Aquin sur ordre du pape Urbain IV qui l’a établi en 1264. Célébrée le 2° dimanche après la Pentecôte sous le nom, aujourd’hui, de « solennité du corps et du sang du Christ », c’est l’ancienne « fête Dieu » avec ses processions et ses reposoirs.

Après le dîner, le « gospel » de la Basilique Sainte Bernadette ne m’aura occupé que quelques minutes, le temps des premiers accords d’un concert commencé, d’ailleurs, avec près d’une demi-heure de retard.

Me voilà parti en solitaire à la tombée de la nuit pour le chemin de croix qui monte au-dessus de la grotte. Les figures hiératiques des personnages en bronze bruni des 14 stations m’ont accompagnées plus surement que la musique moderne, fusse-t-elle « gospel ». La nuit monte avec moi et la foule des parents et amis qui m’accompagnent sur ce chemin de croix solitaire et silencieux reste invisible tout en étant bien présente et m’encourage.

En redescendant de l’autre côté, par la cité saint Pierre, les effluves saccadés des musiques modernes issues du camp militaire longé au cours de la descente ne m’auront pas troublé outre mesure : « contre la dictature du bruit, la force du silence », enseigne le cardinal Sarah.

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Le lendemain, samedi 19 mai, fête de saint Yves, des bretons et des juristes,

C’est à la basilique souterraine Saint Pie X, inaugurée en 1958, que Mgr de Romanet a célébré la messe de l’initiation chrétienne avec baptêmes, confirmations et, bien entendu, eucharistie.

57 baptêmes et 125 confirmations. Je le sais : j’ai été réquisitionné en qualité de commis aux écritures auxiliaire bénévole de la chancellerie du diocèse aux Armées, chargé de vérifier que chacun, impétrant, parents, parrain et/ou marraine signe bien, à la bonne place, les deux feuilles de l’acte justifiant la réalité du sacrement conféré.

Le premier des deux bébés baptisés, une fille dont aucun de 2 parents n’était pourtant gendarme, l’a été sous le prénom de « Prune-Marie » que l’évêque a pris dans ses bras, tel le « pater familias » romain, et élevé au-dessus de sa tête pour le présenter à l’assemblée réunie, signifiant ainsi son droit de vivre sa vie chrétienne.

On se rappelle que le pater familias avait ainsi droit de vie ou de mort sur l’enfant tout juste né ; un des étonnements de l’auteur de l’épitre à Diognète à propos des chrétiens de la fin du II° siècle était précisément le fait qu’ils ne tuent pas leurs enfants surnuméraires. En est-il toujours ainsi, aujourd’hui, s’agissant d’enfants non encore nés ?

Les autres baptisés étaient des adultes dont parmi eux, Simon, un élève de l’école de gendarmerie de Châteaulin, au nombre des ouailles d’Eflamm qui l’a préparé à recevoir les 3 sacrements de l’initiation à la vie chrétienne, la confirmation après le baptême et l’eucharistie au cours de la messe qui s’en est suivie. Le sacrement du mariage avec Claire, présente à la cérémonie, est prévu pour cet été.

Parmi les dons de l’Esprit Saint conférés par le sacrement de la confirmation, et pas le moindre, à lire la dernière exhortation du Saint Père François, du 19 mars 2018 sur l’appel à la sainteté est la « parresia », le culot, le toupet de tout dire, le parler vrai. Il le dit beaucoup plus élégamment au n° 132 de son exhortation : « la parresía est un sceau de l’Esprit, une marque de l’authenticité de l’annonce. Elle est l’assurance heureuse qui nous conduit à trouver notre gloire dans l’Évangile que nous annonçons, elle est confiance inébranlable dans la fidélité du Témoin fidèle qui nous donne l’assurance que rien « ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu » (Rm 8, 39). (Cliquez ici)

Le « Salve Regina » invoque la Sainte Vierge en qualité d’« advocata nostra ». Le « paraclet », promis par le Christ, l’Esprit Saint (Jn 14, 16 et 26) est le mot grec qui désigne la même fonction : celui qui parle à la place de celui qui ne peut ou ne sait pas s’exprimer.

Bonne fête de Saint Yves à tous mes confrères avocats du Grand Pardon de Tréguier et d’ailleurs !

 

Sur les pas de sainte Bernadette

Sur l’invitation du livret du PMI, l’après-midi, j’ai poursuivi mon pèlerinage dans la vieille ville de Lourdes que je ne connaissais pas, en commençant par le Moulin de Boly, où est née, le 7 janvier 1844, la petite Bernadette Soubirous qui y vivra ses 10 premières années.

Notons qu’à 14 h 35, précises, dans un fracas épouvantable, les 7 alpha-Jets de la patrouille de France en formation diamant, pods fumigènes tricolores ouverts, effectuent leur premier passage…

Je n’en ai pas moins continué mon chemin vers la maison paternelle un peu plus haut, celle de François Soubirous, puis en montant encore, jusqu’au cachot, nom donné à la pauvre petite chambre ouvrant sur une cour intérieure sombre et humide qui sera le domicile de la famille Soubirous tombée dans la déchéance économique au cours des années 1857/58 qui seront celles des 18 apparitions.

Et me voilà tout en haut de la ville, sur la grande Place Peyramale, du nom du curé-doyen de Lourdes du temps de Bernadette. Je la traverse et me dirige vers l’église paroissiale, actuellement en travaux, où se trouvent la cuve baptismale qui a servi au baptême de la petite Bernadette et, dans la crypte, le mausolée de Marie Dominique Peyramale (1811-1877), précité.

Je descends ensuite la belle avenue qui porte le nom du lourdais, général d’empire et baron Jean-Pierre Maransin (1770-1828) jusqu’à l’ancien presbytère de l’abbé Peyramaure, actuellement maison des associations, en cours de réfection.

La prochaine étape est l’hospice qui me parait bien loin, en remontant de l’autre côté de la voie ferrée. J’hésite, d’autant que j’ai vu, en passant place Le Bondidier, du nom des fondateurs en 1921 du musée pyrénéen, que l’on peut accéder au château qui l’abrite en empruntant un opportun ascenseur qui ouvre à proximité.

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le château.

La vue y est superbe, le temps s’y prêtant ; les collections du musée passionnantes, tant sur les outils d’autrefois que sur les fameux marbres pyrénéens. Ne manquez pas la visite.

Je suis descendu courageusement à pieds par la rampe des Anglais vers le boulevard de la Grotte.

A mi- pente, un vieux cimetière, avec sarcophages et croix discoïdales à la manière celte. On y a reproduit une ancienne tombe montrant le mode d’inhumation : le cadavre est déposé sans cercueil, sur une sorte d’échelle en fer avec un emplacement, comme une assiette, pour le crâne, à environ une cinquantaine de cm du niveau du sol, mais à plus d’un mètre au-dessus du fond du caveau. La tombe est alors refermée. Lorsqu’il sera ré-ouvert pour un nouvel enterrement, l’échelle sera débarrassée des restes de la précédente inhumation qui choiront au fond du caveau, se mêlant ainsi à la poussière des os des prédecesseurs et le nouveau mort sera pareillement installé sur l’échelle en fer avant que la tombe ne soit refermée jusqu’à de prochaines funérailles …

Cette pratique rappelle celle des ossuaires et des « boites à chef » que l’on trouve en Bretagne, particulièrement dans la cathédrale de Saint Pol de Léon du temps, pas si lointain, où la mort faisait encore partie de la vie quotidienne.

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L’Hôpital, au bout de l’avenue Maransin,

Il se trouve finalement moins éloigné que je ne le croyais initialement. Il s’agit du Centre Hospitalier, établissement public de soins, toujours en activité, l’ancien hospice, comme il y en avait alors dans toutes les villes relativement importantes. Ici, à Lourdes, il a été fondé en 1834, 10 ans avant la naissance de Bernadette, par les sœurs de la Charité chrétienne de Nevers, congrégation bourguignonne qui remonte à la fin du XVII° siècle.

C’est là que Bernadette fit sa 1° communion en 1858, elle y apprendra à lire et à écrire, puis, sa vocation religieuse s’affirmant, à s’occuper des pensionnaires invalides auprès desquels elle se sentait bien. Elle quittera l’hôpital de Lourdes en 1866 pour la maison mère, à Nevers, où elle prononcera ses vœux en 1867 et y mourra en 1879 à l’âge de 35 ans. Elle sera canonisée en 1933.

Une photo d’elle à 13 ans nous montre le même regard d’enfant qui a vu l’indicible et a dû faire face aux incrédulités des adultes, évoquant celui que présenteront, en 1917, les petits voyants de Fatima : Francisco et Jacinta Marco et leur cousine, Lucia Dos Santos, décédée en 2005.

les épreuves du « challenge international blessés et valides »,

De l’hôpital, j’ai vite rejoint la plaine où se déroulait la compétition inaugurée en début d’après-midi, conjointement par l’évêque, Mgr Antoine de Romanet et la secrétaire d’Etat aux Armées, Geneviève Darrieussecq.

On murmure d’ailleurs que le PMI est aussi l’occasion de rencontres au sommet entre hauts responsables civils et militaires français et étrangers pour qui Lourdes reste le lieu neutre de prédilection pour échanger, sous le regard de la Vierge, et faire utilement avancer, loin du brouhaha médiatique, la paix dans le monde dont ils sont comptables …

L’Ecole des Sous-Officiers de Gendarmerie (ESOG) de Châteaulin, sous l’autorité ferme et souriante de l’Adjudant-Chef Philippe Béthune, y alignait une équipe de choc vouée aux meilleurs scores et je tenais à l’encourager. Je suis arrivé pour la remise des prix. Mon équipe de prédilection n’ayant pas été nommée parmi les 10 premières, elle est donc, conséquemment, arrivée 11° ex aequo avec toutes les autres dans son cas.

Le challenge, drainant 500 participants et 2000 spectateurs,  a été remporté par l’équipe d’Australie dont la célèbre « haka » n’a pas manqué d’impressionner durablement le jury !…

Le soir, j’étais bien fatigué et, oserai-je l’avouer, j’ai séché la procession mariale qui s’est déroulée dans la même prairie, face à la grotte, de l’autre côté du Gave, bizarre rivière dont les flots impétueux coulent dans un sens le long de la grotte mais, je m’en suis aperçu, dans le sens contraire en pleine ville sous le Pont Vieux !

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Le lendemain, dimanche 20 mai, déjà la fin du pèlerinage

La messe de Pentecôte est prévue pour 9 h 30 à la basilique souterraine Saint Pie X. Il faut être sur zone au moins 1 heure avant pour avoir une place assise correcte permettant de suivre décemment la cérémonie de clôture. Nous étions à l’heure indiquée par nos chefs au point de rencontre convenu, de sorte que nous avons été fort bien placés.

Du pourpre il y en avait pour cette belle messe de l’Eprit Saint, l’évêque aux Armées était entouré d’un collège d’une dizaine d’évêques et suivi d’une longue théorie de prêtres et de diacres, de France et de tous pays, en chasuble et dalmatique rouge, comme il se doit.

L’homélie de Mgr de Romanet était tout à fait inculturée : s’adressant principalement à un public jeune, « tablet native », il nous a raconté la « parabole du smartphone », pour nous faire comprendre ce que le Christ expliquait aux juifs de son temps, dignes fils de Noé le vigneron (Gn 9, 20), en utilisant le symbole de la vigne et des sarments (Jn 15, 5 et 6), pour nous dire qu’il faut, à tous égards, rester en contact avec le Christ, qu’avec la chaleur de l’Esprit Saint les pannes de batteries ne sont pas à craindre, qu’il ne faut pas avoir peur d’utiliser les applis à notre disposition, s’agissant des sacrements de l’Eglise catholique et surtout conserver allumé en toutes circonstances le GPS (« Guidé Par le Seigneur ») !

Au cours de la prière universelle qui a suivi, Jésus était prié, tantôt comme « Fils de Marie », par les fidèles de langue française, anglaise et allemande, tantôt, pour les autres locuteurs, comme « Fils de Dieu », qu’il est tout à la fois.

La procession des offrandes se clôturait sur l’hostie que tenait un jeune parachutiste paraplégique, victime d’une sérieuse blessure médullaire qui le tenait paralysé, couché sur un brancard porté par 4 cyrards en grande tenue et casoar ; émouvant spectacle de cette victime lui-même hostie vivante et offerte.

Le plafond d’un ciel pourtant clair n’aura pas permis la manifestation parachutiste prévue à l’issue de la cérémonie. On a quand même attendu longtemps, le nez en l’air, comme les apôtres au jour de l’ascension de Jésus dans le ciel … (Actes 1, 10 et 11)

 

Lourdes, lieu de pèlerinage par excellence

On en fait des kilomètres, on en aligne dans la journée, pas pour y arriver : on y est ; mais dans la ville elle-même, de la vallée aux pentes qui la gardent.

Lourdes est déjà en soi un pèlerinage, qui commence et se termine à Lourdes : un chemin vers le Père, ouvert par la petite Bernadette, qui mène à la Sainte Vierge, l’Immaculée Conception. Et c’est elle, Marie, qui va nous conduire à son Fils Jésus-Christ, lequel se définit comme étant : « le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi ». (Jn 14, 6).

Le royaume du Père, voilà bien la destination. Le chemin parcouru n’est qu’un moyen pour y accéder, le temps d’une conversion : contrairement au randonneur, le pèlerin ne marche pas pour le seul plaisir sportif de la marche, il a un but qu’il veut atteindre coûte que coûte.

A Lourdes, il est bien long ce chemin, et il monte raide. Les kilomètres s’accumulent sans que l’on ne s’en rendre trop compte, mais, le soir, en fin de journée, la fatigue est bien là ….

A Lourdes, comme sur le Tro-Breiz, d’un évêché à l’autre jusqu’à retrouver son point de départ.

A Lourdes, comme vers Saint Jacques de Compostelle, Rome ou Jérusalem.

La délégation croate défile devant notre car avant que Christian, notre valeureux chauffeur, ne reprenne le volant pour 10 heures d’autoroute.

L’année prochaine, le 61° PMI c’est du 17 au 19 mai 2019, Eflamm a déjà retenu nos chambres à l’hôtel de la croix des bretons ! …

 

Sauf mention, toutes les photos de cet article sont de Yves Daniel & Eflamm Caouissin pour Ar Gedour

À propos du rédacteur Yves Daniel

Avocat honoraire, il propose des billets allant du culturel au théologique. Le style envolé et sincère d'Yves Daniel donne une dynamique à ses écrits, de Saint Yves au Tro Breiz, en passant par des chroniques ponctuelles.

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Un commentaire

  1. Véronique CHARBEY

    Bel article … avec du vocabulaire comme on aime !
    Une fort agréable lecture ! Merci !

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