Comment attirer ceux qui sont au seuil de nos pardons ?

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 min

Alors que la saison des pardons va débuter d’ici peu, Ar Gedour et SOS Pardons / Skol ar Pardonioù va vous proposer des articles et vidéos pour vous accompagner dans la préparation des ces rendez-vous attendus. 

Chaque année, les pardons continuent de rassembler une foule nombreuse. C’est une grande joie de voir nos villages et nos paroisses vibrer au rythme des processions, des bannières, des repas fraternels, des danses et des rencontres. Ces moments sont précieux : ils nourrissent la convivialité, entretiennent les liens, et manifestent un attachement profond à nos racines bretonnes.

Mais un constat, récurrent, ne peut nous laisser indifférents : dans de nombreux petits pardons, seuls 10 à 20 % des participants prennent part à la messe, pourtant cœur et source de cet événement. La plupart se joignent aux festivités profanes, mais ne franchissent pas le seuil de l’église. Ce décalage nous interroge : qu’allons-nous transmettre demain, si la dimension spirituelle est ainsi délaissée ?

Le cœur du pardon : la rencontre avec Dieu

Un pardon n’est pas seulement une fête de village ou un moment de folklore. Il est avant tout une démarche de foi. Depuis des siècles, les fidèles viennent y confier leur vie au Seigneur, prier pour leurs familles, leurs malades, leurs défunts, et demander l’intercession d’un saint protecteur ou de la Vierge Marie.

La messe, au centre du pardon, n’est pas un « supplément religieux » : elle en est la source. C’est elle qui donne son sens à la procession, aux chants, aux repas et à toutes les réjouissances. Sans elle, le pardon risque de se vider de sa profondeur, pour devenir une belle tradition culturelle… mais privée de souffle. Rappelons qu’un pardon sans messe n’est plus qu’une kermesse, et qu’un pardon sans fête profane à suivre n’est qu’une messe parmi d’autres. C’est le cocktail des deux qui fait l’ADN du pardon, avec cette dimension horizontale et verticale comme la croix qui en est la base.

Une responsabilité qui ne peut reposer sur quelques-uns

Bien souvent, on laisse à la paroisse et au recteur le soin de tout organiser pour la messe : préparer l’église, animer la liturgie, accueillir les fidèles. Certes, cela fait partie de la mission du prêtre et que c’est le recteur qui est le responsable de la liturgie dans ses clochers. Mais le pardon n’est pas simplement « l’affaire du recteur » : il est l’affaire de toute une communauté et spécialement des habitants des hameaux concernés.

De même que des bénévoles s’engagent pour monter les chapiteaux, préparer les repas ou organiser les animations, il revient aussi aux habitants de prendre part activement à la dimension spirituelle :

  • en participant à la préparation de la messe et de la procession,
  • en animant les chants et en rejoignant les chorales,
  • en transmettant aux plus jeunes le cantique local, évitant la perte d’un héritage.
  • en proposant des lectures ou en assurant le service de l’autel,
  • en accueillant les participants à l’entrée de l’église,
  • ou simplement en venant à la célébration, par fidélité et par foi.

Un pardon rayonne lorsqu’il est porté par une communauté vivante. Plus la liturgie est préparée et vécue ensemble, plus elle est belle, et plus elle touche aussi ceux qui viennent « de loin », parfois hésitants ou en recherche.

Un avenir en question

Si la tendance actuelle se poursuit, il y a un risque bien réel : que nos pardons deviennent des fêtes uniquement profanes. Or, une fête sans racine spirituelle finit toujours par s’essouffler. Elle se réduit à un folklore qui amuse un temps, mais finit par disparaître. Une fête des voisins qui, sans transcendance, ne traversera pas les âges

À l’inverse, un pardon qui garde son souffle de foi traverse les générations. La messe donne à la fête sa profondeur, et la fête donne à la messe sa visibilité et son rayonnement. C’est cet équilibre, fragile mais fécond, qu’il nous faut retrouver.

Alors posons-nous cette question : quand je viens à un pardon, qu’est-ce que je cherche vraiment ? Est-ce seulement un moment de convivialité – qui est déjà une bonne chose ? Ou est-ce aussi l’occasion de nourrir ma foi, de prier, de confier ma vie au Seigneur ? Et quand je me donne dans l’organisation d’un pardon, qu’essaie-je de transmettre ?

Le pardon est une fête de foi et de fraternité. Chacun y a sa place, chacun peut y apporter son talent. Mais pour qu’il vive encore demain, il faut que nous soyons nombreux à oser franchir le seuil de l’église, à participer à la messe, à nous impliquer dans la prière et dans la célébration. Nombreux également à nous poser la question : comment toucher ceux qui sont sur le seuil ?

Garder vivant notre patrimoine spirituel

Les pardons sont un trésor, un héritage de foi qui fait partie de l’âme bretonne. Mais un héritage ne se conserve pas tout seul : il se reçoit et il se transmet. L’avenir de nos pardons dépendra de la manière dont nous saurons garder ensemble leurs deux dimensions, le spirituel et le festif, le sacré et la convivialité. Et la capacité de transmettre, à l’instar de sainte Anne confiant les Ecritures à la Vierge Marie dans les nombreuses représentations que nous lui connaissons.

Ne laissons pas s’éteindre ce feu. Ensemble, faisons de nos pardons non pas seulement de belles fêtes populaires, mais de véritables rendez-vous avec Dieu, qui rassemblent et qui transforment.

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À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD". En 2024, il a également publié avec René Le Honzec la BD "L'histoire du Pèlerinage Militaire International".

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Un commentaire

  1. Dominique de Lafforest

    merci pour cette réflexion , qui s’impose, en effet ! c’est à la qualité de l’accueil que font les « locaux » (voisins et habitants de la paroisse) aux  » curieux » , que nos pardons pourront connaître une vitalité nouvelle.
    Se voir accueillis, au moment du partage des gâteaux à l’issue de la messe, échanger quelques mots sur l’Histoire du lieu, du saint honoré, transforme complètement l’image du pardon auquel on était peut-être venu que pour « le folklore » …Beaucoup de témoignages l’attestent;

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