Saints bretons à découvrir

DE DEUX CHANTS INEDITS DE TALDIR ET GILDAS JAFFRENOU

Amzer-lenn / Temps de lecture : 6 min

Le classement d’archives permet souvent d’intéressantes découvertes : écrits, parfois inachevés, correspondances sur bien des sujets adressées à des personnalités les plus diverses, chants, partitions musicales, photos, dessins, etc. Nous avons retrouvé deux chants avec partitions musicales, l’un de Taldir Jaffrennou (1879-1956), le père de l’hymne national breton, le Bro Gozh ma Zadoù, l’autre, de son fils Gildas Jaffrennou (1908-2000), excellent musicien et  très habile facteur d’harpes et autres instrument à cordes médiévaux. L’une des deux partitions est accessible à l’achat via ce lien.

C’est l’occasion de parler de ces deux illustres personnages. Gildas Jaffrennou fut l’un de ces nombreux militants bretons dont aujourd’hui plus personne ne parle, mais à qui la cause bretonne, notamment dans la musique, doit beaucoup. Dans sa jeunesse il fut majordome chez Lord et Lady Mond au château de Coat-an-Noz en Callac. Lady Mond, humble petite fille paysanne bretonne, devenue par son mariage avec le richissime industriel britannique une Grande Dame de la société la plus en vue de l’époque fut une généreuse bienfaitrice de la cause bretonne (Bleun-Brug, Koad-Keo, Landévennec, que le projet de résurrection enthousiasmait, mais aussi de sa commune, Belle-Isle-en-Terre (1). A Coat-an-Noz le jeune Gildas organise, supervise, et sert, lors de somptueuses fêtes et dîners, tout un beau monde des arts, des lettres, du spectacle et de l’industrie, mais aussi de l’Eglise et de la politique. On peut regretter qu’il n’ait pas laissé sur cette période de sa jeunesse (années 20) ses souvenirs,  que seuls  ses  amis les plus proches connaissaient par ses récits haut en couleurs  : une époque qui semblait prolonger la Belle Epoque défunte, emportée par la Première guerre mondiale, mais qui elle aussi allait connaître avec la Seconde son chant du cygne, et bientôt disparaître.

En 1930, après un voyage en Ecosse qui l’enthousiaste, il ne rêve plus que d’apprendre et jouer de la cornemuse. Mais cet instrument coûte cher et il n’a pas les moyens de se l’offrir. Heureusement, il y a la bonne fée du mouvement breton à qui l’abbé Perrot a glissé un petit mot sur la convoitise de Gildas : l‘ardente et généreuse comtesse Vefa de Saint-Pierre. Quelque jours plus tard,  au presbytère du recteur un cadeau attend Gildas : la Comtesse a fait venir d’Ecosse le bagpipe, et le lui offre. Mais à une condition… car la Comtesse mettait toujours à ses générosités la même condition : que les bénéficiaires de sa générosité s’engagent  à servir en tout la Bretagne. C’est ainsi que Gildas Jaffrennou va, avec Polig Monjarret, Dorig Le Voyer, Yann Goulet, Hervé Le Menn, Robi Faucon …, être l’un des pionniers de ce qui deviendra plus tard les fameux Bagadoù. Gildas Jaffrennou fut le premier sonneur à ouvrir la procession d’un Pardon au son de la cornemuse, ce qui ne manquait pas d’attirer du monde, une innovation qui au début agaça l’Evêché.

Gildas Jaffrennou fut aussi, avec l’abbé Perrot, le créateur des premiers Festou-Noz à Scrignac (Pardons de Saint Corentin de Toul-ar-Groaz, de Saint Corentin de Tréniven, de Kerfoc’h, de Koâd-Kéo, et autres chapelles de la vaste paroisse des Monts d’Arrée.  Cette initiative, vaudra au dynamique recteur des convocations à l’Evêché pour « avoir autorisés  des danses (bretonnes) que la morale réprouve (sic), et favoriser le « Kof à Kof » (ventre contre ventre), et ainsi pervertir (resic) la jeunesse ». Ce qui aura pour résultat de provoquer l’hilarité générale, et de ridiculiser l’Evêché de Quimper, et surtout le vicaire général Joncour.

En 1934, au Gorsedd de Roscoff,  il fit venir, toujours grâce à la générosité de Madame de Saint-Pierre, la très populaire harpiste écossaise, Héloïse Russel-Fergusson, suivi d’autres concerts à Quimper, Morlaix et Saint-Brieuc. Outre son don pour la musique, il deviendra un  excellent luthier, recréant à la perfection des instruments médiévaux ou de la Renaissance. On peut à juste titre  le considérer comme le pionnier de la harpe celtique en Bretagne. Beau jeune premier, il fera à plusieurs reprises, en costume breton et sonnant de la cornemuse, la « Une » de la presse bretonne de l’époque.

L’EXIL  GALLOIS

A la fin de la guerre, inquiété comme son père et la majorité des militants bretons, il s’installera en Grande-Bretagne où il poursuivra ses études au collège de Harlech au Pays de Galles. Sa passion pour la harpe est toujours aussi vive, et au contact de spécialistes comme Arnold Dolmetsch il se perfectionne. En 1954, il publie, sous le pseudonyme de Gildas Guinamant un petit traité, avec plans sur la harpe, qui ne sera pas sans inspirer Jord Cochevelou (le père d’Alan Stivell), qui lui demandera bien des conseils.

En 1968, il devient maire du charmant bourg de Kingsdown dans le Kent où il se marie avec une jeune écossaise, et poursuit ses activités de luthier. En 1973, il publie « Folk harps », tiré à 5000 exemplaires, et connaitra un vif succès. Cette année-là, il effectue une vaste tournée aux Etats-Unis (Washington) et au Canada (Vancouver) où il donne des conférences.

 1977, retour en Bretagne : Gildas Jaffrennou choisit  de s’installer avec son épouse et ses deux enfants à Arradon, non loin de Vannes et de Lorient. C’est en grande partie à cause du Festival Interceltique qu’il se fait morbihannais, où il retrouve cette ambiance celte où il peut exercer à nouveau son art. Mais où il retrouve aussi trois grands amis de longue date : Polig Monjarret et ses bagadoù, l’écrivain et journaliste Job Jaffré, et Herry Caouissin qui s’active toujours autant dans le culturel breton auprès des cercles celtiques (Brizeux, Armor-Argoat), Breiz Santel, etc.  Il dira que c’est grâce à ces trois amitiés fidèles qu’il réussira sa réintégration en terre bretonne. En 1978, il crée un atelier de fabrication de harpes à l’Institut consulaire de Vannes et au cercle Armor-Argoat dirigé par la dynamique et dévouée Madame Yaouank.

C’est probablement son trop long éloignement de la Bretagne, qui ne lui permettant pas de participer à la renaissance de la harpe celtique, privera Gildas Jaffrennou de la légitime reconnaissance de pionnier sur cette question. Pourtant, on ne peut lui retirer que la harpe lui doit beaucoup, et que bien des jeunes séduit par cet instrument, vont trouver leur vocation. Il fut le fondateur-président de « Telennourien Vreizh-harpistes de Bretagne».

S’il était un musicien-compositeur confirmé, il était aussi un écrivain ; il collaborera à la revue de son père « An Oaled » (Le Foyer breton). Son père Taldir, quittant le journalisme et l’imprimerie s’établira cidrier, ce qui lui fera dire avec humour  : « J’ai quitté la presse pour le pressoir ». Du coup,  dans sa jeunesse, son fils Gildas se fera un temps négociant en vins et cidres, lui donnant de bien connaître  ces boissons. Cette expérience professionnelle lui donne l’idée en 1987 de publier à compte d’auteur «Mythologie-légendes et histoire des boissons de Bretagne et d’ailleurs», qui relate l’histoire de ces boissons, mais aussi de la bière et de l’hydromel, et les légendes qui s’y rapportent.

Il décède en mars 2000. Il repose dans le caveau familial, à Carhaix.

 

À propos du rédacteur Yvon Abgrall

Publiant régulièrement des articles dans la presse bretonne, il propose pour Ar Gedour des articles documentés sur le thème "Feiz & Breizh" (foi et Bretagne), d'un intérêt culturel mais aussi ancrés dans les préoccupations actuelles.

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