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Les dimanches de Gaudete pendant l’Avent et de Laetare en Carême ou « la vie en rose »

chasuble roseUne pause au milieu des durs temps d’exil et de désert que sont l’avent et le carême, temps de préparation aux fêtes de Noël et de Pâques, expression des mystères de l’incarnation et de la résurrection du Christ. Parce que, comme chacun sait, pas de Pâques sans Noël et Il n’y a de Noël que dans la perspective de Pâques !

Dans l’un et l’autre cas, le prêtre change sa chasuble violette, signe de pénitence, pour revêtir du rose, beaucoup plus gai, invitation à la joie, joie de la fête !

Les rubriques de mon « Feder », missel des élèves des jésuites, éditions de 1956, précisent, par ailleurs, que l’autel est alors « orné de fleurs » et que l’orgue « se fait entendre », ce qui signifie, a contrario, que tel n’est pas le cas les dimanches d’avant et d’après où le vêtement redevient violet, les orgues restent muettes et l’autel vide de toutes décorations…

Bonheur des yeux et des oreilles au mitan de la grisaille de l’avent et de la froidure du carême….

L’ancienne liturgie célébrait par 3 jours de jeûne, les mercredi, vendredi et samedi de la même semaine, chacune des 4 saisons que nous avons, sous nos latitudes, la chance de vivre : ce sont les semaines des « 4 temps ».  Il y a les 4 temps d’hiver, la semaine précédant le 4° dimanche de l’avent ; les 4 temps de printemps, la 1° semaine de carême ; les 4 temps d’été, la 1° semaine qui suit la fête de la Pentecôte et les 4 temps d’automne, la 18° semaine après la Pentecôte que l’on appelle aujourd’hui « temps ordinaires », celle qui suit la fête dite de la « croix glorieuse », mi-septembre.

Je lis dans le missel que m’a légué ma mère, son « paroissien expliqué et commenté » par l’abbé A. Fleury, datant de 1917 que lui avaient offert pour sa communion solennelle et sa confirmation ses deux sœurs Andrée, son aînée et Simone, sa cadette : « chaque saison de l’année ajoute quelque chose aux dons de la libéralité divine à notre égard. En hiver, la nature se repose pour se préparer à nous donner des fruits plus abondants, au printemps, c’est l’espérance de la récolte. A l’été les moissons se dorent et mûrissent, à l’automne, elles remplissent nos greniers. »

Le cérémonial des évêques de 1984 n’en a rien oublié : « aux Rogations et aux Quatre-Temps, l’Église a coutume de prier le Seigneur pour les divers besoins des hommes, en particulier pour les fruits de la terre et les travaux des hommes, et de lui rendre grâce publiquement » (4° partie, chapitre 14, n° 381) Mais il faut reconnaître que ces références bucoliques sont devenues bien étrangères aux citadins que nous sommes devenus et notre spiritualité tient plus de la grande prostituée qu’est Babylone que du jardin d’Eden !

Oubliant, au fil des années, nos références paysannes,  nous avons certainement perdu une bonne partie de ce qui nourrissait notre spiritualité chrétienne….

On sait pourtant l’importance des fêtes et des saisons : il suffit de se rappeller que le 4° jour de la création qui en comporte 7, – donc, selon la technique dite « de l’inclusion », le plus important de tous -, est consacré à la création des luminaires : le soleil et la lune, « pour séparer le jour et la nuit ; qu’ils servent de signes tant pour les fêtes que pour les jours et les années » (Gn 1, 14-19)

Les quatre-temps étaient aussi le rappel des fêtes juives, celle de Pessah, (Pâques) célébration de la sortie d’Egypte et de la germination de l’orge, au printemps ; Chavouot (Pentecôte) célébration du don des tables de la Loi à Moïse et de la germination du blé, au début de l’été ; Soukkot, fête des cabanes et des récoltes, en automne et Hanouka, la fête des lumières, en hiver, commémorant la victoire des Maccabées et la restauration du culte dans le second Temple.

Il est curieux de marquer ces quatre-temps par des prières et des jeûnes, mais c’est ainsi : rompre avec la pratique quotidienne pour faciliter prière et conversion, sans doute ….

A la fin du temps de l’épiphanie, on décompte les jours à rebours à partir de Pâques. Ainsi, la septuagésime est-elle fêtée 63 jours avant Pâques, la sexagésime, 56 jours, 49 jours pour la quinquagésime, aussitôt suivie du mercredi des cendres qui marque le début du carême. Le mot « carême » est lui-même, la contraction du mot tiré du latin « quadragésime » : 40 jours avant Pâques marquant, en années, le temps passé par le peuple hébreu au désert après sa sortie d’Egypte (Ex 16, 35) et en jours, ceux de Jésus sous les tentations de Satan (Mt 4, 2 ; Mc 1, 13 et Lc 4, 2).

L’Eglise, bonne fille, nous ménage au mitan de l’Avent et du Carême un temps de « vacances ».

I – Gaudete : le 3° dimanche de l’Avent qui en compte 4

L’introït commence ainsi, ce qui a donné son nom à ce dimanche particulier au milieu des autres

Gaudete in Domino semper :
iterum dico, gaudete :
modestia vestra nota sit omnibus hominibus :
Dominus prope est.
Nihil solliciti sitis :
sed in omni oratione
petitiones vestrae innotescant apud Deum.

 

Soyez joyeux dans le Seigneur, toujours :
je le répète, soyez joyeux.
Que votre sérénité soit connue de tous les hommes.
Le Seigneur est proche.
Ne soyez inquiets de rien ;
mais qu’en toute prière vos demandes
se fassent connaître auprès de Dieu.

 

Il s’agit d’un passage de la lettre de saint Paul aux Philippiens (Phi 4, 4-6), celle-là même qui, s’inspirant du serviteur d’Isaïe (Is 42 – 53), comporte la description de la Kénose (Phi 2, 6-9)

II – Laetare, le 4° dimanche de carême qui en compte 5

Tient son nom de l’introït ou chant d’entrée qui commence ainsi :

Laetare Ierusalem :
et conventum facite omnes qui diligitis eam :
gaudete cum laetitia,
qui in tristitia fuistis :
ut exsultetis,
et satiemini ab uberibus consolationis vestrae.

Réjouis-toi, Jérusalem !
et faites assemblée, vous tous qui l’aimez :
réjouissez-vous avec allégresse,
vous qui avez été dans la tristesse :
vous pouvez bondir de joie
et vous rassasier du lait de consolation qui est pour vous.

Ce passage (Is 66, 10 et 11) est issu du 66° et dernier chapitre du livre d’Isaïe, le « 3° » donc, celui du retour à Jérusalem en 538 (édit de Cyrus) après l’exil à Babylone en 597 (destruction du Temple).

Y a-t-il, en outre, une différence entre « gaudete » de l’avent et « laetare » du carême ?

« gaudete » est l’impératif pluriel du verbe gaudere tandis que « laetare » est un infinitif qui répond à un autre impératif : « facite », faites.

Le dictionnaire Gaffiot donne pour gaudere : 1°) se réjouir intérieurement, éprouver une joie intime, 2°) une formule de salutation : être en joie. Et pour laetare, verbe transitif à l’actif : 1°) réjouir (quelqu’un) 2°) fertiliser

Ainsi le dimanche de l’Avent, dit de « Gaudete », pourrait-il être le dimanche de la joie intérieure, intime, qui ne s’exprime pas encore et au cours duquel chacun se salue différemment des autres jours, une sorte de souhait, de vœux de bonheur : « sois heureux » !

Tandis que le dimanche de Laetare, durant le carême sera celui de l’espérance du salut, de temps à venir heureux et fertiles, propices aux grandes choses dans une vision déjà eschatologique promise à chacun de la Jérusalem future, à la fois céleste et messianique décrite par saint Jean au chapitre 21 de l’apocalypse et représentée sur la tapisserie qui lui est dédiée à Angers.

Alors, bonne fête de Noël et joyeuses Pâques, selon la distinction annoncée respectivement par les dimanches de gaudete et de laetare !

À propos du rédacteur Yves Daniel

Avocat honoraire, il propose des billets allant du culturel au théologique. Le style envolé et sincère d'Yves Daniel donne une dynamique à ses écrits, de Saint Yves au Tro Breiz, en passant par des chroniques ponctuelles.

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