Aet eo Yannig Baron da Anaon / Disparition de Yannig Baron, grande figure bretonne

Amzer-lenn / Temps de lecture : 7 min
Par XIIIfromTOKYO —Wikipedia – Travail personnel, CC BY-SA 3.0,

Aet eo Yannig Baron davet ti an Aotrou e-kourzh an noz-mañ. Breizh a goll unan eus he zud pennañ. Graet en deus kalz evit plas ar brezhoneg er skolioù. Barrek e oa da dremen dreist an dispartioù, ha dont a rae kenkoulz da birc’hirinded ar vrezhonegerien ha d’an oferenn viziek e brezhoneg e Keranna, pe c’hoazh  d’an oferenn-veur birc’hirinded Feiz e Breizh.

Lakaet hor boa Yannig war wel er vandenn-dreset Keranna, rak un den pouezus ivez e oa bet evit plas ar brezhoneg el liderezh, pa oa deuet ar Pab Yann-Paol II da Geranna.

La rédaction d’Ar Gedour a la tristesse de vous annoncer le décès de Yannig Baron, musicien, militant et bâtisseur infatigable de l’enseignement bilingue en Bretagne, survenu cette nuit  et assure sa famille de ses amicales pensées et de ses prières.

Il était âgé de 89 ans. Avec lui, la Bretagne catholique – mais pas seulement – perd l’un de ses défenseurs les plus fervents, un homme dont l’action aura profondément marqué la vie culturelle du pays et le diocèse de Vannes en particulier.

Dans une biographie d’une vie qui se confond largement avec l’histoire contemporaine de la Bretagne, Christian Guyonvarc’h raconte le parcours d’un homme né à Groix, dans une famille qui le reliait à la fois au fondateur du thonier dundee et au poète Yann-Bêr Kalloc’h. De cette double filiation maritime et littéraire, Yannig Baron héritera très tôt d’un attachement profond à la culture bretonne et d’un sens aigu de la transmission. Figure majeure du mouvement breton, il s’engagera toute sa vie dans les combats pour l’émancipation culturelle et linguistique de la Bretagne. Il sera notamment aux sources du mythique foyer culturel de Menez Kamm à Spézet, le créateur de l’association Dihun, et l’un des artisans du Programme multilingue breton qui associait, dans l’enseignement catholique, le bilinguisme breton-français à l’apprentissage d’une langue internationale.

Né le 26 octobre 1936 dans une famille nombreuse de l’île de Groix, Yannig Baron grandit au rythme des traditions insulaires et découvre très tôt l’histoire de Bretagne. À quatorze ans, il apprend à jouer de la bombarde, instrument qui l’accompagnera tout au long de sa vie. Son entrée dans la Marine nationale – notamment au Bagad de Lann-Bihoué – le conduit à Toulon puis à Marseille, où il retrouve une importante communauté bretonne. Il se met alors au service de cette diaspora en organisant le Festival des Bretons du Midi et en faisant venir des artistes du pays, tout en créant une section du MOB et en s’engageant contre la guerre d’Algérie. Cette période forge son goût de l’action collective et son sens aigu de la liberté culturelle.

Lorsqu’il revient en Bretagne en 1970, il s’investit aussitôt dans la vie culturelle renaissante. Aux côtés de Yann Goasdoué, il anime le foyer de Menez Kamm, qui devient l’un des lieux moteurs du renouveau culturel breton. Quelques années plus tard, installé à Vannes, il se bat sans relâche pour l’avenir du breton à l’école. Dès 1978, il tente d’obtenir la création d’une école Diwan, sans succès, mais cette défaite ne fait que renforcer sa détermination. En 1988, après avoir menacé de recourir à une grève de la faim, il obtient la création d’une classe bilingue publique à Brec’h, une avancée symbolique et structurante pour le pays vannetais. La même année, il organise à Groix une grande exposition consacrée à son grand cousin Yann-Bêr Kalloc’h, qui rencontre un succès considérable et ravive la mémoire du poète parmi les nouvelles générations.

Militant non violent, Yannig Baron mènera nombre de ses combats pour les langues de Bretagne par des moyens spectaculaires, notamment des grèves de la faim, qui marqueront durablement les esprits. Grande gueule assumée et rusée « evel ul louarn » comme le disait son nom de plume, mais homme de dialogue, il cherchera toujours à construire des passerelles, défendant l’enseignement du breton aussi bien dans les écoles catholiques que dans l’enseignement public ou au sein du réseau Diwan. Fidèle à sa vision d’une Bretagne plurielle, il refusera constamment de choisir entre les deux langues de Bretagne, le breton et le gallo, qu’il considérait comme également légitimes.

Son engagement prend également une dimension politique lorsqu’il rejoint l’Union Démocratique Bretonne en 1988 et se présente à plusieurs élections locales. Mais c’est surtout dans le domaine éducatif et spirituel que son action devient déterminante. Constatant la faiblesse de l’enseignement du breton dans les écoles catholiques, il fonde en 1990, avec d’autres militants dont sœur Anna Vari Arzur, l’association Dihun, qui deviendra l’un des piliers de l’enseignement bilingue en Bretagne. Grâce à ce travail de longue haleine, l’enseignement catholique compte aujourd’hui des dizaines de filières bilingues regroupant plusieurs milliers d’enfants. Convaincu que l’avenir du breton passait aussi par la formation des enseignants, il multiplie les démarches pour obtenir de véritables cursus, allant jusqu’à entamer une grève de la faim de trente-huit jours en 1990. En 1995, il renouvelle cette forme extrême de protestation pour réclamer la signature par la France de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. La même année, il met en place à l’Université catholique de l’Ouest une formation spécifique destinée aux enseignants bilingues, qui joue encore aujourd’hui un rôle majeur.

Ce que le grand public sait parfois moins, c’est le rôle qu’il joua afin que le pape Jean-Paul II soit accueilli en Bretagne, et non simplement « dans l’Ouest », lors de sa venue à Sainte-Anne-d’Auray en septembre 1996. À cette occasion, il contribua à faire en sorte que la langue bretonne soit retransmise pour la première fois à la télévision en mondovision, marquant un moment symbolique fort pour la reconnaissance de la langue dans l’espace public et religieux. Il jouera un rôle déterminant pour la place du breton dans la liturgie lors de cette visite papale.

Toujours soucieux du patrimoine, il cofonde également à Carnac l’association Menhirs libres, et poursuit en 1998 son combat pour l’enseignement bilingue à travers une nouvelle grève de la faim visant à obtenir davantage de postes d’enseignants. Son engagement est reconnu à l’échelle de toute la Bretagne : il reçoit en 2000 le titre de Breton de l’année décerné par Armor Magazine, puis en 2004 le Collier de l’Hermine, distinction majeure attribuée par l’Institut culturel de Bretagne.

On pourrait allonger la liste de ses actions en de nombreux domaines : oeuvrant beaucoup pour les pauvres, engagé dans l’écologie, la lutte contre le nucléaire (Plogoff, Erdeven..), la lutte contre la faim, mais aussi prenant part au Tro Breiz (c’est lui qui avait demandé que Nantes soit intégré dans la boucle), à la Vallée des Saints, etc… Aujourd’hui encore, bien au-delà de l’âge de quatre-vingts ans, Yannig Baron continuait d’œuvrer pour l’émancipation de la Bretagne, de sa culture et de ses langues à travers l’association Breizh ImPacte. Il s’investissait également dans l’accueil et l’insertion de migrants, leur faisant découvrir la culture bretonne dans ses multiples facettes, convaincu que l’enracinement culturel pouvait aller de pair avec l’ouverture à l’autre.

Homme de foi, de culture et de caractère, Yannig Baron restera pour beaucoup comme un passeur : passeur de langue, passeur de mémoire, passeur d’espérance pour une Bretagne fidèle à ses racines et tournée vers l’avenir. Son action, même lorsqu’elle bousculait l’ordre établi, a profondément influencé la vie du diocèse de Vannes, où il œuvra sans relâche pour faire vivre un catholicisme enraciné dans la langue et la culture du pays.

Ra vo degemeret ac’hanout gant an Aotrou en e varadoz, Yannig. Ra vo skañv douar Breizh evidout !

Lidet ‘vo an obidoù gant an Tad Ivan Brient d’ar sadorn 20 a viz Kerzu, da 2e30 gm, e iliz Intron Varia Lourda (Gwened). 

Les funérailles de Yannig Baron auront lieu samedi 20 décembre 2025 à 14h30 en l’église Notre-Dame de Lourdes, de Vannes.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD". En 2024, il a également publié avec René Le Honzec la BD "L'histoire du Pèlerinage Militaire International".

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Un commentaire

  1. Dominique de Lafforest

    merci de nous avoir rafraîchi la mémoire, en honorant ce combattant.
    je le porte dans ma prière à l’auteldès ce soir à Taulé !

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