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Du “Paradis Breton” à “Ces saints qui forgèrent la Bretagne”

La version 2019

L’éditeur Yoran Embanner a récemment publié un ouvrage intitulé “Ces saints qui forgèrent la Bretagne” dont les illustrations sont de R. Micheau-Vernez et le texte de Thierry Jigourel, le tout agrémenté de photos des statues de Carnoët. Ce livre plonge ses racines dans un opus aujourd’hui très recherché de Janig Corlay, épouse d’Herry Caouissin : Le Paradis Breton, publié ici en 96 pages. Les textes de Janig Corlay ayant ici été remplacés par la plume de Thierry Jigourel.

Pour chaque saint – 22 au total – il a été repris le même principe que dans l’édition originale, à savoir l’histoire du saint et un dessin pleine page du peintre Robert Micheau-Vernez. En annexe, vous pouvez trouver des informations sur les sept saints fondateurs, le  Tro Breizh médiéval et actuel, la Vallée des saints ainsi que les cantiques bretons les plus connus avec traductions et partitions : Sainte Anne ô bonne mère – Kantik Sant Erwan – Santez Anna, rouanez an Arvor – Kantik ar baradoz. Afin de créditer les sources (ce qui sera fait dans la prochaine édition) sachez que ces partitions sont issues des sites de Pierre Quentel, de Kan Iliz et de ses partenaires.

 

Le Paradis breton, un livre recherché

Comme il est peu fait mention dans les médias de la source originelle de l’ouvrage évoqué, Ar Gedour vous en parle un peu plus. Avant tout, laissons la parole à Janig Corlay, interviewée ici par Gwenola Fouchérand (elle parle du Paradis Breton à partir de 3’45)

Certains peuvent penser que le style rappelle la revue bretonne Ololê. Et pour cause : ce livre, comme il est mentionné en avant-propos, est à l’origine une oeuvre de l’écrivain breton Janig Corlay, elle-même collaboratrice de la revue, et pendant un temps directrice de ces éditions. Cette dernière avait commencé à écrire Le Paradis Breton en 1941, ouvrage qui devait être publié par les éditions du Léon-Ololê.  Mais comme bien d’autres projets, à cause de la guerre et des pénuries de papiers, l’édition sera ajournée.

En 1951, elle reprend son livre et y intéresse La Bonne Presse qui l’édite. C’est un très beau livre, magnifiquement illustré par l’artiste peintre et dessinateur Micheau-Vernez des Seiz Breur.  C’est Janig Corlay elle-même qui choisira le dessinateur : elle hésitera entre Hérouard qui déjà fournit beaucoup de dessins splendides pour Ololê et ses éditions, et Micheau-Vernez, un autre collaborateur. Hérouard est séduit, il illustrera d’ailleurs dans le numéro 107 d’Ololê une légende vannetaise dont le titre est … Le Paradis Breton.  Mais débordé, il choisira de se fixer sur ses dessins pour un autre livre –Cœur de Héros– qui doit sortir, et sur les planches des Chevaliers de la Table Ronde et de Tristan le Preux  (respectivement de Ronan Caerleon-Caouissin et de Jorda Renault-Caouissin) qui ne seront publiés qu’après la guerre par une autre maison d’éditions.

Janig Corlay se tourne donc vers Micheau-Vernez, dont le style est bien différent.  Il venait d’illustrer le numéro spécial Sainte Anne d’Ololê (N° 33), qui met en scène la patronne des Bretons et Marie, entourées d’une ribambelle d’enfants en costumes bretons.  Janig Corlay est conquise, elle n’a pas de mal à convaincre l’artiste  de ce qu’elle attend de lui : « Que les jeunes lecteurs, lectrices s’identifient aux saints dont ils vont lire la vie ».

La version originale

Le graphisme « délicieusement enfantin » des dessins de l’artiste ne peut que les y aider. Les saints sont ainsi représentés à mi-chemin entre l’enfance et l’adolescence, ce qui correspondra exactement au thème du livre. Autre exigence de Janig Corlay, la vie des saints, des saintes  doit être un hymne à la poésie, à la Création,  la nature doit être partout présente : arbres, fleurs, oiseaux et animaux de toutes sortes.  Dans le même esprit, les Editions Ololê éditeront une très belle série d’images religieuses illustrées par Micheau-Vernez, mais aussi Xavier de Langlais, Perron, Marguerite Floc’h-Villard. Que l’on soit clair : les dessinateurs d’alors sont des exécutants, travaillant au profit des éditions Ololê. Les illustrations sont des commandes spécifiques de ces éditions pour des livres ou de l’imagerie, ce que certains ont décidés d’ignorer superbement au mépris du droit de l’auteur et des artistes qu’elle avait soigneusement sélectionnées.

Commander “Le Paradis Breton”

C’est au contact de l’abbé Perrot, lui-même grand spécialiste des saints bretons, et auteur d’une monumentale Vie des Saints (Buhez ar Zent), que Janig Corlay va se prendre de passion pour les saints et les saintes de Bretagne. Elle se souvenait : « Quand l’abbé Perrot nous parlait des saints bretons, nous avions l’impression de vivre avec lui leur vie ».  Ses amis ne feront que confirmer avec humour  cette « intimité » :

« La  passion avec laquelle il nous en parlait, nous laissait volontiers penser que les saints hommes devaient régulièrement s’inviter à sa bonne table, d’autant que le vin y était bon et généreux ».

L’idée d’écrire pour les enfants sur ce thème lui viendra d’une jolie prière dialoguée entre un enfant et sa mère au sujet des saints, que l’abbé  Perrot alors séminariste -il a 22 ans- compose Bez fur (Sois sage), prière qui invite les enfants à être … sage pour devenir aussi des saints. L’abbé Perrot la mettra en musique sur l’air du cantique Pedennou diouz ar mintin ou des Dix Commandements. Janig Corlay tiendra beaucoup à ce que cette prière figure dans son livre, d’autant que l’abbé Perrot la chantait souvent à ses trois jeunes enfants (3).  Malheureusement, la Bonne Presse la refusera  au motif qu’elle était de l’abbé Perrot et qu’il était hors de question de mentionner son nom. Le Père abbé de Kerbénéat-Landévennec, Dom-Félix Colliot en écrira la Préface :

« Heureux petits lecteurs, heureux petits Bretons d’aujourd’hui ! Quel grand merci vous devez à Madame Janig Corlay pour avoir su, de sa plume délicate de maman, de très chrétienne maman, écrire pour vous ces récits plein de fraîcheur et de charme. Quant aux dessins de Monsieur Micheau-Vernez, en  avez-vous jamais vu d’aussi gracieux, d’aussi riches en couleurs ? Est-il donc vrai qu’un véritable artiste possède une âme d’enfant? En terminant chacune de ces pages, pourquoi ne vous mettriez-vous pas un instant à genoux, joignant les mains et disant du plus profond de votre cœur : « Et maintenant, grand saint, priez pour nous ! » (extrait).

Elle dédiera le Paradis Breton à ses enfants.

Le livre, tiré à 2000 exemplaires, sera un succès, et par la suite deviendra, et il l’est toujours, très recherché des collectionneurs. Fin des années 50, la Bonne Presse possède encore un petit stock mais elle le fait mettre au pilon, car le style du livre ne correspond plus à l’idée que l’Eglise se fait désormais de la catéchèse aux enfants, les saints comme les Anges commencent à être encombrants pour la nouvelle pastorale de l’Eglise. Ce geste iconoclaste stupide provoquera la fureur de Janig Corlay. Elle  souhaitera le rééditer, mais en réadaptant les textes, non pas dans l’esprit progressiste qui commence à envahir l’Eglise, mais tout au contraire en mettant encore plus en valeur toutes les vertus chrétiennes, désormais bafouées,  qui peuvent mener les enfants à la sainteté.  La nouvelle édition sera enrichie d’un plus grand nombre de vie de saints et de saintes.  Et bien sûr, elle y introduira cette fois la belle prière de l’abbé Perrot. Le nouveau Paradis Breton est achevé, et de nouvelles gravures de Micheau-Vernez qui n’avaient pu être publiées lors de la première édition, mais aussi de Félix-Jobbé Duval, viennent l’enrichir. Malheureusement, elle se voit  opposer refus sur refus par diverses maisons d’éditions « Un tel sujet est démodé. Cela n’intéresse plus les jeunes d’aujourd’hui » lui sera-t-il rétorqué. Le projet de réédition avortera. L’un de ses fils, Yann-Vari, qui a une maison d’édition, l’annonce dans son catalogue de 1999. Pour d’autres raisons, il ne pourra l’ éditer.  Janig Corlay s’en trouve affectée, car le Paradis Breton est l’ouvrage qui lui tient le plus à cœur, il est pour elle tout ce qu’une maman chrétienne et bretonne enseigne dès le plus jeune âge, sur ses genoux, à ses enfants : « Prier son saint Patron, sa sainte Patronne, en même temps que l’Enfant Jésus et la Vierge Marie ». En 2016, le projet d’édition est repris, là encore diverses raisons vont s’opposer à sa réédition.  Si Janig Corlay avait accepté de relativiser la teneur profondément chrétienne de son livre, elle aurait davantage trouvé un éditeur, car c’est justement ce caractère chrétien qui posait un problème dans une société qui se trouvait d’autres « héros » que les saints. Elle ne transigera pas, et refusera des propositions d’éditeurs séduits par les dessins, mais réticents, agacés même par les textes. Or les dessins étaient la traduction même de chaque vie racontée, donc inséparable des textes de Janig Corlay. Elle s’opposera à toute nouvelle version de son livre, qui reprenant son titre, utiliseraient les gravures de Robert Micheau-Vernez, tout  en excluant ses textes. Pour mémoire, les ouvrages de Janig Corlay, comme tous ceux de Herry Caouissin ne sont pas dans le domaine public …

Aujourd’hui, ce travail revoit le jour alors que se développe la Vallée des Saints. Nous regretterons certainement que l’oeuvre originale de Janig Corlay n’ait pu être éditée dans son intégrité, mais nous soulignerons ici la beauté toujours actuelle et délicieusement vintage des dessins de Robert Micheau-Vernez transmis aux générations nouvelles, comme vous pouvez le constater ci-dessous.

 

Nos saints bretons sont bien reconnus par Rome !

Nous profitons aussi de cette publication pour continuer à tordre le cou à cette légende tenace disant que “la plupart de nos saints ne sont pas reconnus par le Vatican”, que nous retrouvons encore à un endroit de l’ouvrage. C’est évidemment faux et il serait bon que les auteurs et éditeurs en prennent conscience. Nous renvoyons donc nos lecteurs à notre article “Beaucoup de saints bretons ne sont pas reconnus par Rome : vrai ou faux ?

Pour vous procurer cet ouvrage, nous vous invitons à nous contacter en cliquant ici.

À propos du rédacteur Erwan Kermorvant

Erwan Kermorvant est père de famille. D'une plume acérée, il publie occasionnellement des articles sur Ar Gedour sur divers thèmes. Il assure aussi la veille rédactionnelle du blog et assure la mission de Community Manager du site.

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Un commentaire

  1. si j’ai bien compris, on a les images mais pas le texte…. un éditeur avisé comme le sont les Editions “Ar Gedour” pourraient envisager – s’ils en obtiennent les droits – la publication du texte original de Madame Janig Corlay …. mais, sans les images !

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