Entre tradition et création : de nouveaux ordinaires bretons pour l’Avent et Noël

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 min

Il n’existe pas beaucoup d’ordinaires de messe en français spécifiquement consacrés aux temps liturgiques. Malgré l’abondance d’ordinaires aux intitulés variés (Missa pro Europa, Messe de l’Emmanuel, Messe de Saint-Paul…), on ne retrouve plus aujourd’hui l’équivalent fonctionnel du Kyriale grégorien. Cette situation avait d’ailleurs conduit la Conférence des Évêques de France à s’interroger il y a quelques années :

« […] Revenons au Kyriale grégorien. En le regardant de plus près — et les anciens s’en souviennent — les Messes proposées l’étaient, pour certaines, pour un temps liturgique bien précis. La Messe I qualifiait le Temps pascal, la Messe XI plutôt les dimanches dans l’année, la Messe XVIII le temps de l’Avent…

Chaque temps avait ainsi sa “couleur” ! L’Ordinaire “colorait”, par sa modalité et ses tournures mélodiques, chaque temps liturgique et constituait ainsi un “chant-signal”. Dès l’intonation du premier Kyrie, on savait que l’on entrait, par exemple, dans le temps de l’Avent !

On peut donc se demander, si l’on souhaite que la liturgie “parle” d’elle-même à la communauté rassemblée, qu’elle soit d’emblée signifiante de ce qu’elle célèbre, s’il ne serait pas essentiel de retrouver cette coloration des temps liturgiques en réservant pour ceux-ci des Ordinaires appropriés. Ceux-ci ne seraient pas nécessairement les mêmes partout, mais les Ordinaires choisis par chaque communauté deviendraient pour elle le signe immédiat d’un temps liturgique donné. »

Il existe cependant des ordinaires modernes dédiés à certains temps liturgiques. Par exemple, le fonds SECLI contient deux messes dites « pour l’Avent », et l’on trouve également des compositions destinées à Noël. Les Noëls anciens, particulièrement populaires au XVIIᵉ siècle, ont inspiré Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), qui composa une Messe fondée sur ces airs traditionnels. On en retrouve d’autres, un peu plus récents, basés sur des chants traditionnels de Noël.

Un travail comparable a été réalisé en langue bretonne par Roger Abalain, validé par la commission diocésaine de Vannes pour la Pastorale en breton. Ce travail comprend notamment une messe de l’Avent, une messe de Noël et une messe pour le Temps du Carême. Ces partitions sont prévues pour les messes célébrées en langue bretonne.

La messe de l’Avent s’appuie sur un cantique breton dédié à ce temps : Mesi deit hep dale, dont la mélodie provient de Gwreg ar c’hroazour (« l’épouse du croisé ») du Barzaz Breiz. La messe de Noël, quant à elle, reprend l’air de Jezuz krouedur, chant de Noël bien connu, lui-même issu de Gwerz ar c’hakouz (« la complainte du lépreux »), également extrait du Barzaz Breiz, recueil du XIXᵉ siècle.

Bien que les textes de ces ordinaires soient en breton, des partitions existent aussi en grec/latin/français pour les paroisses où l’usage du breton est difficile. Cela permet d’habituer progressivement les communautés à se réapproprier ces mélodies traditionnelles avant, éventuellement, de les chanter dans leur version bretonne.

Ces partitions seront disponibles ce week-end sur le site Kan Iliz, mais vous pouvez d’ores et déjà les télécharger ci-dessous. Notez que vous pouvez également y retrouver une liste de chants de Noël et un refrain de prière universelle pour la Nuit de Noël.

À propos du rédacteur Erwan Kermorvant

Erwan Kermorvant est père de famille. D'une plume acérée, il publie occasionnellement des articles sur Ar Gedour sur divers thèmes. Il assure aussi la veille rédactionnelle du blog et assure la mission de Community Manager du site.

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3 Commentaires

  1. Attention avec le SECLI : ils proposent des ordinaires de messe dont les paroles ne respectent pas le texte liturgique.

    C’est bien de la part de la Conférence des Évêques de dire qu’il faut revenir aux kyriale grégoriens. Mais tant qu’on aura des liturgies en langue du peuple, ça ne fonctionnera pas.

    Il n’est donc pas utile d’avoir des ordinaires de messe en breton (surtout si c’est pour éclipser le latin qui est la langue de l’Eglise). Par contre promouvoir les cantiques bretons est évidemment une bonne chose, y compris au moment de Noël. Remettre à l’honneur le chant du Propre grégorien est encore mieux. Il faudrait trouver un juste milieu pour permettre aux cantiques d’avoir une petite place dans la liturgie, à condition que la première place (c’est Sacrosanctum Concilium qui le dit) soit accordé en tous temps et en tous lieux au grégorien.

  2. Concernant les Kyriale grégoriens, il faudrait préciser que leur classification est relativement récente (début XXeme) et est assez arbitraire. Les kyriale grégoriens ne sont pas des compositions « unitaire » comme nos ordinaires de messe actuels.

    Mais cette classification offre en effet, comme le rappel l’article, l’intérêt d’associer un temps liturgique avec un kyriale et permet astucieusement du coup, de ne pas toujours chanter les mêmes kyriale (quoi qu’en certains endroits on sert encore et toujours sempiternellement la messe VIII dit « des Anges » ou le Credo III). Il faudrait que certaines paroisses sortent de cette routine paresseuse.

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