Saints bretons à découvrir

Kenavo aux JMJ de Lisbonne, et rendez-vous à Séoul 2027 (article avec interview de Mgr Moutel)

Amzer-lenn / Temps de lecture : 10 min
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La dernière page des Journées Mondiales de la Jeunesse 2023 qui se sont déroulées à Lisbonne et dans les paroisses attenantes vient de se tourner. Au total, ce seront près d’1,5 millions de pèlerins qu’auront attiré ces journées organisées avec brio par le Portugal. Ce sont presque 45 000 jeunes provenant de l’Hexagone qui se seront rendus à l’invitation du Pape François, et parmi eux, plus de 2200 jeunes issus des 5 diocèses bretons.

Ils parlent la même langue : celle de l’Amour.

Se donner durant des mois pour s’offrir le pèlerinage d’une jeunesse en quête de sens. Rencontrer d’autres jeunes de ton diocèse, que tu ne connaissais pas encore. Partir avec eux et commencer à vivre une vie fraternelle et communautaire. Voir que tu n’es pas seul, contrairement à ce que tu pouvais parfois te dire. Découvrir que les jeunes sont finalement des centaines, des milliers…  à travers le monde, et que tous, convergeant ensemble avec enthousiasme vers le Christ, offrent un partage de  ce qu’ils sont : fiers de leurs racines en portant haut les drapeaux de leurs pays et leur culture, partageant des moments de fraternité d’exception malgré les barrières des langues, car l’essentiel est ailleurs : ensemble, les yeux sont tournés vers le Christ. Ils parlent la même langue : celle de l’Amour.

Une unité dans le Christ, sans uniformité. L’unité dans le respect des différences. Des peuples qui s’aiment sans les rivalités que nous assènent sans relâche des médias avides d’un monde avide. Imaginez, même si le tumulte de milliers de personnes change le cadre d’une ville, voir que tout se passe dans la paix et la sérénité. Le calme d’un million de personnes parqués pour adorer Jésus Eucharistie, face à l’immensité de la mer. La paix s’élève des cœurs comme l’amour du Christ embrase les âmes. La prière pour soi et pour les autres, pour ceux dont les intentions ont été emportées dans la besace.

C’était fatiguant, mais c’était deux belles semaines. En vrai faire une messe avec 2 millions de personnes c’est énorme 👀 j’ai beaucoup aimé, malgré la chaleur du Portugal (Edern, du Diocèse de Vannes)

Faire l’expérience de la miséricorde divine

Revenir exténués mais heureux, le cœur empli de joie et l’âme enthousiaste pour – comme Marcel Callo – annoncer aux autres la joie de Dieu. Même si les mots manquent pour décrire deux semaines intenses, ponctuées de rendez-vous exceptionnels, de la messe d’ouverture à la messe solennelle célébrée par le Pape François, en passant des concerts, des conférences/catéchèses ou encore par une veillée d’anthologie offrant le contraste entre le tourbillon d’une société aux notifications permanentes et le doux appel du Saint-Sacrement se révélant dans le silence des coeurs. Se réveiller après une nuit à la belle étoile et se dire que malgré la fatigue, il reste encore un peu de temps.

Se confesser et faire l’expérience de la miséricorde divine. Prier encore et vivre la messe, même si les yeux papillonnent et que le soleil cogne. Chanter la gloire de Dieu et la joie de découvrir de tels moments qui en augurent peut-être d’autres. Se rapprocher de Dieu ou le découvrir. Ite missa est. C’est déjà la fin et un prêtre prend le relais pour offrir un son mémorable aux participants, avant le départ. Avant de lever le camp et de rejoindre les bus.

Le Pape François, accueilli en triomphe il y a quelques jours, repart. L’avion décolle et bientôt il n’est plus qu’un point blanc dans le ciel. Le regard ébloui par le soleil reste en suspens. Le live-stream encore suivi par les rescapés s’éteint. Les drapeaux flottent encore sur les épaules des pèlerins qui errent comme pour happer un dernier air, une dernière prière. Moments si forts et déjà finis. Larmes de joie d’instants féconds.

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Il est temps. Poser sa tête encore pleine d’images sur l’épaule du frère et s’endormir.

Rise up, lève-toi, sav, … n’aie pas peur.

Fatigué… mais heureux ! Heureux d’avoir vécu ces instants, grâce à l’accueil fantastique, à la gentillesse et à la générosité des portugais, touchant beaucoup de jeunes. Grâce à tous les bénévoles qui se sont donnés corps et âme dans ce marathon. Grâce aussi aux évêques, aux curés de paroisses et aux aumôniers qui motivent les troupes. Grâce aux paroissiens pour leur soutien… et enfin grâce à l’engouement de tous ces jeunes chrétiens qui forment désormais des fraternités missionnaires, dans leurs propres diocèses.

Les Journées Mondiales de la Jeunesse marquent ceux qui les vivent. Ils n’en sortent pas indemnes et même si certains pourraient imaginer des feux de paille, il est bien plus probable que l’Esprit-Saint ait pu parler individuellement à chacun. Les organisateurs, dans chaque pays et bien évidemment au Portugal, ont poussé le caddie, mais c’est Jésus qui fait les courses, en quelque sorte.  Plus d’un million de jeunes pourront le témoigner à nouveau cette année, avant de partir pour Séoul où se dérouleront les JMJ 2027.

Je veux continuer, avec l’Eglise, à prier pour et avec les jeunes, à les soutenir, à les accompagner, ceux qui ont eu la chance de vivre ces JMJ mais aussi tous les autres (Mgr Denis Moutel, 7/08/2023)

Pour avoir une idée plus précise sur ces JMJ ainsi que sur les attentes des jeunes comme de leurs pasteurs à la suite de ces moments exceptionnels que sont ces Journées Mondiales de la Jeunesse, nous avons posé quelques questions à Monseigneur Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc & Tréguier, qui a accompagné les jeunes de son diocèse au Portugal, et a aimablement accepté de répondre pour les lecteurs d’Ar Gedour :

Mgr Moutel - Synode 2017Ar Gedour : Quel est votre sentiment à la fin de ces JMJ ? 

C’est un sentiment de joie et de confiance renouvelée. La joie et la confiance des jeunes étaient palpables, de plus en plus au fil des jours passés à Porto puis à Lisbonne. La participation des jeunes français a été importante par le nombre (45.000) et la qualité. Si leur fatigue est réelle à l’issue de ces deux semaines, c’est parce qu’ils ont largement répondu présent aux propositions qui leur ont été faites. En plus des célébrations vécues en présence du pape François, je veux souligner trois événements marquants.

  • le temps des français, avec la place faite aux témoignages, l’écoute de la Parole de Dieu et l’invitation à se lever pour changer le monde : s’engager pour la paix et l’unité de l’Eglise, s’engager pour les pauvres et les petits, s’engager pour l’annonce explicite du Christ Sauveur.
  • Le village de la joie et les temps dédiés aux jeunes professionnels. Cet espace n’a pas désempli et beaucoup de jeunes pros y ont trouvé ce qui manquait parfois dans les JMJ, avec des débats et des échanges portés par plusieurs stands de mouvements et associations. Quelle forme je vais donner à ma vie, avec quelles relations aux autres ? Chacun a une vocation, quelle est la mienne ? Beaucoup d’évêques sont passés par ce lieu et ont dit la qualité des échanges avec les jeunes pros.

Dans les journées en diocèse, comme les autres évêques, j’ai été impressionné par la qualité des temps du matin (catéchèses ou « Rise up » pour « lève-toi » : écoute, questions, temps de silence et de prière. Les jeunes qui étaient là se sont vraiment engagés dans ces JMJ.

Ar Gedour : Comment avez-vous ressenti l’accueil des Portugais ? 

Du début à la fin, l’accueil a été exceptionnel, non seulement par une logistique impressionnante qui a su s’adapter à un afflux sans doute inattendu de jeunes pèlerins (1,5  millions) mais plus encore le sourire et l’envie de faciliter le séjour des jeunes. Les volontaires étaient très nombreux et portaient le souci d’aider, d’orienter, de faciliter les choses. J’ai appris à découvrir un peuple assez uni, du moins dans un tel événement, et simple, là où ils peuvent pourtant être vraiment très fiers, au vu de la réussite de l’événement. La langue portugaise n’est pas très habituelle pour les français, mais les outils numériques de traduction ont vite montré leur intérêt !

Cet engagement très fort des portugais nous encourage et nous stimule au plan de l’Europe et aussi en France. Faisons-nous un effort semblable pour connaître la communauté portugaise en France et les familles qui y sont très nombreuses comme à St Brieuc, après l’émigration des années 70 ? L’accueil de l’autre, de tous les autres, est un thème majeur des enseignements du pape François.

Ar Gedour :  Quel serait votre souhait pour les jeunes qui ont participé à ces JMJ après ces moments exceptionnels ?

Le passage de l’exceptionnel à l’ordinaire peut s’avérer difficile. Les jeunes retrouvent leur quotidien souvent incertain. Mais ils ont fait provision de courage et d’espérance dans les moments forts qu’ils ont vécus : la découverte d’une foule de jeunes croyants et en chemin, la rencontre des autres nations, avec des jeunes qui connaissent parfois une vie plus compliquée que la nôtre, tout cela entraîne à des relations plus ouvertes, à penser plus loin, plus haut, plus large, que ce que nous connaissons déjà. C’est une belle expérience.

On peut la résumer avec les mots qui s’inscrivaient dans la nuit de la Vigile, le samedi soir, avec des lettres formées par des drones lumineux : rise up, lève-toi, n’ayez pas peur.

Je souhaite aux jeunes de pouvoir relire cette expérience des JMJ. Il est difficile de la partager tout de suite aux autres, cela demande un peu de temps. Je souhaite que l’Eglise fasse une plus grande place à leur participation, leurs aspirations, leurs expressions. Le pape François le leur a dit : vous avez toute votre place. L’Eglise est une maison pour tous. Il l’a répété trois fois dans sa langue maternel, en espagnol : « todos », « todos », « todos ».

Je souhaite aussi une floraison de vocations chrétiennes, dans une vie laïque engagée, dans le mariage, dans la consécration religieuse, dans le ministère de prêtre ou de diacre.

Et je veux continuer, avec l’Eglise, à prier pour et avec les jeunes, à les soutenir, à les accompagner, ceux qui ont eu la chance de vivre ces JMJ mais aussi tous les autres.

Propos recueillis par Eflamm Caouissin. Photo du Pape (DR) aimablement mise à disposition d’Ar Gedour par le service communication du Diocèse de Saint-Brieuc & Tréguier. 

 

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À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD".

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