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La liturgie du Jeudi Saint, une clé de compréhension essentielle pour la vie chrétienne

La liturgie est-elle simplement une succession de codes convenus, un rituel mystérieux aux atours incompréhensibles ? Certainement pas. Par la liturgie, « s’exerce l’œuvre de notre rédemption » (Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, 2). C’est pourquoi, de même qu’il fut envoyé par le Père, le Christ a envoyé les apôtres pour qu’ils prêchent la rédemption et « exercent cette œuvre de salut qu’ils annonçaient, par le sacrifice et les sacrements autour desquels gravite toute la vie liturgique » (ibid., 6).

En ce Jeudi Saint, nous vous renvoyons donc à notre article de l’an passé, qui tente d’expliquer que la liturgie du jour implique à la fois l’institution de l’Eucharistie, l’institution de l’Ordre sacerdotal et le commandement de la charité fraternelle.

Le Cérémonial de la Sainte Messe à l’usage des paroisses rappelle qu’avec la Messe In Cena Domini, qui se célèbre le soir du jeudi de la semaine sainte, l’Église s’applique à rappeler la dernière Cène, au cours de laquelle le Seigneur Jésus, la nuit même où il fut livré, aimant jusqu’au bout les siens qui étaient dans le monde, offrit à Dieu son Père son Corps et son Sang sous les espèces du pain et du vin, les donna à ses Apôtres en nourriture, et leur ordonna, à eux et à leurs successeurs dans le sacerdoce, de les offrir. [87]Cette Messe fait donc mémoire de l’institution de l’Eucharistie, ou du mémorial de la Pâque du Seigneur, qui perpétue parmi nous, sous les signes du sacrement, le sacrifice de la Loi nouvelle ; elle fait mémoire aussi de l’institution du sacerdoce, qui perpétue la mission du Christ et son sacrifice dans le monde ; elle fait mémoire enfin de l’amour dont le Seigneur nous a aimés jusqu’à la mort. [88] 

Comme nous le rappelions, Jean ne parle pas de l’institution de l’Eucharistie dans son Evangile, passage rapporté par les autres évangélistes. Jean transmet cette information d’une manière plus implicite, par ce lavement des pieds. Nous avions postulé que le lavement des pieds si connu dans nos paroisses dans sa notion de service ne se limite pas à cette seule dimension, mais est profondément un acte sacerdotal, et que par ce lavement des pieds fait par Jésus aux disciples, il les inscrit dans la lignée des Lévites.

Nous précisions ainsi :

Bien plus qu’une ablution rituelle, l’acte du lavement des pieds est un rituel de purification et de pré-consécration pour l’ordination des Lévites (Cf. Exode 29,4 : « Tu feras avancer Aaron et ses fils à l’entrée de la tente de réunion, et tu les laveras avec de l’eau »). Avant cela, toute entrée dans la tente d’assignation et l’autel des sacrifices leur était proscrit. Ce caractère sacerdotal est très clair par la phrase de Jésus à Pierre : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi » (Jn 13, 8). Cette part renvoie directement aux Lévites (cf Deutéronome 10,9 ainsi que 12, 12 et 18,1-2). Avoir part avec lui, c’est en filigrane participer à son être divin, à son mystère pascal de mort et de résurrection révélé à l’heure de la croix. C’est, après cette pré-consécration, participer au Saint des Saints du Dieu vivant. Un nouveau passage… une Pâque nouvelle…

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Ce Lavement des pieds est aussi évidemment à mettre en relation avec la prière sacerdotale de Jésus (chapitre 17). Les paroles de Jésus à ses apôtres se transforment en prière, cette Prière sacerdotale dont les exégètes ont repéré l’arrière-fond dans le rituel de la fête juive de l’Expiation. Jésus, cette nuit-là, s’adresse à son Père au moment où il s’offre lui-même. Lui, le prêtre et la victime, prie pour lui-même, pour ses apôtres et pour tous ceux qui croiront en lui, pour l’Eglise de tous les temps (cf. Jn 17, 20).

Par la liturgie, enracinée dans le mystère pascal, le Christ, notre Rédempteur et Grand Prêtre, continue dans son Église, avec elle et par elle, l’œuvre de notre rédemption (CEC, 1069).

Il est donc évident que la liturgie du Jeudi Saint est étroitement liée à celle des jours qui suivent. En faisant ce geste du Lavement des pieds avant le Saint Sacrifice au Golgotha, Jésus ordonne ses propres disciples et les rend dignes de participer au repas des Noces de l’Agneau. Les Apôtres, leurs successeurs et leurs collaborateurs participent au sacerdoce du Christ, prêtre -victime, au service du peuple de Dieu. Ce rite est donc certainement un geste de charité et d’amour mais est aussi un rite de purification et de consécration, et laisser l’un pour l’autre n’a pas de sens, et mène à notre avis, à vider la substance même de l’un et de l’autre. Mais au contraire, comprendre la portée de chacun des gestes suivant leurs racines permet de nourrir notre foi profonde via ce qui est la source et le sommet de la vie chrétienne : l’Eucharistie.

L’auteur s’attache à soumettre ses articles à des prêtres avant de les publier. Il s’agit toutefois d’une analyse de l’auteur qui n’engage que lui-même et non l’institution ecclésiale.

 

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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