La société est-elle à l’image des réseaux sociaux, ou inversement ?

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 min

À force de scroller, de liker, de commenter et parfois de bloquer, une question s’impose : notre comportement en ligne reflète-t-il ce que nous sommes dans la vie réelle, ou bien avons-nous commencé à vivre « comme » sur les réseaux sociaux ? En d’autres termes, la société façonne-t-elle les réseaux… ou est-ce l’inverse ?

La société, miroir numérique

À première vue, les réseaux sociaux semblent être un simple reflet de nos comportements humains : besoin de reconnaissance, recherche de validation, volonté de se connecter aux autres… On y retrouve nos codes sociaux traditionnels transposés dans un monde numérique. Le « like », par exemple, n’est qu’une version moderne du sourire, du hochement de tête approbateur ou du compliment discret.

Mais ce qui était autrefois spontané est devenu mesurable. Combien de likes ? Combien d’abonnés ? Combien de vues ? Cette quantification a-t-elle contaminé notre perception des relations réelles ? Il semble que oui.

IRL : on like ou on dislike

Il n’est plus rare d’observer, dans la vie quotidienne, des comportements inspirés des logiques des réseaux. On « like » une personne lors d’une rencontre rapide : elle est bien habillée, souriante, elle partage nos opinions. On la « dislike » tout aussi vite si un détail déplaît : un mot de travers, une attitude étrange. Tout devient question de première impression, d’image, d’instantané. L’amitié ou le rejet se décident parfois en quelques secondes — un simple « swipe » mental.

Les réseaux n’ont pas inventé le jugement social, mais ils en ont accéléré la vitesse et simplifié les critères. Dans une époque où l’on valorise l’efficacité, même les relations humaines deviennent des contenus à consommer.

Qui influence qui ?

Il serait simpliste de dire que les réseaux sociaux ont tout changé. Ce sont les humains qui les alimentent, qui y injectent leurs désirs, leurs frustrations, leurs jugements. Les plateformes, elles, n’ont fait que codifier, standardiser et amplifier ces tendances.

Mais à force d’évoluer dans cet écosystème numérique, nos comportements changent. Nous commençons à « penser » comme des algorithmes : qui m’apporte de la valeur ? Qui me dérange ? Qui me fait bien paraître ? Notre rapport aux autres devient performatif, parfois stratégique. Même en dehors des écrans.

Vers une société « filtrée » ?

Le danger, c’est la perte de nuance. Dans la vraie vie, tout n’est pas noir ou blanc. On peut apprécier quelqu’un sans adhérer à tout. On peut être en désaccord sans supprimer l’autre. Mais les réseaux nous entraînent vers une culture du binaire : j’aime / je n’aime pas. Je suis / je bloque. J’approuve / je cancelle.

La société se « filtre », se segmente. Elle se met en scène. Et nous y jouons tous un rôle, conscient ou non.

Un miroir déformant

Alors, la société est-elle à l’image des réseaux sociaux, ou est-ce l’inverse ? Peut-être les deux. Les réseaux sont le miroir déformant d’un monde déjà complexe. Ils nous renvoient une image de nous-mêmes — parfois flatteuse, parfois brutale — et influencent, en retour, notre manière de nous comporter dans la vie réelle.

Reste à savoir si nous voulons continuer à vivre comme dans un fil d’actualité, ou si nous sommes prêts à ralentir, à nuancer, à redonner du sens à nos relations. IRL (In Real Life).

À propos du rédacteur Stella Gigliani

L'une des touches féminines d'Ar Gedour. Elle anime en particulier la chronique "La belle histoire de la semaine".

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3 Commentaires

  1. Je pense qu’il faut nuancer le phénomène des réseaux dIts » sociaux ». Ils permettent à des millions de « gens de rien » de s’exprimer, même si ce n’est pas toujours -souvent- heureux. Avant, il n’y avait que le « courrier des lecteurs » qui reflétait l’orientation du média, suivez mon regard… J’ai été censuré, discriminé, ostracisé avec refus de passer un droit de réponse par un grand média parisien.. Maintenant je pourrais (conditionnel) laisser un commentaire -comme ici- voire créer un blog. D’autre part, il y a de véritables discussions qui reflètent aussi le niveau des intervenants…Donc, je prends et je laisse, à chacun d’en faire autant. Mais je me goinfre de culture générale grâce à Internet, alors merci! Et merci à vous pour votre participation à Ar gedour (en breton, d’er Gédour cela sonne mieux!).

  2. Louis-Marie SALAÜN

    Comme souvent (pour ne pas dire toujours ), on fait des tonnes d’articles « moralisateurs » pour informer sur ou dénoncer les méfaits des réseaux sociaux. Dans le fond ce n’est pas inutile. Mais c’est complètement stérile ! C’est stérile et inefficace parce que le problème ne vient pas d’abord de ceux et celles qui les utilisent, mais de ceux qui les ont inventés, et des gouvernements qui ont permis leur diffusion dans leurs pays respectifs. C’est exactement la même chose pour la Grande Distribution qu’on a inventé sous prétexte de l’évolution de la société et de la gestion de notre temps. Qui a laissé notre société se vautrer dans la recherche du profit? Qui a laissé notre société s’installer dans un mode de vie ou l’on veut tout tout de suite, ou il faut aller vite et gagner du temps ? Qui a laissé se développer en France (et ailleurs) les réseaux sociaux au nom de « l’évolution de la société » et des moyens de communication ?

    Toutes les « évolutions » sociétales du XXIeme siècle, que l’on présente forcément comme nécessaires (sinon on est taxé de passéiste, de fixiste et de ringuard), nous ont conduit et nous conduisent à un mouvement, une spirale sans fin. Tout retour en arrière étant perçu négativement, notre société contemporaine n’a visiblement pas d’autre choix que de vivre avec les réseaux sociaux. Les appels à la modération, les évocations des dangers des réseaux sociaux sont de la pure utopie, quand bien même nous aurions la volonté de nous « déconnecter ». Tant que nous serons soumis à un mode de vie ultra connecté et tant qu’on favorisera l’utilisation de l’outil informatique (pour la moindre chose maintenant), ces rappels et articles de « prise de conscience » qui se veulent « pédagogiques » seront de la pure utopie, et demeureront inefficace, parce que ce n’est ni vius, ni moi, ni le voisin qui pourront faire changer le cours des choses.

  3. Je comprends parfaitement votre point de vue, Louis-Marie, et, d’une certaine façon, je partage une partie de votre constat : les réseaux sociaux et bien d’autres évolutions technologiques ne sont pas apparus par hasard, et les choix politiques et économiques qui ont permis leur essor portent une lourde responsabilité.

    Mais je revendique volontiers mon côté utopiste.

    Je crois profondément que, même si ces forces nous semblent écrasantes et que tout paraît joué d’avance, la somme de petites prises de conscience individuelles peut changer les choses. Dans l’histoire, nombre de transformations que l’on croyait impossibles ont commencé par des minorités qui ont décidé de résister, de se comporter autrement, et d’entraîner peu à peu les autres avec elles.

    Bien sûr, il est illusoire de penser qu’un article ou un appel à la vigilance va bouleverser le système à lui seul. Mais ce n’est pas inutile non plus. Ces textes sèment parfois une graine : une réflexion, un doute, une envie de faire différemment. Et ces graines-là finissent, avec le temps, par faire bouger les lignes.

    Vous écrivez : « ce n’est ni vous, ni moi, ni le voisin qui pourront faire changer le cours des choses ». Pour ma part, je crois exactement l’inverse. C’est justement vous, moi et le voisin – par nos choix quotidiens, notre manière d’utiliser ces outils, d’en parler autour de nous, d’éduquer nos enfants – qui, petit à petit, faisons évoluer ce qui semble immuable aujourd’hui.

    Peut-être est-ce naïf ; peut-être est-ce une utopie. Mais c’est cette utopie-là qui me donne envie d’agir plutôt que de me résigner.

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