Saints bretons à découvrir

Le Bleun-Brug et la résurrection de Landévennec

Amzer-lenn / Temps de lecture : 6 min

Il est important de connaître notre histoire et nos racines. Voici un extrait qui rappelle ce qui fut à l’origine du relèvement de l’abbaye de Landevennec, issu du Bro Gwened de juillet 1951, esprit originel quelque peu oublié aujourd’hui : 

LandevennecJe le vois encore, ce bureau sur lequel l’abbé Perrot composait son Feiz ha Breiz, jonché de feuillets annotés, au fil de la lecture, de la pensée, de mots de phrases, écrits de sa plume incisive, volontaire : 

935 ! Mil Bloaz zo ! Distro ar venec’h da Landevenneg ! Ar c’heloù mat ! 

Et au milieu de ces papiers, l’Histoire de Bretagne ouverte comme un Evangile sur cette page aux lignes soulignées de rouge : 

« Voici devant nous la Bretagne, morte, abandonnée du Ciel et de la Terre, de Dieu et des Hommes. Son sépulcre même est vide. Ses fils vivants ont émigré aux plages étrangères, aux contrées lointaines. Ses vieux saints, les fondateurs de sa nationalité terrestre et ses protecteurs célestes l’ont délaissée. 

A la fête du grand archange, à la Saint-Michel 931, elle a fait pour revivre un grand effort. De son cercueil, elle s’est levée droite et terrible. Elle a écrasé ses oppresseurs. Mais d’autres sont venus plus nombreux qui l’ont terrassée et qui on scellé sur elle la pierre de la tombe. 

Maintenant, c’est fini. Son sol n’a d’autres habitants que les hordes normandes, retranchées ça et là dans leurs lignes fortifiées, sur ses rivages. Partout ailleurs, le désert, la ruine, la mort. 

Cependant, du fond de cette tombe sort un gémissement. Là-bas, dans les ruines de Landévennec dont les moines furent les premiers à quitter le sol breton, on voit des ombres errer… »

Ainsi, en cette année 1935, il y avait mille ans que les fils de Saint Gwenolé rentraient clandestinement dans leur foyer éteint, profané, pour y ranimer la flamme, pour y chanter de nouveau la Croix, après vingt années d’exil. Résurrection spirituelle qui allait se confondre avec celle de la Bretagne ! 

Le Bleun Brug, en célébrant ses noces d’argent avec son 25è congrès, entre les Montagnes Noires et les Montagnes d’Arrée – à Pleyben – se devait de commémorer ce millénaire historique. 

Le pèlerinage à Landévennec, en ce 4 septembre 1935, fut marqué d’une pierre blanche dans les Annales du Bleun Brug. Car Landévennec, dont le nom résonnait douloureusement aux oreilles des historiens, des hagiographes et des archéologues, ne trouvait guère d’écho auprès des Bretons. Combien d’entre nous amoureux de notre patrimoine n’ignoraient-ils pas ce haut-lieu ? 

L’heure n’était-elle pas venue d’inviter les Bretons à se pencher sur ce berceau abandonné, vide, de lasaint Gwenolé Bretagne celtique ? (…)

Le Saint Sacrifice offert sur un autel hâtivement bâti avec les pierres de l’église abbatiale, aux sculptures des X° et XI) siècles, les heures historiques du retour de l’abbé Yann dans son monastère profané, anéanti, allaient être évoquées. 

Jeu sacré s’il en fut ! Avec la même foi que les acteurs de la Passion du Christ, nous avons joué la Passion de Landévennec, sur cette même terre, foulée par Saint Gwenolé, par Gralon Meur, par l’abbé Yann, par Alain BarbeTorte. 

Belles émotions dramatiques et bretonnes que connut par exemple notre ami Xavier de Langlais incarnant Yann Landévennec, s’écriant avec foi et émotion : « Advera a raio – Landévennec vivra ! ) tandis qu’un rayon de soleil perçait la grisaille du ciel. 

Heureux présage ? Advera a raio ! 

Ils s’en souviennent aussi ceux qui eurent l’heureuse fortune d’entendre en ce jour mémorable l’abbé Perrot, dressé à l’ombre de la statue de Saint Corentin, adjurer ses compatriotes de saisir la grande leçon du X° siècle : 

« Il y a mille ans, les murs de cette abbaye qui gardent encore les traces des tombeaux de Saint Gwenolé, de Gralon Meur, étaient dans une désolation encore plus profonde. Et cependant ils ont été relevés. 

Pourquoi Bretons mes frères, ne ferions-nous pas au XXème siècle ce que nos pères firent au X° siècle ? N’est-ce pas le même sang qui coule dans nos veines ? « 

En ce soir de septembre, mille ans après l’audacieuse entreprise de l’abbé Yann et ses compagnons, plus d’un breton quitta les Lann de Gwenolé, le nom de Landévennec tintant à ses oreilles, comme un glas, certes, mais aussi comme le son argentin des matines. 

Cependant, que les artisans du Bleun Brug qui, les premiers, ouvrirent le chemin des ruines de Landévennec, faisaient le rêve alors considéré comme insensé, de leur rendre la vie. 

… L’an 1937, millénaire de la résurrection de la Bretagne par la foudroyante victoire d’Alain Barbe Torte sur les Northmen, commémoré en Haute-Bretagne à Nantes, et en Basse-Bretagne à Plougastel. 

Pourquoi le Bleun Brug choisit-il Plougastel ? A cause de Landévennec uniquement ! 

Ce millénaire qui dépasserait en ampleur et en magnificence celui de 1935 allait permettre d’attirer avec plus d’insistance l’attention des Bretons sur ce lieu sacré. 

Ec ce fut l’inoubliable pélerinage par mer de Plougastel à Landévennec, où rien n’avait changé depuis deux ans. Là encore, la voix prophétique du fondateur du Bleun Brug fit tressaillir les vieilles pierres et le coeur de ses compatriotes : 

« Peut-être l’année 1937 sera-t-elle le témoin de la Résurrection analogue à celle de 937. Comme les reliques jadis sorties du caveau de gauche, face à celui de Gradlon et portées sur les épaules douloureusement ployées des moines fugitifs à Montreuil, revenues en ce lieu aujourd’hui, les fils de son esprit y reviendront un jour ! … »

Tandis que de la mer calme s’élevaient les chants mêmés au son de binious, qu’une flotille de bateaux de pêche, toutes voiles dehors et les mâts pavoisés, escortaient les reliques de Saint Gwenolé, un peuple en liesse, en habits de fête, attendait sur le rivage. 

Mais les mois passèrent, les laborieuses tractations sous l’impulsion de l’abbé Perrot, n’aboutissaient pas, pour un retour à la vie de la célèbre abbaye ! (…)

Sans perdre confiance, nous nous disions dans nos fréquents pèlerinages aux ruines : « Si la main de Dieu nous conduit, les hommes nécessaires se rassembleront au moment voulu. »

Et ce fut la guerre avec tous ses drames : la tombe s’ouvrit devant deux promoteurs de la « folle » aventure landevennocienne : l’Apôtre de Feiz ha Breiz, et l’animateur de l’Atelier Breton d’Art Chrétien – James Bouillé – qui avait fait le beau rêve d’être le Maître d’Oeuvre du nouveau Landevennec de demain. 

Mais ce que les hommes n’ont pu accomplir ici-bas, Dieu leur permet d’y parvenir lorsque’ils entrent dans l’Eternité. 

Ainsi, 15 ans après l’appel lancé dans les ruines par l’Apôtre de Feiz ha Breiz, comme l’ange du tombeau annonçant la Résurrection du Christ, un moine, un fils de Saint Gwenolé, surgit dans la Grande Nuit de la Célébration des Saints de Bretagne pour annoncer à ses frères bretons la grande nouvelle : le coeur de Landévennec, Kalon Breiz, allait battre de nouveau ! 

Notre prière était exaucée : les hommes nécessaires se rassemblaient au moment voulu. En cette année sainte 1950, les moines revenaient ranimer la flamme au Lann de Gwenolé. Te Deum Laudamus ! 

Herri Caouissin (in Bro Guened N°7 – juillet 1951)

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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Un commentaire

  1. Nag ur blijadur é lenn er pennad-man…Me gred boud hoah é cheleù bouéh me mignon koh Herri é lared deomp istorieu a bep seurt a-zivoud Breizh ha Fé…

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