Le Bon Dieu ne sait plus le breton (par Yvon Ollivier)

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 min

J’étais à la messe de minuit hier soir au Guilvinec et contrairement aux autres années, pas un seul cantique en breton.

Vous me direz, à quoi bon en faire tout un patacaisse ? Je pense ici à ceux pour qui la religion n’est qu’une source de désintérêt ou de haine.

J’y vois d’important, que nous sommes passés en quelques générations d’un monde où l’assemblée ne chantait qu’en breton, à celui où elle ne chante plus qu’en français, outre bien sûr le latin.

La boucle est bouclée. Ceux qui s’intéressent à la Bretagne, à son avenir et à celui de sa culture devraient y prêter quelque intérêt.

Je n’ai pu manquer de m’en ouvrir à l’une des laïques qui menait la barque pour lui faire part de mon désarroi. Je lui ai simplement demandé si le bon dieu ne comprenait plus le breton.

Elle m’a répondu, un peu gênée, « oh si bien sûr il comprend toujours le Breton, mais vous savez il y a des gens venus d’ailleurs qui ne comprennent pas ! »

Je lui ai demandé si ceux venus d’ailleurs comprenaient le latin.

Elle n’a pas su que répondre.

La morale que j’en tire c’est qu’ici en Bretagne on baisse toujours sa culotte devant ceux qui viennent d’ailleurs, au point de leur laisser toute la place à l’église. C’est je crois une spécialité bretonne.

A quoi bon leur dire que ceux qui viennent d’ailleurs, du moins certains d’entre eux, ne sont pas venus en Bretagne par hasard ?

A quoi bon leur dire la beauté de nos cantiques breton de Noël ?

Pourquoi ceux qui viennent acquérir nos maisons devraient en plus prendre toute la place à l’église ?

A quoi bon rappeler que le message christique de noël d’ouverture à tous, et surtout aux miséreux, ne s’accorde pas avec le rejet des cultures en souffrance et des langues en danger d’extinction ?

Devons-nous considérer que l’Eglise a bien œuvré dans son rôle de vecteur de la débretonnisation du pays, à la demande de l’Etat français ? Mais pour en retirer quoi au final ? Quel avenir s’offre une Eglise en rupture avec le peuple et ses traditions ?

J’ai toujours pensé que la religion qui baissait pavillon devant l’Etat et son idéologie hypothéquait son avenir. Les Bretons que nous sommes seraient plus respectueux de la religion, si celle-ci avait su se positionner en défenseur du peuple et rester en phase avec lui.

Les musulmans semblent avoir compris le message.

Comme souvent, les paroissiens Bretons se taisent et courbent l’échine à l’Eglise. Ils ont la foi silencieuse et résignée. C’est dans leur nature.  Il serait stupide d’y voir l’assentiment pour céder le pas à ceux qui viennent d’ailleurs, la foi toute exubérante.

Bientôt chanterons-nous à la gloire de la France, fille ainée, dans nos Eglises ? Moi je ne chanterai pas.

Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec l’enseignement diocésain qui se moque éperdument de l’enseignement du breton et roule pour la bonne bourgeoisie locale.

Lorsque les Bretons reprendront le pouvoir en Bretagne, faudra-t-il négocier avec l’Eglise une place digne pour notre vieille langue ?

Nous en sommes là.

Tout va pour le mieux dans notre belle région de Bretagne. Nedeleg laouen d’an holl !

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16 Commentaires

  1. Kalz plijadur ‘m eus bet da gemer perzh d an oferenn pellgent nedeleg penn da benn e brezhoneg… E treflevenez eo m eus bet tu d en ober
    Ha evit an dra se, ret eo trugarekaat toud ar skipailh minihi levenez …évit pezh o deus graet .. An digemer … Kanaouennou er foliennou divyezhek..
    Med ret oa deomp ober war dro tregont kms évit mont peogwir ne oa német eun oferenn e brezhoneg er penn ar bed a bezh… Petra sonjit deus an dra se ?
    Nedeleg laouen d an holl

    • Memestra genomp-ni é barrez Pleùignir é Bro-Morbihan, é-tal An Alré ged Kannérion Pleùignir, oferenn lidet ged en Tad Ivan Brient vikel vras en Eskopti. Ha bet e zo bet ur vintad a bugalé aveid moned d’en ganedigeh ! Trugéré eùé d’er strollad ma en-des saùet en oferenn-mañ, d’er sonnerion eùé…Na souéhus!

  2. Merci pour ce cri du coeur. Je partage entièrement votre analyse.
    Même si en certains lieux la langue bretonne se développe et se conserve, ce qui coulait de source il y à à peine quelques années, n’est plus à l’honneur et meurt à petit feu.
    Grâce à Dieu, le breton est de plus en plus chanté dans certains lieux sanctuarisés, mais pour ces belles victoires locales, combien de paroisses l’abandonnent dans une semi-indifférence ?
    Il y a de quoi être inquiet, mais nous devons teniur haut le flambeau de l’espérance.
    On en arrive à avoir comme pour la messe tradi quelques “réserves d’indiens” quand dans nos humbles paroisses tout s’effondre. Dalc’hamp mat atav ! Continuons à faire vivre nos cantiques envers et contre tout.
    Nedeleg joeius d’an holl!

    • Quelques citations littéraires à méditer en ce temps d’action de grâce et d’espérance ::

      Du prophète Sophonie dans l’Ancien Testament :
      ” Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; il prendra pour abri le nom du Seigneur.

      Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice ; ils ne diront plus de mensonge ; dans leur bouche, plus de langage trompeur. Mais ils pourront paître et se reposer, nul ne viendra les effrayer.”
      Soph 3, 13.

      Une autre citation, de Jean Raspail, porte-parole de tous les peuples oubliés :

      “Quand on représente une cause (presque) perdue, il faut sonner de la trompette, sauter sur son cheval et tenter la dernière sortie, faute de quoi l’on meurt de vieillesse, triste au fond de la forteresse oubliée que personne n’assiège plus car la vie s’en est allée ailleurs.”
      (Le roi au-delà de la mer)

      Et pour finir, une citation de Cyrano de Bergerac, d’ Edmond Rostand :

      “Que dites-vous ?… C’est inutile ?… Je le sais !
      Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès !
      Non ! non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile !”

  3. “Stourm a ra war bep tachenn” “Je me bat sur tous les fronts” disait Anjela Duval. Nous sommes en effet dans un contexte de combat pour la survie de notre langue et de notre culture. Il faut consolider ce qu’il y a de solide: Diwan écoles bilingues, lieux de culte bretonnants comme Minihi levenez, qui tient malgré le départ de son fondateur, le père job an Irien. C’est à partir de ces réduits résistants que tout repartira. La preuve : deux des jeunes prêtres du diocèse de Quimper et Léon sont des bretonnants issus des écoles Diwan. Inventons, innovons là où c’est faisable , et là où il y a une demande. Quant aux équipes qui refusent de perpétuer la tradition des chants bretons pour les remplacer par des chants français fades et insignifiants, qu’ils continuent! Ce qu’ils font ne nous intéressent pas !

    • Je suis bien moins optimiste que vous concernant Minihi Levenez, bien malheureusement. D’après ce que j’ai appris le diocèse se donne un an pour décider au sujet de la destination du lieu après le départ de Job an Irien. Le prêtre qui assure la messe du samedi ne fait rien d’autre. La revue est en grand danger. En attendant il y a quand même un receuil qui vient de sortir reprenant toutes les mélodies de la liturgie en langue bretonne, mais combien d’exemplaires seront vendu ? 20 ? Aucun des “jeunes” prêtres bretonnants dont vous parlez ne veut (ni ne peut) s’investir. Il n’y a pas de “réduit résistant” à Tréflévénez c’est un fantasme : j’y habite.

      • “Ce sont les minorités actives qui font l’Histoire” Pape Benoit XVI

        L’Eglise a mis sa doctrine sous le boisseau, elle n’a plus de gouvernail. Les évêques de Bretagne sont les suiveurs de la bureaucratie ecclésiastique parisienne sous l’aval de la Conférence Episcopale Française.

      • “Ce sont les minorités actives qui font l’Histoire” Pape Benoit XVI

        L’Eglise a mis sa doctrine sous le boisseau de la modernité (du modernisme), elle n’a plus de gouvernail. Les évêques de Bretagne sont les suiveurs de la bureaucratie ecclésiastique parisienne avec l’aval de la Conférence Episcopale Française ballotée par les flots idéologiques de la république/révolution.

    • “Ce sont les minorités actives qui font l’Histoire” Pape Benoit XVI

  4. Bonjour yvon. Perso je ne vois que peut de différence entre la politique de l’église en Bretagne et celle de Macron, toutes les deux détachées du peuple. Mais je ne vois pas ce que Dieu vient faire là-dedans ? je n’y vois que l’action des hommes comme partout.

    • l’Eglise, avec ses “Ralliement(s)” court après la modernité depuis le Concordat napoléonien et en Bretagne comme ailleurs la république jacobine a fait une société immanente qui n’a besoin ni de Dieu ni de roi ni des identités provinciales et encore moins d’une nation bretonne pour imposer les “valeurs révolutionnaires” à la suite de 1789.
      “Saint” Abbé Perrot, Priez pour nous !

  5. Début du 20 ème siècle, deux millions de bretonnants. Aujiurd’hui, 200 000. Dans 20 ans, 50 000.

    Nous sommes” les derniers des Mohicans” et le seul moyen de remédier à cela est de rendre obligatoire l’enseignement des langues dites régionales. Le reste n’est que du bricolage jusqu’à extinction complète.

    En Bretagne, le Breton n’est plus n’y première, ni deuxième ou troisième langue parlée. Allez dans les rues et écoutez: Français, Anglais, Allemand, Arabe, Swahili….et du breton, presque jamais malgré des panneaux bilingues eux bien visibles

    • la langue bretonne sans l’âme bretonne a l’avenir d’un corps sans âme et l’âme de la Bretagne est catholique…
      “Saint” Abbé Perrot, priez pour nous !

  6. C’est bien tous ces commentaires , mais qui prépare et anime les messes dominicales ? Ceux ou celles qui sont vraiment impliqué(e)s savent que le choix des chants peuvent leur appartenir…. Quant à l’influence des “gens d’ailleurs”,c’est comme pour les coqs ou les cloches : si ça ne leur convient pas… qu’ils vivent leurs traditions…chez eux, ailleurs !. .

  7. Je suis sidéré de lire certains commentaires qui semblent oublier que l’Église, c’est nous !

    Si vous n’allez pas à l’église tous les dimanches, ne venez pas vous plaindre que d’autres laïcs qui font le job ne mettent pas de breton.

    Venez à la messe, participez à la vie de la paroisse, participez à la chorale, à l’animation, au caté, etc. Venez proposer ensuite d’y ajouter du breton, comprenez les réticences des uns et des autres, faîtes des propositions pour dépasser les blocages.

    Quand les bretonnants le font, le résultat est là. Diocèse de Vannes (pourtant rempli de Parisiens peu ouverts à la langue bretonne), 4 messes de Noël en breton, et le reste de l’année des messes mensuelles en langue bretonne sur tout le diocèse, du catéchisme en breton pour les enfants, des cantiques en breton dans beaucoup d’autres messes.

    Bougez vos fesses !

    • Merci. C’est à peu de choses près ce que j’ai dit sur le site de l’ABP à la suite de certains commentaires qui suivaient cet article (qui a le mérite de soulever un vrai sujet). Je copie/colle mon commentaire :

      Je lis beaucoup de choses vraies mais aussi des raccourcis simplistes dans certains commentaires. Force est de constater que Tepod a parfaitement raison quand il dit que le bon Dieu ne parle plus breton car les bretons parlent français. A notre niveau, nous travaillons d’arrache-pied pour proposer une expression enracinée de la fois mais on se sent souvent bien seuls.

      A tout ceux qui veulent que les choses changent : j’invite
      1- à soutenir les initiatives portées par Minihi Levenez, Emglev an Tiegezhioù, Ar Gedour, Tiegezh santez Anna…
      2 – A se rendre nombreux à toutes les messes en breton proposées, que ce soit pour des évènements ou de manière plus récurrente. Montrez qu’il existe une demande.
      3- A s’impliquer dans les paroisses pour, certes parfois en ramant, essayer de faire avancer les choses. Montrez qu’il existe une demande.
      4 – A venir TOUS au Pèlerinage des bretonnants 2024 qui aura lieu le 7 avril à Sainte Anne d’Auray.

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