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Le troisième jour Il est ressuscité des morts – L’évènement historique et transcendant (CEC 639-647) – 4ème partie –

Amzer-lenn / Temps de lecture : 12 min

J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. (2 Tm 4, 7).

Nous arrivons au terme de nos articles sur la Résurrection (pour consulter les articles précédents, cliquez ici). Nous pouvons retirer le bénéfice de nos recherches arides avec cette conclusion sur la Foi. Le soutien d’une démarche rigoureuse au point de vue historique et exégétique nous permet de conforter l’affirmation de notre foi. Rappelons le numéro 643 du CEC : « Devant ces témoignages il est impossible d’interpréter la Résurrection du Christ en-dehors de l’ordre physique, et de ne pas la reconnaître comme un fait historique.

La question

La question que l’on cherche à résoudre  ici est la suivante : pourquoi est-ce si important pour notre Foi ? Que l’on dise que la résurrection de Jésus est un évènement historique ou non, l’important ne serait-ce pas tout simplement que l’on y croit ? Ne serions-nous pas là en train d’ergoter ? Pour affiner encore : de toute façon, la Résurrection est une question de Foi, nul besoin de se couper les cheveux en quatre. La question devient alors : qu’est-ce que cela change pour la Foi de la reconnaître ou non comme un fait historique, et comme appartenant à l’ordre physique ?

Vue d’ensemble de notre démarche

Dans sa finalité ultime, l’ensemble de notre démarche visait à savoir si  l’affirmation de la Foi en la Résurrection avait une consistance historique ou si au contraire l’histoire soit n’en pouvait rien dire, soit l’infirmerait plutôt. Nous avons vu que les récits et les témoignages, comme aussi les écrits évangéliques, ont une assise historique bien établie. On ne peut donc pas au nom de la science historique contester les affirmations de la Résurrection. Nous savons que l’histoire ne peut pas prouver la Résurrection ; cependant, elle établit solidement que des témoins (les Apôtres notamment) ont affirmé avoir rencontré Jésus ressuscité. Et les évangiles présentent eux aussi une solidité historique.

Bien entendu, l’Eglise n’a pas attendu la science historique pour affirmer ce qui est dit dans le numéro 643 du CEC. Depuis ses débuts, elle se base sur les témoins qu’elle sait digne de foi, elle fait confiance aux témoins, ceci pour de multiples raisons que l’on détaillera peut-être un jour. La science historique n’est pas le motif de la Foi de l’Eglise en la Résurrection. Mais puisque c’est au nom de l’histoire que l’on a contesté l’affirmation de la Foi, il nous a paru nécessaire de vérifier ce que l’histoire pouvait véritablement en dire.

Il faut préciser ici que la Foi reste un acte d’adhésion à Dieu, à Dieu qui se révèle aux hommes, donc avec des incidences historiques vérifiables. Il reste à chacun de se déterminer en conscience face aux affirmations des témoins. Pour autant que Dieu se révèle, Il laisse totalement intacte notre liberté. Les faits historiques interrogent, mais ne peuvent à eux seuls susciter la Foi. Sans eux cependant, sur quoi la foi prendrait-elle appui ?

Un extrait du numéro 644 du CEC trouve sa place ici : « ….l’hypothèse selon laquelle la Résurrection aurait été un « produit » de la foi (ou de la crédulité) des Apôtres est sans consistance. Bien au contraire, leur foi dans la Résurrection est née – sous l’action de la grâce divine – de l’expérience directe de la réalité de Jésus ressuscité ».

L’incidence sur l’acte de Foi

Puisqu’au nom de la science historique l’affirmation de la Résurrection était remise en cause, cette affirmation s’est dès lors trouvée remisée dans le domaine de la Foi que l’on qualifiera alors de « foi pure ». Mais de quelle Foi s’agit-il alors ?

La négation ou la remise en question du caractère historique de la Résurrection relègue en quelque sorte la foi dans le domaine quasiment uniquement subjectif. Privée d’évènements en ce monde, la Foi ne dispose plus de bases objectives par lesquelles Dieu se révèle, ou du moins ces dernières sont fortement teintées de doutes soi-disant scientifiques. Dépossédée de faits ou d’incidences vérifiables, la Foi est alors reléguée dans le domaine uniquement des idées personnelles. Comme telle, elle perd sa force de changement pour l’humanité et le monde. Elle est (parfois) requalifiée en « résurrection spirituelle », sans savoir très bien ce que cela recouvre.

De plus, ayant ainsi ouvert la porte au subjectivisme, rien n’empêche alors de croire à la Résurrection et « en même temps » à la réincarnation ou à autre chose. Mettez-vous alors au défi de relever la contradiction et vous essuierez les reproches de « fondamentaliste », « d’intolérant », au mieux de « dépassé ».

Si le relativisme s’insinue voire s’impose dans ce point précis de la Foi, on imagine facilement ce qui peut advenir du reste. Allons même au fond des choses : dans cet état d’esprit, croit-on alors encore que Jésus est la personne du Fils de Dieu fait chair ?

A partir de là, un nombre important de baptisés n’opèrent pas la différence entre croire en Jésus, et adhérer aussi à Bouddha ou adopter la religion prêchée par Mahomet ou d’autres.

Certes, le fond du problème n’apparaît pas clairement à beaucoup de personnes, mais il est indéniable qu’il y conduit. Progressivement, un certain nombre déambule sur le marché de la Foi, prenant un produit ici, et un autre là, rejetant tel autre. C’est la « Foi supermarché » qui ne construit personne, contrairement à ce que sa publicité fait croire.

Elargissement de la question

Spontanément, nous nous imaginerions que ce genre de propos s’échange principalement « au café du bon coin ». Détrompons-nous : le malaise vient de plus haut. Laissons la parole à l’exégète luthérien allemand Rudolf Bultmann (1884-1976), dans des propos que nous rapporte Messori dans son livre déjà cité (p. 101)[1] : « Laisser la Résurrection de Jésus sortir de la subjectivité et insister sur le caractère objectif des apparitions serait seulement le fait de conservateurs ».

Le milieu catholique n’est pas épargné. L’interrogeant sur ses tentatives de minimiser les miracles dans la Bible, Messori se vit répondre par le théologien suisse Hans Küng, à présent décédé : « Dieu est le premier à respecter ses propres lois ; pour être crédible, il n’a nul besoin d’employer des arguments ridicules ». Le journaliste italien poursuivit le dialogue, et s’attira cette réponse  « Ceux qui posent des questions comme les vôtres, mais qu’ils étudient, qu’ils se mettent à jour, qu’ils apprennent ce que dit la science moderne : les lois de l’univers ne peuvent pas être interrompues, ne serait-ce qu’un instant, sous peine de faire écrouler tout le système. » Le grand érudit suisse poursuivit : « Quant à la Résurrection, je peux croire à la vie éternelle de Jésus et à la mienne, sans voir de tombe vide ».  Notre « enquêteur » chercha à savoir si vraiment croire à une Résurrection dans l’ordre physique ne changeait rien ; « Je travaille à rendre compréhensible le message chrétien à l’homme contemporain » sembla mettre fin à l’entretien (p. 103), sans réponse davantage explicite.

De toute évidence, il faut expliquer la Foi à nos contemporains ; mais dans la perspective de Küng, on reste tout de même curieux de connaître le résultat de la démarche. Quel est alors le contenu du message chrétien auquel il fait référence ? De quelle Foi parlons-nous ?

Une faillite des élites ?

On  peut se demander en effet si la Foi catholique  se retrouve dans les formulations ci-dessus, et même tout bonnement une démarche scientifique réellement rigoureuse.

Ce genre de pensée reste souvent difficile à saisir. A titre d’exemple, selon Messori, Küng incline à croire à la Résurrection, avec mille distinguos. (p. 103)

Ceci semblerait assez emblématique d’une partie de la théologie catholique actuelle : Hans Küng incline à croire, mais ce ne serait jamais net. Il n’est pas le seul. De façon plus large, le discours sur la Résurrection demeure souvent sans clarté totalement satisfaisante ; tout se passe comme si nous restions dans une attente de lumière jamais comblée. Bien entendu, personne ne peut prétendre expliquer la totalité du mystère de la Résurrection. Ce n’est pas un argument pour ne pas l’affirmer nettement (Cf. CEC 644). Surtout à ne pas affirmer explicitement la Résurrection dans « l’ordre physique », le doute ou l’incomplétude s’installent. Finalement, est-Il  ressuscité ou non ? Un des aspects dramatiques d’une telle position provient de sa revendication de « scientifique ». A l’opposé, monsieur Perret nous a conduit dans une démarche scientifique rigoureuse, et nous savons clairement ce à quoi elle aboutit.

Les conséquences pour la Foi sont implacables : si la Résurrection ne peut s’affirmer clairement, (que ce soit au nom de la science ou autre), on pousse la Foi dans la subjectivité. La Résurrection est donc relativisée de fait, elle n’a de consistance éventuelle que dans l’esprit de l’homme.

En effet, une telle question requiert la netteté : il y a résurrection ou il n’y a pas résurrection. Il n’est pas possible de naviguer dans une sorte d’entre deux, que ce soit au nom de la science, de la philosophie, de l’exégèse ou d’autre chose. La non-affirmation claire verse de fait du côté de la négation, quoiqu’on en dise et avec les meilleures intentions possibles.

 Dès lors, la Foi ne se pose pas en vis-à-vis du monde, elle lui reste ordonnée ; elle se cantonne dans une sphère uniquement intramondaine. Du même coup, elle perd sa force de remise en question, elle ne bouscule plus, du moins plus assez fortement pour espérer une remise en question d’une pensée plus ou moins fortement sécularisée et/ou mondaine. Bref, elle a perdu son sel, chose qui ne se peut pas exister en Bretagne. (!)

Par là, que devient la question du Salut, question centrale du christianisme et de l’homme ? Ne risque t-il pas de devenir un contenu assez vague, chacun le remplissant comme à sa guise ?

La Foi n’interpelle plus le monde, et les êtres humains. Mais elle ne joue également plus son rôle de stimulant pour la raison humaine.

Ainsi, à la base de la vague de déchristianisation dans laquelle nous sommes, n’y t-il pas des causes à rechercher au sein même du christianisme ? Nous pouvons aussi nous demander si nous ne serions pas aussi en présence d’une certaine faillite d’une partie des élites catholiques lesquelles sont sensées nous aider à relever les défis que pose le monde à la Foi. Au lieu de cela, ces mêmes élites nous y enfonceraient alors plutôt.

Personne n’a le droit de se faire accusateur de ses frères, mais si nous voulons relever le défi de la nouvelle évangélisation il est des questions qu’on ne peut éviter bien longtemps. Affrontons les en vérité mais aussi dans l’amour, et que l’Esprit Saint nous daigne nous conduire.

Une question de Foi

En définitive, beaucoup plus qu’une question d’ordre historique, le problème est bien un problème de Foi en son fond. Dénier à la Résurrection son caractère historique au motif d’une Foi qui en serait purifié, revient en fait à la mondaniser et à la faire changer en son essence interne.

La réponse du Concile

Concluons avec le concile Vatican II. Le passage qui suit est tiré de la constitution dogmatique Dei Verbum (sur la Révélation). Il affronte la question de l’historicité des Evangiles, question plus large que celle abordée ci-dessus, mais non sans lien. Le Concile n’a pas eu peur de ses saisir « à bras le corps » de ces question essentielles.

  1. L’origine apostolique des Évangiles

Il n’échappe à personne qu’entre toutes les Écritures, même celles du Nouveau Testament, les Évangiles possèdent une supériorité méritée, en tant qu’ils constituent le témoignage par excellence sur la vie et sur la doctrine du Verbe incarné, notre Sauveur. Toujours et partout l’Église a tenu et tient l’origine apostolique des quatre Évangiles. Ce que les Apôtres, en effet, sur l’ordre du Christ, ont prêché, eux-mêmes et des hommes de leur entourage nous l’ont, sous l’inspiration divine de l’Esprit, transmis dans des écrits qui sont le fondement de la foi, à savoir, l’Évangile quadriforme selon Matthieu, Marc, Luc et Jean.

  1. Leur caractère historique

La sainte Mère Église a tenu et tient fermement et, avec la plus grande constance, que ces quatre Évangiles, dont elle affirme sans hésiter l’historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus, le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel (cf. Ac 1, 1- 2). En effet, ce que le Seigneur avait dit et fait, les Apôtres après son Ascension le transmirent à leurs auditeurs avec cette intelligence plus profonde des choses dont eux-mêmes, instruits par les événements glorieux du Christ et éclairés par la lumière de l’Esprit de vérité, jouissaient. Les auteurs sacrés composèrent donc les quatre Évangiles, choisissant certains des nombreux éléments transmis soit oralement soit déjà par écrit, rédigeant un résumé des autres, ou les expliquant en fonction de la situation des Églises, gardant enfin la forme d’une prédication, de manière à nous livrer toujours sur Jésus des choses vraies et sincères. Que ce soit, en effet, à partir de leur propre mémoire et de leurs souvenirs, ou à partir du témoignage de ceux qui « furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole», ils composèrent leurs écrits dans le but de nous faire éprouver la « vérité » des enseignements que nous avons reçus (cf. Lc 1, 2-4).

 

[1] Ils disent « ll est ressuscité » Enquête sur le tombeau vide. Vittorio Messori, François Xavier de Guibert, 2004

À propos du rédacteur Frère Edouard Domini

Frère Edouard, religieux et prêtre de la Famille Missionnaire de Notre Dame. Originaire de Bretagne, il est actuellement en mission dans le foyer de Lyon, pour l'apostolat de sa communauté.

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