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L’églantino do lemouzi aux noces bretonnes de Penquesten

Le dimanche 8 juillet 2018 : la Bretagne et le Limousin

Voilà deux provinces qui, bien qu’éloignées l’une de l’autre, présentent bien des similitudes.

Au palmarès, « la Bretagne rafle la première place pour l’éducation et l’engagement civique (participation aux élections) et se classe bien pour l’environnement et la sécurité. Pour la qualité de l’air comme pour le travail (mesuré à la fois par le taux de chômage et le taux d’emploi des 15-64 ans), le Limousin obtient la palme » (cf ici).

Le paysage en est granitique à souhait évoquant là les marches du Massif Central et ici les sommets tranquilles du massif hercynien raboté par des millénaires d’érosion. Même si la mer est loin, le climat continental du limousin sait faire place aux brumes et pluies océaniques qui donnent ici et là une verdoyante campagne qu’agrémentent les châtaigniers tutélaires…

… Tout comme chez nous ! Questen, prononcé localement  à la vannetaise, en chuintant, castagne ou châtaigne.

noces bretonnes penquestenLes organisateurs des traditionnelles noces bretonnes de Penquesten, un des villages de la commune d’Inzinzac, sur la route de Quistinic, ont bien fait d’y inviter, dimanche dernier 8 juillet 2018, le groupe folklorique de Limoges « l’églantino do lemouzi » : ce sont nos cousins. Ils sont venus en biaude, la blouse qui permet de préserver les habits du dimanche de la poussière tout comme de cacher la misère de tous les jours, avec les cornemuses dont l’une est ventilée, non pas par la bouche, mais par un soufflet actionné d’un discret mouvement du bras, comme les uillean-pipes irlandais, chers aux amateurs de musique celte. Le somptueux barbichet qui sert de coiffe aux femmes a l’ampleur de celles du pays de Lorient et le tour de celles du pays pourlet.

A l’instar de nos pardons bretons, les habitants de la cité de Saint Martial et des alentours ont su remettre au goût du jour les anciennes « ostentions » au cours desquelles, tous les 7 ans – la prochaine fois en 2023 – après la « reconnaissance des chefs » (crânes) par les chefs, civils et ecclésiastiques, maire et évêque, les châsses contenant les reliques des saints locaux sont offerts à la vénération des fidèles ; parmi eux, Victurnien, ermite, venu d’Ecosse au VII° siècle, sans doute compagnon ou disciple de nos saints fondateurs bretons

Mais, semble-t-il, les uns et les autres ont totalement oubliés leur histoire commune que rappelle encore de nos jours le semis d’hermine qui orne tant les armoiries du limousin que celles de la Bretagne.

Qu’en est-il donc ?

En 1275 la vicomtesse de Limoges épouse le futur duc de Bretagne

Marie de Limoges (1260-1290) est, au décès de son père, Guy VI le Preux, en 1263, la seule et unique héritière de la maison de Comborn et du vicomté de Limoges ce qui en fait un parti intéressant. En 1275 elle épouse, à Tours, Arthur de Bretagne (1262-1312), petit-fils du duc régnant : Jean I° Le Roux (1218-1286) auquel succédera Jean II (1239-1305), le père d’Arthur.

Ils ressortent tous de la maison capétienne de Dreux depuis le père du duc Jean I° : Pierre Mauclerc (1187-1250) fut baillistre de Bretagne pendant la minorité de son fils avant de coiffer lui-même la couronne ducale.

C’est lui qui prendra l’initiative de briser le blason de la famille de Dreux (échiqueté d’or et d’azur à la bordure de gueule) d’un franc quartier d’hermine (fourrure d’argent semée de moucheture de sable) généralement réservé aux clercs dont il a failli faire partie comme cadet de famille, d’où son surnom de « mauvais clerc ».

Arthur, l’époux de Marie, succédera sur le trône ducal à son père Jean II, en 1305. A sa mort, en 1312, c’est leur fils aîné, Jean III qui accédera à la couronne ducale, tandis que le cadet, Guy VII (1287-1331), deviendra, après plusieurs péripéties, vicomte de Limoges au titre de leur mère, Marie.

Veuf en 1290, Arthur II épousera en 2° noce Yolande de Dreux, comtesse de Montfort, veuve du roi d’Ecosse. Leur fils ainé, Jean de Montfort (1294-1345), né et décédé à Hennebont deviendra l’époux de Jeanne de Flandre (1295-1374), la fameuse « Jeanne la Flamme » qui s’est si bien illustrée à Hennebont.

Guy VII de Limoges adoptera pour armoiries le semis d’hermines bordé de gueule qui sont toujours les armoiries du limousin tandis que son frère aîné, Jean III, abandonnant toute référence au blason des Dreux, prendra pour écu le plain champ d’hermines qui est toujours celui de la Bretagne.

A la blancheur immaculée de l’hermine on associe volontiers la noble devise : « kentoc’h mervel eget bezañ saotret » que le latin traduit par : « Potius mori quam fœdari » – « Plutôt mourir que trahir » ou plus généralement « se souiller ! … ». Belle devise s’il en est.

Gilles Martin-Chauffier dans son « Roman de la Bretagne, l’histoire et les hommes », éditions du Rocher 2008, intitule son chapitre 7 (pages 109 à 120) « les riches heures des trois premiers ducs Jean ». Il s’agit, en effet, du grand père, du père et du fils d’Arthur et de Marie ; c’est l’âge d’or de la Bretagne dont on admire encore aujourd’hui les magnifiques vestiges rappelant la richesse du pays qui n’aura finalement pas connu une évolution semblable à celle que connaitront, aux siècles suivants, le Portugal comme les Pays-Bas. La Bretagne partageait pourtant avec eux des atouts similaires tenant à leur maritimité dont la Bretagne n’a pas su ou voulu faire usage, préférant les attraits de la France continentale et de son « art de vivre » (op.cit. page 193) !

Le règne de Jean III durera plus de 30 ans, gage de stabilité, malheureusement, malgré trois mariage successifs, il mourra sans héritiers directs…

Sa succession s’ouvre alors dans des conditions qui s’avéreront dramatiques entre sa nièce Jeanne de Penthièvre, dite la boiteuse (1324-1384), fille de Guy VII de Limoges, épouse de Charles de Blois (1319-1364) et son demi-frère, le hennebontais Jean de Montfort (1294-1345), fils du second mariage de leur père Arthur II avec Yolande de Dreux-Montfort, l’époux de Jeanne de Flandre

C’est ainsi que débute la guerre de succession de Bretagne, dite aussi « guerre des deux Jeannes », la limougeaude et la flamande, les épouses respectives des deux prétendants s’étant souvent révélées plus combatives que leur époux, Charles de Blois d’une part, d’ailleurs longtemps détenu à Londres et Jean de Montfort de l’autre.

C’est le fils de Jean de Montfort et de Jeanne de Limoges-Penthièvre, Jean IV (1339-1399) qui l’emportera le 29 septembre 1364 à la bataille d’Auray au cours de laquelle Charles de Blois trouvera la mort. Il faudra deux traités signés à Guérande en 1365, puis en 1381, ce dernier (selon wikipédia) ratifié par guillaume du Val, chevalier seigneur du Val en Inzinzac (tiens, tiens…), pour régler la situation et permettre au duc Jean IV de recouvrer, avec la bénédiction du pape, la plénitude de ses fonctions à l’encontre des prétentions du roi de France d’un côté comme de celui d’Angleterre de l’autre.

Et la vicomté de Limoges ? Me direz-vous. Eh bien elle restera aux mains des descendants de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre : les Blois-Chatillon dont la dernière, Françoise, épousera Alain d’Albret ; leur fils, Jean, roi de Navarre, est l’arrière-grand-père maternel d’Henri de Bourbon, le successeur d’Henri III de Valois sur le trône de France sous le nom d’Henri IV après qu’il ait abjuré la « religion prétendue réformée ».

On voit à quel point l’histoire de la Bretagne rejoint celle du Limousin que se disputaient les rois de France et d’Angleterre et qui préférait conserver sa fidélité aux représentants de la vicomté détenue par les ducs de Bretagne au titre de leurs épouses, Marie pour Arthur et Jeanne pour Charles, restés indépendants des uns comme des autres.

 

Les papes limousins et les saints bretons

Contrairement à la Bretagne qui ne peut revendiquer qu’un seul pape légendaire : Pabu, autre nom de Tugdual, un des 7 saints fondateurs, évêque de Tréguier, le Limousin a offert à l’Eglise toute une dynastie de Pape en la personne des Pierre Roger de Beaufort, oncle (1291-1352) et neveu (1330-1378), originaires tous les deux d’Egletons en Corrèze.

C’est le 19 mai 1347 moins de 45 ans après sa mort que le pape Clément VI, signera la bulle de canonisation de Monsieur Saint Yves Hélory de Kermartin (1250-1303).

Na n’eus ket e breiz, nann, n’eus ket unan

Na n’eus ket eur zant, evel sant Iwan

 

Chante le refrain du cantique entonné à Tréguier par les juristes en général et les avocats en particulier à l’occasion de la fête de leur saint patron.

Né Pierre Roger en 1330 au château de Rosiers d’Égletons en Corrèze, dans le ressort de la vicomté de Limoges, le 4° Pape en Avignon, élu en 1342 sous le nom de Clément VI, bien vite surnommé « le magnifique », revendiquait, avec la qualité de sujet  du duc Arthur II de Bretagne au titre de son épouse Marie, vicomtesse de limoges, sa communauté d’intérêt avec le trégorrois qu’il venait, avec succès, de porter sur les autels, faisant d’Yves Hélory de Kermartin le 2° saint breton canonisé, après Guillaume Pinchon, évêque de Saint Brieuc, un siècle auparavant, en 1247 par le pape Innocent IV.

C’est ainsi qu’un grand pape limousin aura canonisé un grand saint breton

Le neveu ne réussira pas aussi bien que l’oncle.

En 1376 va être initié le procès en canonisation de Charles de Blois, vicomte de Limoges au titre de sa femme, Jeanne de Penthièvre, tué à la batailles d’Auray du 29 septembre 1364, en considération principalement de la longueur – 9 ans – de sa captivité en Angleterre et de sa fidèle piété, captivité qui ne prendra fin que sur l’engagement du paiement d’une rançon qui sera, en grande partie, financée par la contribution des limougeauds pour le compte du gendre de feu leur vicomte, Guy VII, fils puîné de Marie et d’Arthur

Ceci sur l’initiative du pape Grégoire XI (1330-1378), le 7° et dernier pape d’Avignon, d’origine corrézienne comme son oncle, le Pape Clément VI. Mais son départ pour Rome aura pour conséquence la perte des pièces essentielles du procès en canonisation de Charles de Blois qui devra attendre 1904 pour être officiellement béatifié par le pape Pie X…

Voilà, parmi d’autres, quelques éléments qui justifient pleinement la présence des limousins de l’églantino do lemouzi aux festivités des danserion bro penquesten.

En espérant que leur passage se pérennise sous forme de jumelage avec le cri des bretons et limousins au service du pape Grégoire XI à Rome, levant leur verre de godinette, l’équivalent à Penquesten du Picon-Bière sur le tro-breiz :

« vostre mercy, Charles et Yves ! »

À propos du rédacteur Yves Daniel

Avocat honoraire, il propose des billets allant du culturel au théologique. Le style envolé et sincère d'Yves Daniel donne une dynamique à ses écrits, de Saint Yves au Tro Breiz, en passant par des chroniques ponctuelles.

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Un commentaire

  1. Vous remercie de cet article racontant l’histoire de la Bretagne et du Limousin… excellent retour de notre histoire commune…
    Cordialement à vous

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