Entre l’Armor et l’Argoat, terre fertile pour les vocations, des communautés religieuses ont vu le jour en terre bretonne. Découvrez leur histoire et leur héritage. Il s’agit d’une liste non-exhaustive que nous développons au fil du temps, et que vous êtes invités à compléter en commentaires de cet article.
La Bretagne, fortement marquée par le christianisme jusqu’au XXe siècle, a toujours été propice aux vocations religieuses. Déjà, l’Armorique avait reçu des missionnaires provenant de Bretagne insulaire, d’Irlande, de Galles… jusqu’à donner des milliers de missionnaires au monde. À côté des pardons et des calvaires, monuments pluri-centenaires, plusieurs congrégations ont vu le jour, répondant à des besoins d’éducation, de charité et de vie spirituelle dans les campagnes bretonnes. Nous vous invitons à en savoir un peu plus ci-dessous, conscients cependant que cette liste n’est pas complète.
Les Filles du Saint-Esprit (1706, Saint-Brieuc)
Fondées par deux femmes du peuple, Marie Balavenne et Renée Burel, les Filles du Saint-Esprit se sont d’abord consacrées à l’enseignement des filles et aux soins des malades. Leur devise ? « Servir les pauvres et vivre en simplicité. » Elles ont aujourd’hui des missions en Afrique, aux Amériques et en Europe, mais leur maison-mère est toujours en Bretagne, à Saint-Brieuc.
Les Petites Sœurs des Pauvres (1839, Saint-Pern)
Derrière cette congrégation mondialement connue se trouve Jeanne Jugan, une humble bretonne née à Cancale. Touchée par la détresse des personnes âgées abandonnées, elle fonde une communauté qui leur vient en aide dans le respect et la dignité. Son œuvre a essaimé dans le monde entier, mais son cœur reste breton : à Saint-Pern repose son corps, devenu un lieu de pèlerinage discret mais touchant.
Les Frères de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel (1819)
Fondés par Jean-Marie de La Mennais et Gabriel Deshayes, les « frères de Plo » enseignent aux jeunes garçons, notamment dans les campagnes bretonnes. Ils sont aujourd’hui présents dans une trentaine de pays, mais leur vocation est restée la même : instruire pour libérer. Leur maison-mère, toujours à Ploërmel (Morbihan), est un haut lieu de mémoire et de formation.
Les Sœurs de la Providence de Saint-Brieuc (1818)
Présentes dans l’éducation et le soin des malades, ces sœurs ont marqué la vie religieuse du XIXe siècle breton. Discrète mais active, les Sœurs de la Providence se sont engagées dans l’assistance aux orphelins, l’enseignement et le soin des malades. Elles ont porté les valeurs de charité et de présence bienveillante dans de nombreuses paroisses bretonnes.
Les Sœurs de Kermaria – Sœurs de la Sainte Famille de Kermaria (1860, Kermaria-Sulard / Plouay)
Fondée en 1860 à Kermaria-Sulard (Côtes-d’Armor, puis établie à Plouay dans le Morbihan), la Congrégation des Sœurs de la Sainte Famille de Kermaria est née de l’élan missionnaire de l’abbé Pierre Noury (celui qui a composé le célèbre chant de Noël Pe trouz war an douar). Leur vocation était d’abord tournée vers l’éducation des filles et le soin des malades dans les zones rurales bretonnes. Avec un rayonnement international dès le XXe siècle (Amérique du Sud, Afrique, États-Unis), elles ont poursuivi leur mission dans l’esprit de la Sainte Famille, c’est-à-dire simplicité, humilité et service. Aujourd’hui encore, la maison-mère à Plouay reste un haut lieu de mémoire et d’activité apostolique.
Les Sœurs hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve
Les Sœurs hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve sont une congrégation religieuse catholique née en Bretagne, fondée à Lamballe (Côtes-d’Armor) en 1661 par le Père Ange Le Proust, prieur augustin, pour répondre aux besoins de l’Hôtel-Dieu et venir en aide aux malades et aux pauvres. Dès ses origines, leur vocation est profondément hospitalière, centrée sur le soin, l’accueil et le service des plus fragiles, dans l’esprit de charité associé à saint Thomas de Villeneuve. La congrégation s’est d’abord développée en Bretagne, avec des implantations dans plusieurs villes bretonnes, avant de s’étendre plus largement en France et au-delà.
Les Soeurs de Saint-Gildas (Beignon – 1807)
Les Sœurs de l’Instruction chrétienne dites de Saint-Gildas sont une congrégation religieuse féminine dont l’histoire commence en Bretagne, dans le Morbihan, à Beignon, paroisse rurale marquée après la Révolution française par une grande pauvreté matérielle et spirituelle. Le 5 mai 1807, le prêtre Gabriel Deshayes et Michelle Guillaume, jeune femme du pays souhaitant entrer dans la vie religieuse, fondent une œuvre d’éducation et de catéchèse destinée aux filles des campagnes : cette initiative, née d’un engagement concret auprès des plus modestes, devient le point de départ de la congrégation. L’œuvre grandissant rapidement, Gabriel Deshayes cherche un lieu plus vaste et acquiert en 1828 l’abbaye bénédictine de Saint-Gildas-des-Bois (Loire-Atlantique), abandonnée depuis la Révolution, où les sœurs s’installent en août dans des bâtiments très dégradés et connaissent des débuts difficiles, marqués par une extrême pauvreté et un manque de moyens, au point que l’avenir de la communauté paraît menacé vers 1830, avant d’être soutenu par la nomination d’un supérieur pour Saint-Gildas par l’évêque de Nantes.
Les Filles de Jésus de Kermaria (Bignan – 1834)
Les Filles de Jésus de Kermaria, à ne pas confondre avec la communauté ci-dessus, forment une congrégation religieuse féminine catholique de droit pontifical fondée le 25 novembre 1834 à Bignan (Morbihan) par Perrine Samson, aidée de quatre compagnes et encouragée par le père Yves-Marie Coëffic, curé de la paroisse, suivant l’élan missionnaire de l’abbé Pierre Noury (le compositeur du Pe trouz war an douar). Leur mission initiale est centrée sur l’enseignement des enfants pauvres et le soin des malades, ce qui est confirmé par l’approbation de leurs constitutions par l’évêque de Vannes en 1850 et par la reconnaissance pontificale en 1853 puis en 1955. En 1860, la maison-mère est transférée à Plumelin, dans un lieu rebaptisé Kermaria, où la congrégation prend un essor durable. Au 20ᵉ siècle, les sœurs doivent s’exiler en raison des lois antireligieuses françaises, ce qui favorise l’expansion de la congrégation en Belgique, en Angleterre et surtout au Canada, puis plus tard en Afrique, Amérique latine et Antilles. Aujourd’hui, elles continuent leurs activités éducatives, sanitaires et paroissiales à l’international, avec leur maison généralice à Paris et la maison-mère à Kermaria-Plumelin.
Les Sœurs de l’Immaculée de Saint-Méen-le-Grand (1827)
Issues d’un petit bourg d’Ille-et-Vilaine, ces religieuses ont marqué les campagnes bretonnes par leur dévouement à l’enseignement et à la vie paroissiale. Si elles sont moins connues que d’autres congrégations, leur action a pourtant laissé une empreinte durable dans l’éducation rurale.
Les Dominicaines du Saint-Esprit (1943, Pontcallec)
Fondées en pleine Seconde Guerre mondiale par l’abbé Victor-Alain Berto, théologien réputé et conseiller au Concile Vatican II, les Dominicaines du Saint-Esprit se sont implantées à Pontcallec, dans le Morbihan. Leur fondation s’inscrit dans la tradition dominicaine, mais avec un accent particulier sur la fidélité à la doctrine catholique, l’étude, la contemplation et la liturgie.
L’abbé Berto, profondément enraciné dans la spiritualité bretonne et marqué par une vision claire de l’Église, a voulu créer une communauté de femmes vivant à la fois une vie contemplative et apostolique, en mettant l’intelligence au service de la foi. Aujourd’hui encore, les sœurs perpétuent cette tradition d’équilibre entre prière, étude et rayonnement éducatif. Elles sont aussi connues pour leur rigueur doctrinale et leur attachement à la liturgie traditionnelle.
Les soeurs de Broons
Les Filles de Sainte-Marie de la Présentation, souvent appelées Sœurs de Broons, sont une congrégation religieuse catholique féminine de droit pontifical fondée à Broons (Côtes-d’Armor) au début du XIXᵉ siècle. Elle naît de l’initiative de l’abbé Joachim Fleury, curé de Broons, et de Louise et Laurence Lemarchand, qui se consacrent à l’enseignement des enfants, au soin des malades et à l’assistance des plus pauvres dans une région encore marquée par les effets de la Révolution française ; leur communauté prend forme dès 1828 et se développe rapidement localement avant d’être reconnue juridiquement dans les années suivantes.
Au cours de l’histoire, la congrégation s’est étendue à l’international : contrainte à l’exil par les lois anticongréganistes françaises au début du XXᵉ siècle, elle ouvre des maisons en Belgique, aux États-Unis, au Canada, puis, à partir de 1956, des missions en Cameroun.
Depuis 1959, elle est reconnue comme institut religieux de droit pontifical, avec sa maison-mère toujours à Broons, et continue de vivre sa vocation d’éducation, de service et d’accompagnement au sein de la société.
L’œuvre de Françoise d’Amboise (1427–1485)
Issue de la haute noblesse, Françoise d’Amboise, veuve du duc Pierre II, renonce aux privilèges de la cour pour se consacrer aux pauvres et à la prière. Après plusieurs années de vie active à Vannes, où elle fonde des hôpitaux et mène une vie de grande austérité, elle entre au Carmel et devient prieure du couvent de Vannes, qu’elle contribue à établir avec le soutien du bienheureux Jean Soreth, réformateur de l’ordre du Carmel. Elle est considérée comme la fondatrice du Carmel féminin en France, et sa mémoire est étroitement liée à Vannes, où le Calvaire des Carmes rend hommage à sa sainteté. Béatifiée en 1863, elle reste une figure majeure de la spiritualité bretonne, alliant noblesse d’âme, courage féminin et foi profonde.
Les Augustines de Malestroit – Hospitalières du Saint-Esprit (XVIIe siècle, Morbihan)
La communauté des Augustines hospitalières de Malestroit, parfois simplement appelées les Augustines de Malestroit, a été fondée au XVIIe siècle dans un souci de soin des malades, selon la règle de saint Augustin. Très vite, elles se sont spécialisées dans l’accueil des malades pauvres, puis dans le soin des malades chroniques et incurables. Leur maison-mère, située à Malestroit (Morbihan), est encore aujourd’hui un lieu d’accueil médical réputé. Elles ont su conjuguer spiritualité augustinienne et engagement dans la médecine, en fondant notamment la Clinique Sainte-Anne d’Auray, aujourd’hui toujours active.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, et notamment Mère Yvonne-Aimée, elles se sont illustrées par leur engagement auprès des résistants et des blessés. Leur devise : « Servir et soigner dans l’esprit du Christ ». Elles appartiennent à la grande famille des hospitalières, mais avec un enracinement régional fort qui les rattache pleinement à l’histoire spirituelle de la Bretagne.
Un héritage vivant
Nous n’avons évoqué que les congrégations qui sont nées en Bretagne, sans nous attarder sur les abbayes de Timadeuc, Landévennec, Campénéac.
Toutes ces congrégations, même parfois en perte de vitesse, laissent un héritage durable : écoles, maisons de retraite, centres spirituels… Et surtout, un témoignage d’engagement humble au service des autres. Beaucoup d’entre elles s’ouvrent désormais à des laïcs qui prolongent leur charisme sous de nouvelles formes. La Bretagne reste une terre de spiritualité vivante. Les congrégations religieuses, qu’elles soient actives ou non, en sont l’un des reflets les plus profonds et durables.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne

Bel article merci
Mais où sont les sœurs de Broons ?
Nous les avons rajoutées. Merci de votre vigilance.
La Congrégation des Sœurs hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve (Lamballe, 1661 par le Père Ange Le Proust)
On vient de les rajouter. Merci !!!
Bonjour pourquoi vous ne citez pas les « filles de
Jésus Bignan Kemaria (Plumelin)
Elles y sont
Et les soeurs de St Gildas ????
Comme signalé, la liste est non-exhaustive et augmente avec les apports de chacun, comme cela a été demandé en en-tête de l’article de Stella. Cet article a vocation a faire connaître nos congrégations bretonnes, passées ou encore existantes, pas à nous faire lyncher parce qu’on aurait oublié telle ou telle congrégation. Un peu de bienveillance et un petit s’il vous plait légèrement aimable serait de bon aloi. Merci !!!
Je propose également les Sœurs de Rillé à Fougères :
https://www.soeurs-christredempteur.catholique.fr/Rille-hier-et-aujourd-hui.html