Saints bretons à découvrir

LES ROGATIONS… un rite à sortir de l’oubli

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Par Uisant ar Rouz

Le 13 mai à 19h30 aura lieu à la Maison N.D de Fatima en Bieuzy-Lanvaux la procession des Rogations. Il y aura aussi une messe des Rogations à 8h30 ce mardi 12 mai à la chapelle de la Trinité en Quéven. Vous pouvez en télécharger le livret trilingue (breton vannetais) ici : Rogations Quéven.pdf

Ce rite, jadis très populaire, est peu à peu tombé dans l’oubli. Rappelons donc brièvement en quoi il consiste.

 

Histoire

Les Rogations (du latin rogare, demander) furent instituées par saint Mamert, évêque de Vienne (Dauphiné) en 470 lors d’une époque de calamités et de bouleversements. En plus des invasions et de la déliquescence de l’empire romain, sévissaient des famines, des tremblements de terre et des bouleversements climatiques. Saint Mamert confia à Dieu par l’intercession des saints la bénédiction des fruits de la terre et la protection contre les catastrophes. La date en fut fixée aux trois jours avant la fête de l’Ascension.

Les Rogations furent ensuite adoptées par tous les diocèses de Gaule lors du concile d’Orléans en 511.

En 816, le pape Léon III les étendit à l’Église universelle sous l’influence de Charlemagne qu’il avait couronné empereur.

On les appela alors Litanies mineures, pour les différencier d’une processsion similaire propre à Rome qui avait été instaurée probablement par le pape saint Léon Ier au milieu du Ve siècle. Cette procession dite des Litanies majeures avait remplacé un ancien culte agraire païen et était fixée au 25 avril. Elle fut pendant longtemps préconisée aussi dans l’Église universelle mais n’eut jamais le succès populaire des Rogations.

Pendant des siècles, le sacramental des Rogations fut fort suivi, surtout dans les campagnes, mais aussi dans les villes, car ce rite n’est pas l’apanage des paysans. En effet, tous les fidèles sont invités à faire monter vers Dieu cette confiante supplication par l’intercession de tous les Saints.

Cependant, sous l’effet conjugué de l’exode rural et de la sécularisation croissante, la procession connut une désaffection croissante à partir de la moitié du siècle passé pour peu à peu sombrer dans l’oubli au tournant des années 60 et 70.

Les raisons de cette désaffection sont nombreuses. On peut invoquer des critères sociologiques, comme l’effondrement de la civilisation paysanne et rurale, le matérialisme croissant des agriculteurs, même catholiques, qui sous l’effet de la modernisation agricole firent plus confiance à la technique qu’à l’aide divine.À cela peuvent s’ajouter des raisons pastorales, cette antique procession étant peu à peu vue d’un œil condescendant voire hostile par une large part du clergé, surtout les plus jeunes, qui y voyaient la marque d’une superstition dépassée. Signe de ce désintérêt, le nouveau missel de 1969 ne comporte plus de messe propre des Rogations et se borne à laisser le soin aux conférences épiscopales de régler leur ordonnance, ce qui en France n’a jamais été fait.

Le déroulement

La date des Rogations est donc en général fixée aux trois jours avant l’Ascension. Cependant, selon les endroits, l’évêque du lieu peut concéder une autre période de l’année, plus en adéquation avec le climat ou les productions agricoles locales.

Dans les paroisses, chacun des trois jours était consacré à une partie du territoire, afin de semer partout les prières de l’Église..

Le rite se divise en deux temps :la procession et la messe.

La procession commence en général à l’église paroissiale ou dans une chapelle par le chant de l’antienne Exurge Domine (Lève-toi, Seigneur). Puis la procession s’égrène à travers les chemins de campagne avec la croix, le clergé, les enfants de chœur et les chantres suivis de la foule des fidèles au chant des litanies des saints.Quand la procession passe devant une chapelle, un oratoire ou un calvaire, elle s’interrompt pour entonner un chant en l’honneur du titulaire du lieu ; puis elle repart en reprenant les litanies là où elles avaient été interrompues. D’autres arrêts sont prévus pour la bénédiction des champs ou des troupeaux. Les litanies peuvent être aussi interrompues pour chanter des cantiques de circonstance, comme le magnifique Lakeit de greskein o men Doué, (Faites croître, ô mon Dieu la récolte dans les champs.)chanté jadis dans toute la partie bretonnante du diocèse de Vannes.

Le chant des litanies s’achève par les invocations auxquelles on répond : “Te rogámus, audi nos” (d’où le nom de Rogations) ; le célébrant entonne alors une longue suite de versets dialogués avec les fidéles, puis l’on se rend à l’église paroissiale ou dans une chapelle de la paroisse pour la messe qui achève ce temps de fervente prière.

 

L’actualité et l’avenir des Rogations

De nos jours, les paroisses où elles sont célébrées sont devenues une rareté et souvent, elles ne sont célébrées que dans les communautés religieuses ou monastiques. L’appel du pape Jean-Paul II pour leur restauration est resté lettre morte.

Pourtant, dans une époque marquée par de graves événements comme la notre, ce vénérable rite antique garde toute son actualité : guerres, famines, sécheresses, épidémies, injustices sociales, oppression des peuples, persécutions religieuses, relativisme ambiant, désespoir, culture de mort, destruction de la création, menaces nucléaires, dérives eugénistes…

Toutes ces calamités nous montrent qu’aujourd’hui comme à l’époque de saint Mamert, l’humanité, même rachetée par le sacrifice du Christ sur la croix, reste marquée par le péché et ne peut trouver son salut et sa consolation qu’en Dieu et non seulement dans la technique ou dans un hypothétique progrès.

Les leçons de l’histoire et de l’actualité nous prouvent qu’un monde qui ne compte que sur ses propres forces techniques sans suivre Dieu ni la loi naturelle est voué à la destruction.

 

Que les Rogations renaissent dans nos campagnes et même autour de nos villes pour faire monter vers Dieu, par l’intercession de ses Saints, la supplication des hommes et du monde, afin d’attirer les bénédictions divines sur nos personnes, nos familles, nos biens, et spécialement sur les fruits de la terre. Chaque année, elles sèment tout un enseignement empreint d’une liturgie cosmique chère à Benoît XVI : elles rapellent que Dieu est le maître de la Création, qu’il nous l’offre pour nos besoins, que nous devons la chérir et la faire fructifier sagement ; Il est le maître de la pluie et du beau temps, de l’abondance et de la disette, de la santé ou de la maladie.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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