Saints bretons à découvrir

DU MAUVAIS USAGE DU DRAPEAU BRETON

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

drapeau bretonNotre drapeau breton, le célèbre « Gwenn-ha-Du » a déjà derrière lui un long et très honorable historique. Longtemps il fut considéré comme le drapeau des séparatistes «Breiz Atao», ce qui dans l’imaginaire et la bouche de certains n’était pas, loin s’en faut, un compliment. Désormais, il est le drapeau breton reconnu par tous, bien que le véritable drapeau historique soit le « Kroaz-Du » (la Croix Noire, étendard  donné par le Pape Urbain II au Duc Alain Fergent  en 1095 pour partir en Croisade.

On ne peut donc que se féliciter qu’il soit arboré partout et en toutes occasions, ou presque : fêtes, festivals, défilés, matchs sportifs, transats, frontons et salles municipales de mairies ou autres bâtiments publics  aux côtés du drapeau français et européen, carrosseries de voitures, etc.

On se félicitera beaucoup moins que notre drapeau soit devenu un gadget commercial pour faire du n’importe quoi, le «désacralisant» complètement, quand ce n’est pas certaines options qui le profanent carrément. Sans être «coincés», nous ne sommes pas obligés d’aimer certains choix commerciaux…ou idéologiques.

Par exemple, étant récemment allé chez mon opticien pour une réparation de lunettes, je me suis aimablement vu offrir un boîtier avec à l’intérieur le petit morceau de tissu adéquat pour les nettoyer. Le problème était que ce tissu était tout simplement  le drapeau breton avec, en son centre, l’adresse de la maison. Ainsi, j’étais, d’une certaine manière,  invité  à essuyer mes lunettes avec le drapeau breton. Rien de bien méchant, penserez-vous ! Pas de quoi en faire une histoire ! Certes… mais l’usage déplacé de notre drapeau va bien plus loin. Passons sur les manifestations, les défilés où il est brandi à tout va, alors qu’il n’y aurait pas forcément sa place. Parfois, nous pouvons le voir se compromettre  dans des causes politico-idéologiques plus que douteuses.  Regardons plutôt les différents usages qu’il en est fait dans la quincaillerie touristique, car le choix est vaste.

M’étant promené dans une de ces boutiques spécialisées dans le commerce de gadgets, souvent fabriqués en Chine et autres pays asiatiques, j’ai donc pu trouver : tous les genres de vaisselles à parements ou fonds arborant le Gwenn-ha-Du, des sous-plats, des lampes, des tabourets, des porte-manteaux, des serviettes de table et des sets, des torchons de cuisine et des gants pour prendre les plats chauds. Question « salle de bains », nous avions des tapis antidérapants, des sorties de bains, des gants et des serviettes.   Rayons lingerie : des slips, des bermudas, des maillots, des tabliers, des mouchoirs, des chaussons, des cravates, casquettes, des maillots de bains. Il y avait aussi les inévitables parapluies, stores, chaises longues, et les paillassons d’entrées, car s’essuyer les pieds sur le drapeau du pays, où est le problème ?  Passons aussi sur tous les emballages commerciaux, papiers, boîtes, bouteilles utilisant le Gwenn-ha-Du, là les possibilités sont innombrables. A quand les papiers toilettes, les mouchoirs et autres objets plus « intimes… »

Nul doute, que je n’ai aperçu là qu’une petite partie des idées à la consommation.  Notre société, justement dite de consommation  ne recule  devant rien, n’a pas d’état d’âme. Ne parlons même pas du sens du sacré, mais de la simple décence, du bon goût, car le moins que l’on puisse dire est qu’il est totalement absent.  Notre époque est ainsi : elle désacralise et elle banalise tout. Si encore les amateurs des Gwenn-ha-Du, par le truchement de ces gadgets, trouvaient l’envie de se lancer dans une authentique culture bretonne, on se ferait une raison, mais c’est en général loin d’être le cas : on consomme simplement du Gwenn-ha-Du parce que c’est à la mode…

L’avantage du Kroaz-Du, lui au moins, parce que méconnu et arborant la Croix, d’où son nom – et c’est ce qui le protège- ne correspond pas aux critères d’une société de consommation ; le kroaz-Du est  trop marqué…chrétien et identitaire. Au moins ne le verrons-nous pas  travesti en objet douteux quant à son usage, ou être arboré en n’importe quelle circonstance.

Certains penseront que relever ces  inévitables dérapages de la société de consommation n’a aucun intérêt, car mieux vaut se réjouir des  succès de notre drapeau ; c’est possible. Mais, nous sommes aussi en droit de déplorer qu’un drapeau soit galvaudé. Nous sommes en droit de ne pas être partie prenante de ce grand bazar.

Le sens du respect et du sacré ayant disparu, il eut été étonnant qu’un drapeau se trouva  à l’abri des récupérations les plus mercantiles…

À propos du rédacteur Yvon Abgrall

Publiant régulièrement des articles dans la presse bretonne, il propose pour Ar Gedour des articles documentés sur le thème "Feiz & Breizh" (foi et Bretagne), d'un intérêt culturel mais aussi ancrés dans les préoccupations actuelles.

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5 Commentaires

  1. toute cette stupide pacotille est vraiment énervante. A quang le papier hygiénique gwenn ha du ?

  2. Bien sûr les propos d’Yvon sont importants mais l’usage par exemple du drapeau britannique ou américain dans le commerce est aussi lamentable…Par contre, quand on compare la visibilité du Gwenn ha Du en Pays Nantais, notre Ulster breton, et dans le reste de la Bretagne, là on voit l’effacement de notre drapeau dans la vie publiique…

  3. Demat ! Le fait qu’un drapeau breton soit placé ici ou là, n’en incombe qu’à son porteur, son propriétaire. L’image de la Bretagne ne doit donc en aucun cas être mis en cause, ceci dans des cas extrêmes. Ceci étant vous n’êtes sûrement pas sans ignorer que toutes publicités, bonne ou mauvaise, est profitable à la Bretagne. Car tout un chacun apprécierait, ou non, l’usage de cet emblème dans des cas précis ( les lingeries et autres que vous évoquez dans cet article). Mais il y aurait toujours un rappel à la Bretagne.
    Quand à la fameuse croaz-du, symbole hautement chevaleresque rappelant le souvenir des croisés à Jérusalem, vous n’êtes pas sans ignorer que certains pays arborent fièrement cet emblème (croix) comme drapeau national. Et ceci en souvenir des dites croisades (Suède, Norvège…) La laïcité dont certains se parent fièrement doit-elle nous faire oublier nos héros ancêtres qui se sont battus pour un idéal, la libération des Lieux Saints et la sauvegarde des pèlerins. Enfin, une dernière question : qui sont les fondateurs de la Bretagne sinon les sept saints fondateurs. Ces saints fondateurs, non reconnu par Rome, et pour cause, ont également été, non pas uniquement des officiants, tels nos bons recteurs présents et d’antan, mais également des administrateurs et des bâtisseurs hors-pairs. Certains prenant même le titre de comte, comme le comte-évêque de Tréguier dans le Bro-Dreguer. Alors, si je puis humblement exprimer le fond de ma pensée : n’ayons pas peur de la croix, ni encore moins du gwen ha du, ils sont, que l’on veuille ou non inscrits dans notre mémoire collective, transmis génétiquement par nos ancêtres, et transmis par toutes ces nombreuses chapelles bretonnes, qui ne sont pas uniquement des tas de pierres bien appareillées, mais aussi les témoins centenaires de l’histoire d’un prodige ou d’un événement grandiose.

  4. La perception du Gwen-ha-du est liée à l’absence de conscience nationaliste des Bretons. Nos compatriotes refusant d’être complètement Bretons, pour des raisons séculaires d’éducation culturelle nationale, craignant cet abîme qu’on leur présente s’ils faisaient le pas en avant à l’instar des Ecossais, des Gallois, ou même des Anglais dans leur actuelle démarche vis-à-vis de l’Europe, ménagent la chèvre et le choux. Fier d’être Bretons, de maintenir hautement la revendication du folklore, mais refusant d’affronter le dilemme que poserait une revendication politique. D’où le succès indéniable des cercles de danse ou de musique s’affrontant avec fougue pour être les premiers de concours divers, mais aussi l’absence de progrès de la langue, véritable vecteur d’une culture affirmée.
    De là aussi le succès des celticailleries de tous genres, comme le drapeau mis à toutes les sauces,avec , par exemple, des bigoudennes comiques stylisées qui évitent, par une distorsion humoristique , la question d’une identité nationale tout en affectant une sensibilité mesurée.

    • Vous n’avez pas tort René Le Honzec. On oserait même comparer le Gwen ha du à un maillot de joueur de foot (en plus c’est d’actualité). Mais je pense, sans trop me tromper, que les Bretons sont fidèles, et trop fidèles certainement, à des gens qui les méprisent, une sorte de « pour le meilleur et pour le pire ». Ils ont également, comme bon nombre de peuples que j’ai côtoyé, un gros complexe d’infériorité (ceci n’est pas une généralité). Il suffirait cependant de consulter les longues listes de personnalités politiques, littéraires, et autres, toutes ces personnalités étant bien évidemment hexagonalement estampillées, pour se rendre compte de cette valeur. Sortir du cocon, familial ou autre, n’a rien d’aisé. Plutôt se complaire dans un système de plus en plus obsolète, tout en vantant ses différences. J’aurais plutôt tendance à dire aux Bretons : réappropriez-vous votre histoire, vos églises, vos chapelles, vos monuments antiques, admirez les exploits de vos anciens. Regardez ce qui se cache derrière ce Gwen ha du, ou cette Croaz-Du, Vous seriez étonnés !

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