Au tournant des années 2000, la musique bretonne connaît un nouveau souffle avec l’apparition de formations qui osent mêler la tradition à des influences électro, rock ou hip-hop. Dans cette mouvance, Hiks, né en 2006 à Cléguérec, s’impose comme l’un des groupes les plus créatifs. Leur credo : faire danser le fest-noz en y injectant la puissance du drum’n bass, du rock et de l’électro. Résultat : une musique qu’ils baptisent « drum’n Breizh », explosive et irrésistible.
Des débuts explosifs
Tout commence en 2005, quand Gaël et Yann, parrainés par Hervé Le Lu (ancien de Carré Manchot), jouent en duo bombarde-percussions. Inspirés par des formations comme Plantec ou le David Pasquet Group, ils décident d’élargir la formule et d’augmenter la puissance du son en intégrant d’autres musiciens et des rythmiques électro percutantes. L’objectif est clair : réinventer la musique de fest-noz en gardant l’essentiel — la danse — mais en lui donnant un souffle neuf.
En janvier 2008 sort leur premier album, Drum’n Breizh, réalisé par Hervé Le Lu et composé par Gaël Lefévère et Goual Belz. L’album attire l’attention par ses invités prestigieux : le rappeur Onan sur une suite de Loudéac, Thierry Bruneau à la vielle à roue et les mythiques frères Morvan sur un plinn. Hiks se produit alors sur les grandes scènes : Vieilles Charrues, Yaouank… La machine est lancée.
De Fig.2 à Boson : la confirmation
Le deuxième album, Fig.2, sort en 2010. Avec ses graphismes inspirés de la fin du XIXᵉ siècle, il témoigne d’une esthétique plus sombre et expérimentale. La voix de Lors Landat et l’harmonica de Gurvan Le Ray enrichissent des ambiances mystérieuses, où s’entremêlent improvisations et textures sonores.
En 2011, la reconnaissance franchit un cap : après une rencontre en studio en 2008, le groupe Tri Yann invite Hiks à assurer leurs premières parties lors de leur tournée, dont un passage remarqué le 6 mai 2011 au Zénith de Paris. Dans la foulée, Hiks est programmé aux grands festivals : Cornouaille et Interceltique de Lorient, où ils assurent même la première partie du groupe Texas.
En 2013 paraît Boson, leur troisième album. C’est une œuvre ambitieuse, qui accueille des invités de renom : Sophie Cavez (ex-Urban Trad) à l’accordéon et à la basse, ou encore Gabriel Yacoub (ex-Malicorne) qui chante Par un beau soir (rebaptisé Chromodynamique cantique) et compose un bal gavotte pour l’occasion. Cet album confirme la capacité de Hiks à se placer à la croisée des genres : fest-noz, électro, folk, chanson.
Hommage à Malicorne
Le 9 décembre 2014, Hiks surprend encore avec Operation Malicorne, un album constitué de dix reprises en hommage au groupe culte des années 1970. Un projet ambitieux, qui réunit une pléiade de musiciens (Benoît Guillemot, Yann Le Gall, Manu Colineaux, Pierre Droual, André Brunet, Nicolas Quemener, Stéphane de Vito…) ainsi que Gabriel Yacoub et Marie Sauvet eux-mêmes, membres fondateurs de Malicorne.
Ce disque témoigne de la volonté de Hiks de s’inscrire dans une filiation : celle d’une musique traditionnelle qui, à chaque génération, s’ouvre et se réinvente.
Bezañ en e vutun : questionner le temps
En 2019, Hiks sort chez Coop Breizh Bezañ en e vutun (« être dans son bouton »), un album de dix titres qui témoigne d’une nouvelle étape dans leur parcours. Ici, le groupe joue avec le temps et la mémoire : d’anciens enregistrements audio (la voix d’Anjela Duval évoquant la danse, des extraits de journalistes parisiens décrivant la Bretagne rurale des années 1960) se mêlent aux compositions. L’album pose une question essentielle : qu’est-ce que la tradition ? Plutôt que de répéter le passé, Hiks revendique la liberté de créer et de renouveler la musique de fest-noz.
Discographie repère de Hiks
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2008 – Drum’n Breizh : premier album-manifeste, fusionnant électro, fest-noz et invités prestigieux (Onan, Thierry Bruneau, frères Morvan).
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2010 – Fig.2 : atmosphères sombres et mystérieuses, collaborations avec Lors Landat et Gurvan Le Ray.
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2013 – Boson : disque ambitieux, marqué par la présence de Sophie Cavez et Gabriel Yacoub.
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2014 – Operation Malicorne : hommage vibrant au groupe culte des années 1970, avec la participation de Yacoub et Sauvet.
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2019 – Bezañ en e vutun : un album concept qui interroge le rapport au temps, à la mémoire et à la création.
Une empreinte durable
Avec leur concept de « drum’n Breizh », Hiks a marqué les années 2000-2010. Leur musique, à la croisée du fest-noz et des musiques actuelles, a prouvé que la tradition bretonne pouvait dialoguer avec le hip-hop, l’électro ou le rock sans rien perdre de sa force dansante.
Dans cette série « Mémoire des groupes bretons », Hiks représente l’esprit d’innovation : la volonté de repousser les frontières, de chercher des sons nouveaux, tout en restant fidèles à l’essentiel — faire vibrer les danseurs, unir tradition et modernité.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne
