Après avoir consacré plusieurs éditions aux grandes figures de la sainteté bretonne, la mission d’été « Relikaer Vreizh » (« Reliques de Bretagne ») mettra cette année à l’honneur le Bienheureux Julien Maunoir (1606-1683). Du 1er au 15 août 2026, la chapelle Saint-Gildas, au pied de la Vallée des Saints, accueillera le public pour deux semaines de découverte, de prière et de rencontres autour de celui que l’Église a reconnu comme « l’Apôtre de la Bretagne ».
L’année 2026 prolonge d’ailleurs le souvenir du 75ᵉ anniversaire de sa béatification, célébré le 28 janvier dernier par une messe commémorative. L’occasion est toute trouvée pour redécouvrir celui qui demeure l’un des plus grands missionnaires de l’histoire bretonne.
Le « Bon Père » des Bretons
Né en 1606 à Saint-Georges-de-Reintembault, aux confins de la Bretagne et de la Normandie, Julien Maunoir entre dans la Compagnie de Jésus avant d’être envoyé en mission en Basse-Bretagne. Celui que les Bretons surnommeront affectueusement « An Tad Mat », « le Bon Père », consacrera quarante-trois années de sa vie à annoncer l’Évangile dans les campagnes bretonnes.
Avant d’accepter cette mission, il demanda à la Vierge Marie une grâce particulière : pouvoir parler le breton afin de rejoindre les habitants dans leur langue. La tradition rapporte que cette grâce lui fut accordée de manière extraordinaire. Cette maîtrise de la langue ne fut pas seulement un outil d’évangélisation : Julien Maunoir rédigea la première grammaire bretonne, composa un dictionnaire, contribua à fixer son orthographe et écrivit de nombreux cantiques destinés à transmettre les vérités de la foi.
Dans son Journal, il rapporte lui-même l’enthousiasme suscité par ces chants. À Ouessant, en 1641, il note avec étonnement :
« Nous nous mettons à chanter en vers bretons des cantiques qui renfermaient notre enseignement. Sur terre et sur mer, tout le monde fut charmé de cette nouveauté… »
Un infatigable missionnaire
Entre 1640 et 1683, Julien Maunoir parcourt sans relâche les chemins de Bretagne. Avec son équipe de missionnaires, il prêche 439 missions, soit près de dix par an.
Chaque mission dure environ un mois. Trois prédications quotidiennes, l’enseignement du catéchisme, des milliers de confessions, des représentations religieuses et une grande procession finale rythment ces temps forts de la vie paroissiale.
À la suite du Père Michel Le Nobletz, il recourt également aux célèbres Taolennoù, ces grandes cartes illustrées servant de support à la catéchèse. Dans le contexte de la Contre-Réforme catholique, elles permettent d’expliquer la doctrine chrétienne à une population dont une grande partie ne sait pas lire.
Les chroniques de l’époque évoquent des foules nombreuses, des conversions profondes et des phénomènes extraordinaires. Les récits rapportent notamment des guérisons, des délivrances et d’autres événements considérés alors comme des signes de l’action divine.
Une évangélisation enracinée dans l’âme bretonne
L’originalité de Julien Maunoir tient aussi à son profond attachement à la culture bretonne. Loin de vouloir l’effacer, il s’appuie sur la langue, les traditions populaires et la mémoire des Tadoù ar Vro, ces saints fondateurs venus de Bretagne insulaire entre les Ve et VIIe siècles qui ont façonné l’identité chrétienne de l’Armorique.
À Saint-Guen, où il relève la chapelle Saint-Elouan, près de 20 000 personnes se rassemblent autour de sa prédication. Plusieurs grandes mystiques bretonnes soutiennent également son apostolat, parmi lesquelles Marie-Amice Picard, Catherine Daniélou et Armelle Nicolas.
Sa dernière mission le conduit à Plévin, en Centre-Bretagne. C’est là qu’il s’éteint le 28 janvier 1683, fidèle à cette parole devenue célèbre :
« Le chêne repose là où il est tombé. »
Son tombeau est toujours conservé dans l’église de la commune.
Une mission pour faire redécouvrir son héritage
Durant deux semaines, les visiteurs de la chapelle Saint-Gildas pourront découvrir la vie, les écrits et l’œuvre du Bienheureux Julien Maunoir à travers une exposition, des animations autour de l’art sacré et des temps d’échange.
Des offices seront célébrés quotidiennement, invitant chacun à approfondir sa foi à l’école de ce grand missionnaire breton, dont l’influence demeure perceptible dans la spiritualité, les cantiques et le patrimoine religieux de la Bretagne.
La chapelle sera ouverte tous les jours de 9 h à 18 h :
- du 1er au 8 août 2026 ;
- puis du 9 au 15 août 2026.
Cette mission est portée conjointement par Ar Gedour, Kan Iliz, les projets Gouloù Vreizh – Skol ar Pardonioù et la paroisse de Callac (Communauté pastorale du Pays de Guingamp), avec le soutien du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier. Elle bénéficie du label Id Spered Breizh (Sacrée Bretagne).
Au pied de la Vallée des Saints, cette nouvelle édition de « Relikaer Vreizh » entend ainsi faire revivre la mémoire d’un homme qui parcourut toute la Bretagne pour annoncer l’Évangile dans la langue de son peuple, en s’appuyant sur sa culture et son héritage spirituel. Plus de trois siècles après sa mort, le message de celui que les Bretons appelaient « An Tad Mat » continue d’inspirer et de témoigner de la profondeur de la foi qui a façonné l’âme bretonne.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne
