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Mgr Centène dans Famille Chrétienne : « À Ploërmel, le laïcisme sape la laïcité ! »

La statue de Jean-Paul II surmontée de la fameuse croix ©Google Street
Amzer-lenn / Temps de lecture : 6 min

Après le communiqué officiel du Diocèse de Vannes, Famille Chrétienne revient sur l’affaire de la croix de Ploermel, en proposant un entretien avec Monseigneur Centène, évêque de Vannes. Cela concernant un point important en Bretagne, nous nous permettons de citer l’article in extenso pour que nos lecteurs puissent le retrouver facilement par la suite, mais le lien direct est accessible ici

L’évêque de Vannes, Mgr Raymond Centène, revient sur l’affaire de la croix de Ploërmel pour tirer au clair un imbroglio juridique qui cache mal une opposition anticléricale d’un autre âge. Il déplore un laïcisme qui sape la laïcité issue du christianisme. 

 

La décision du Conseil d’Etat est-elle cohérente par rapport à la loi 1905 ?

La décision du Conseil d’Etat applique strictement la loi de 1905 qui interdit d’ériger des signes religieux dans les lieux publics. On est d’accord ou pas avec cette loi mais c’est la loi. Comme disaient les Romains : « dura lex sed lex » (la loi est dure mais c’est la loi). Les signes religieux érigés avant 1905 sont conservés, c’est pourquoi en Bretagne il y a des calvaires en tous lieux – y compris à Ploërmel.

Du point de vue juridique, le Conseil d’Etat est inattaquable ?

Dans cette affaire, le Conseil d’Etat semble avoir oublié le code de la propriété littéraire et artistique. Le grand public ignore souvent ce fait. Ce code indique clairement qu’on ne peut porter atteinte à l’intégrité d’une œuvre d’art sans l’accord explicite de l’artiste. En le faisant, la mairie s’exposerait à des poursuites judiciaires de la part de l’artiste. La loi de 1905, présentée comme un grand principe de la République, n’est pas supérieure dans la hiérarchie des normes juridiques au principe de propriété artistique… car ce droit est confirmé par tous les traités internationaux, notamment le traité de Berne. Le fait que le sculpteur soit étranger et que le monument dans son intégralité ait été conçu et réalisé en Russie renforce sa position. Ce dernier peut faire tierce opposition à l’arrêt du Conseil d’Etat qui contrevient au droit inaliénable et imprescriptible de l’artiste à voir son œuvre respectée.

Outre l’analyse juridique publié par notre collaborateur Yves Daniel (avocat au barreau de Lorient), nous invitons notre lecteur à lire deux autres analyses, celle de Pierrick Gardien (avocat au barreau de Lyon) et celle de Charles Prats (magistrat à la cour d’appel de Paris).

 

Que peut faire l’évêché en l’état ?

Je ne peux légalement entrer dans cette affaire. Certains reprochent à l’évêché de ne rien faire… Mais, techniquement, l’évêché n’est pas « partie » à cette instance. Cela veut dire que l’évêque n’a aucun moyen d’agir juridiquement. Ce qui pose problème, ce n’est pas tant la croix qui surplombe la statue que le lieu où elle est érigée. Si on cherche une issue, il faut déplacer la statue sur un autre terrain ou bien changer la nature juridique du terrain public où elle se trouve. En clair : vendre ce terrain à une personne privée.

NOTE D’AR GEDOUR : selon un courrier de Paul Anselin, ancien maire de Ploërmel, il semblerait que la municipalité actuelle serait aujourd’hui prête à céder le terrain à un privé, enlevant de fait la statue du domaine public.

 

Il faudrait que les opposants comprennent que s’ils n’étaient pas dans un pays chrétien ils ne seraient pas laïques.

 

En attendant les solutions à venir, on a l’impression que cette campagne contre la statue de Jean-Paul II n’est pas exempte de mauvaise foi…

Sur Ploërmel, une commune d’une dizaine de milliers d’habitants, l’opposition se résume à deux personnes… Ces opposants sont les mêmes depuis le départ. On s’appuie ici sur des arguties juridiques pour lutter contre l’Eglise. On dirait que ceux qui s’en prennent à la statue reprochent à Jean-Paul II d’avoir existé et à l’Eglise catholique tout court d’exister !

 

Pourquoi cette tension autour d’une statue de Jean-Paul II ?

Cette affaire cristallise beaucoup de choses car il y a en France une grande inquiétude autour de l’identité et de l’appartenance religieuse. Beaucoup de Français se sentent menacés dans leur identité c’est pourquoi cette affaire est devenue un symbole qui agite les réseaux sociaux. Le plus douloureux, c’est que la Croix a vocation à rassembler les hommes, comme le dit l’Ecriture, et non à les diviser. Jésus a donné sa vie pour rassembler les enfants de Dieu dispersés… Autant qu’un signe d’identité culturelle, la Croix est un signe d’unité.

 

En quoi le christianisme peut-il faire bon ménage avec la laïcité à la française ?

Le christianisme en France et en Europe est intimement lié à l’histoire de nos peuples au-delà du culte conscient et objectif. Jean-Paul II parlait des racines chrétiennes de l’Europe. Que les libres penseurs le veuillent ou pas, le christianisme fait partie de notre identité européenne. Le christianisme est plus qu’une religion, il est constitutif de notre être, de notre manière de vivre et de notre façon d’appréhender les problèmes de coexistence. Il faudrait que les opposants comprennent que s’ils n’étaient pas dans un pays chrétien ils ne seraient pas laïques. S’ils ont des idées laïques, c’est parce qu’ils sont eux aussi d’une certaine manière héritiers d’une Histoire façonnée par 2000 ans de christianisme. Ce qui rend possible une approche laïque, c’est précisément cet héritage culturel chrétien. C’est une originalité par rapport à toutes les autres religions. La laïcité repose sur la distinction entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux, à savoir un principe posé par l’Evangile. Si le Christ n’avait pas déclaré qu’il fallait rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César, les opposants à la statue de Jean-Paul II ne seraient pas là…

 

Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Pourquoi les premiers chrétiens ont-ils été martyrisés dans un monde polythéiste ? Parce qu’ils refusaient la divinisation de l’empereur ou de sacrifier de l’encens aux dieux de l’empire. Ils refusaient la collusion absolue entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique. Des cohortes de martyrs chrétiens ont donné leur vie en affirmant ce principe de distinction. Le danger que ne voient pas ceux qui sont obnubilés par la lutte contre l’Eglise, c’est la montée de religions comme l’islam qui confond les pouvoirs religieux et politiques comme le faisaient les Romains. La charia est une loi donnée par Dieu pour être appliquée sur le terrain civil et pénal. Les laïcistes ne se rendent pas compte qu’ils sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. Tout ce qui est fait pour affaiblir le christianisme contribue en fait à saper la laïcité. Cela revient à en arracher la racine.

À propos du rédacteur Erwan Kermorvant

Erwan Kermorvant est père de famille. D'une plume acérée, il publie occasionnellement des articles sur Ar Gedour sur divers thèmes. Il assure aussi la veille rédactionnelle du blog et assure la mission de Community Manager du site.

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5 Commentaires

  1. Le très consensuel (et encore, cela dépend pour quel sujet…) abbé Le Saux, pur produit de ‘l’Eglise de France, a du se retrouver complètement débordé par le tollé qu’a suscité sa réaction couarde et insipide.
    Le diocèse,de Vannes, jusqu’ici ne se sentait guère concerné par cette affaire et les réactions de Mgr Centène en bon juriste de formation qu’il est, se bornaient à des considérations assez évasives et abstraites.
    Or, suite à la mobilisation des fidèles et des hommes de bonne volonté, le diocèse a rectifié le tir en 48 heures : par un communiqué et par un entretien à Famille Chrétienne :
    C’est une occasion de plus qui prouve qu’Internet et les réseaux sociaux -quoiqu’on en pense par ailleurs-sont un excellent outil pour mettre fin à la langue de bois d’un certain clergé et d’une certaine nomenklatura de laics au pouvoir qui ne veulent pas de vagues ni de remise en cause et qui ont perdu toute authentique relation avec les fidèles qui restent.
    « Avèl hon tadeù, ni vo tud a fé… »

  2. Il faut aller en juger sur place ….
    il semble, à lire les différentes décisions de justice, qu’il y ait la statue proprement dite, laquelle est intouchable en raison de la forclusion encourue et l’arche surmontée d’une croix « monumentale » qui ne ferait pas partie de l’œuvre d’art et ne serait qu’un artifice d’installation, figurant une porte dans laquelle s’encadre la saint pape. Le matériau, la pierre utilisée pour la statue n’est pas celle de l’arche et de la croix.
    Le christ a utilisé le symbole de la porte pour se qualifier lui-même dans la parabole du bon pasteur (Jean 10, 9)
    Serait alors contraire à la loi de séparation, non pas la porte, mais « seulement » la croix disproportionnée qui la couronne et le maire a pu utilement être interrogé sur sa compatibilité.
    Les boulangers qui utilisent le croissant comme enseigne sur la voie publique et les pharmaciens, la croix, même verte, n’ont qu’a bien se tenir ….

  3. La cession du terrain à un particulier semble être la meilleure parade, mais il faudrait alors céder également la statue, propriété communale…

  4. En vertu du traité entre Anne de Bretagne et Louis XII, seul valable juridiquement selon les écrits de Louis Melennec, cette loi de 1905, si elle est légale en droit Français, est illégale en droit internationale.

  5. La Bretagne a été la première Nation a avoir été créée Chrétienne, au V ème siècle, avant même le baptême de Clovis. Avant cela, c’était l’Armorique.
    Si bien que c’est bien la religion catholique associée à la langue et la culture Bretonne qui ont fait la Bretagne.
    (Doue ha Breiz).
    Aujourd’hui, c’est dans l’ère du temps de vouloir tout dissocier, au nom de la religion laiciste. Mais les faits sont là: l’abandon du Breton a fait décliner la Foi. L’abandon de la Foi a fait décliner le Breton. Aujourd’hui, à moins d’un sursaut véritable qui serait un véritable miracle, la langue Bretonne tout comme le catholicisme seront morts dans peu d’années. Si un pays n’a plus de langue, ce pays n’existe plus . Si un pays n’a plus sa culture, son identité, alors il n’existe plus. Si un pays n’a plus son âme, alors il n’existe plus.

    Et la France poursuit doucement le même chemin que la Bretagne…….

    Doue a mem Bro

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