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Mgr Centène répond sur les mesures liées au coronavirus (+ communiqué du 10 mars 2020)

Amzer-lenn / Temps de lecture : 10 min
Pardon Notre Dame des Fleurs - Plouay
Mgr Centène, évêque de Vannes (Photo Ar Gedour – droits réservés)

Mgr Centène répond sur le site du diocèse de Vannes à quelques questions à propos des mesures liées au coronavirus. Des questions régulières que l’on peut retrouver dans les discussions numériques ou IRL. Nous avons sélectionné une partie des questions / réponses mais nous vous invitons à retrouver la totalité de l’interview via ce lien. Vous trouverez à la suite de cet entretien le dernier communiqué en date, publié ce jour, le foyer épidémique (cluster) s’étant étendu.

Prier pour avoir la santé sans prendre aucune précaution pour empêcher la maladie de s’étendre, ce n’est pas de la foi, c’est du fidéisme. Pire même, c’est tenter Dieu.

  • Suite à la décision administrative préfectorale interdisant les rassemblements collectifs dans le département, n’y a-t-il pas un excès de zèle d’avoir suspendu toutes les messes publiques la semaine dernière et de continuer à les interdire dans les zones de clusters ?

Il n’y a que sur les réseaux sociaux que nous trouvons des gens qui sont experts en toute chose et qui donnent un avis infaillible sur tout. Le bon sens et le réalisme nous font un devoir d’entendre ceux qui sont effectivement compétents et qui sont chargés de prendre des décisions, surtout en mesure de santé publique. En l’espèce, l’Eglise n’est pas l’autorité sanitaire et il est de son devoir de se soumettre à ces injonctions et même à ces conseils. Toute autre attitude relèverait d’une irresponsabilité coupable dont nous aurions à répondre, non seulement devant l’autorité civile, mais en conscience devant Dieu.

  • L’obéissance aux autorités civiles ne cache-t-elle pas une mollesse, une tiédeur ? Jusqu’où l’Église a-t-elle à se soumettre à la loi civile ?

Pour un chrétien l’obéissance aux autorités civiles n’est pas une option facultative, elle est un devoir. C’est ce que nous dit saint Paul dans le chapitre 13 de la Lettre aux Romains : « Que chacun soit soumis aux autorités supérieures, car il n’y a d’autorité qu’en dépendance de Dieu, et celles qui existent sont établies sous la dépendance de Dieu ; si bien qu’en se dressant contre l’autorité, on est contre l’ordre des choses établi par Dieu, et en prenant cette position, on attire sur soi le jugement. En effet, ceux qui dirigent ne sont pas à craindre quand on agit bien, mais quand on agit mal. Si tu ne veux pas avoir à craindre l’autorité, fais ce qui est bien, et tu recevras d’elle des éloges. Car elle est au service de Dieu pour t’inciter au bien ; mais si tu fais le mal, alors, vis dans la crainte. En effet, ce n’est pas pour rien que l’autorité détient le glaive. Car elle est au service de Dieu : en faisant justice, elle montre la colère de Dieu envers celui qui fait le mal. C’est donc une nécessité d’être soumis, non seulement pour éviter la colère, mais encore pour obéir à la conscience. C’est pour cette raison aussi que vous payez des impôts : ceux qui les perçoivent sont des ministres de Dieu quand ils s’appliquent à cette tâche.  Rendez à chacun ce qui lui est dû : à celui-ci l’impôt, à un autre la taxe, à celui-ci le respect, à un autre l’honneur.[1] »

Il le redit dans la lettre à Tite: « Rappelle à tous qu’ils doivent être soumis aux gouvernants et aux autorités, qu’ils doivent leur obéir et être prêts à faire tout ce qui est bien[2]. » L’appartenance à l’Eglise ne dispense pas d’obéir aux lois de la cité.

  • Les prêtres pourraient-ils arguer de la clause de conscience pour célébrer la messe publiquement, malgré tout, dans les zones d’infestation du virus ? Et les fidèles pour y assister ?

Si l’assistance à la messe était une nécessité indispensable au salut, une clause de conscience pourrait jouer, mais ce n’est pas le cas. Nul n’est tenu de participer à la messe en semaine. Quant à l’obligation de participer à la messe du dimanche, elle est un commandement de l’Eglise et donc l’Eglise peut en donner dispense. Sanctifier le jour du Seigneur est le troisième commandement de Dieu. Traduire ce précepte par l’assistance à la messe dominicale est le deuxième commandement de l’Eglise. Le chrétien qui est dans l’impossibilité de s’y conformer trouvera une autre modalité pour sanctifier le jour du Seigneur. Mais en tout état de cause, l’Eglise qui donne ce deuxième commandement est à même d’en dispenser les fidèles pour des raisons graves. Même en l’absence de décision de l’évêque, les prêtres pourraient en dispenser les fidèles qui leur sont confiés si les nécessités l’imposaient.

  • Quelle légitimité y a-t-il à traduire sur le plan liturgique des mesures sanitaires préconisées par le préfet (communion dans la main, bénitiers vidés, pas de geste de paix) ?

Il est bien évident que le préfet n’est pas l’ordonnateur de la liturgie, mais la légitimité de traduire en termes liturgiques les dispositions sanitaires vient de la nature même des choses. Des mesures générales qui ne seraient pas traduites par des attitudes et des pratiques concrètes n’auraient aucune efficacité. Or le but des mesures sanitaires est d’être efficace. En interdisant les rassemblements, les autorités sanitaires cherchent à éviter les contacts qui sont vecteurs de la transmission du virus.

Pour ce qui est de la communion, j’entends souvent l’objection que les mains ne sont pas plus propres que la langue ou qu’en donnant la communion dans la bouche le prêtre n’a pas plus de contacts avec les communiants qu’en la donnant sur la main. C’est oublier que le coronavirus est responsable d’une maladie respiratoire et qu’il est présent dans les gouttelettes qui constituent l’haleine, dans les respirations, et que le souffle même est un vecteur de transmission. S’abstenir de communier dans la bouche est une précaution, une délicatesse vis-à-vis des personnes qui communieront après nous et que nous pourrions contaminer si nous sommes atteints d’une maladie respiratoire, il ne s’agit pas d’interdire la communion dans la bouche, qui est le mode normal et traditionnel de recevoir la communion, mais de prendre les précautions nécessaires pour garantir le précepte de la charité qui est le résumé et la source de tous les commandements. C’est la raison pour laquelle j’ai recommandé de faire une communion spirituelle. Personne ne peut revendiquer les sacrements comme un dû, ils sont toujours un don de Dieu que personne ne peut revendiquer au mépris de la charité.

Il est d’autant plus légitime de traduire sur le plan liturgique les mesures sanitaires que les personnes qui participent à nos liturgies constituent souvent un public fragile sur lequel le coronavirus peut avoir des conséquences très graves. « Nous les forts, nous devons porter la fragilité des faibles et non faire ce qui nous plait[9]. »

  • Pourquoi, plutôt que d’inviter les gens à prier individuellement, ne pas proposer des prières collectives, des processions pour intercéder avec plus de ferveur pour les malades ?

Je sais bien que l’on fait souvent appel à un passé idéalisé pour juger ce qui se fait concrètement aujourd’hui. Autrefois, en période d’épidémie, on se rassemblait pour prier. Nous ne dédaignons pas les prières publiques et, dimanche dernier, nous sommes allés en pèlerinage à Pontivy prier Notre-Dame-de-Joie qui est intervenue dans le passé pour protéger nos ancêtres contre une épidémie. Mais les hommes du XIVe ou du XVIIe siècle n’avaient pas les notions de prophylaxie que nous avons aujourd’hui. Leur science et leur industrie étaient très limitées. Et après avoir utilisé les médicaments sommaires qu’ils avaient pu concevoir, ils n’avaient pas d’autre recours que la prière. Dieu leur venant en aide palliait les insuffisances inhérentes à leur temps et à leur degré de connaissance. Aujourd’hui aussi, Dieu le fera ! Mais en attendant, nous devons, selon le principe de saint Ignace, agir comme si tout dépendait de nous et prier en sachant que tout dépend de Dieu.

Prier pour avoir la santé sans prendre aucune précaution pour empêcher la maladie de s’étendre, ce n’est pas de la foi, c’est du fidéisme. Pire même, c’est tenter Dieu. Le premier dimanche de carême, nous avons lu dans l’Evangile le récit des tentations de Jésus. Sommé par le diable de se jeter du haut du temple au motif que Dieu enverrait son ange « pour que son pied ne heurte les pierres », Jésus a répondu : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ».

Retrouvez la totalité de l’entretien en cliquant ici.

Dispositions au 10 mars 2020 suite au dernier arrêté préfectoral – Communiqué –

Suite aux arrêtés préfectoraux du 9 mars 2020 (cf. annexe), modifiant l’interdiction « des rassemblements de quelque nature que ce soit sur tout le territoire du Morbihan jusqu’au 14 mars », après avoir consulté les autorités préfectorales et la gendarmerie nationale, l’évêque de Vannes a pris les dispositions suivantes. Il faut distinguer deux zones : les paroisses qui sont à l’intérieur du cluster et celles qui leur sont limitrophes (A) et le reste du diocèse (B).

A. Pour les paroisses situées en zone de cluster, c’est-à-dire BRECH, CRAC’H, AURAY, CARNAC, LA-TRINITE-SUR-MER, LANDEVANT, SAINTE-ANNE-D’AURAY, ST PHILIBERT, ST-PIERRE-QUIBERON et PLUVIGNER et pour les paroisses limitrophes du cluster, c’est-à-dire PLOUHARNEL, LOCMARIAQUER, PLUNERET, ERDEVEN, PLOEMEL, LOCOAL-MENDON, PLUMERGAT, LANDAUL, NOSTANG, LANGUIDIC, BAUD, CAMORS, LA-CHAPELLE-NEUVE, BRANDIVY et QUIBERON :

1- En matière liturgique :

a) Les messes et les célébrations publiques sont suspendues. Les prêtres célèbreront privément pour l’ensemble des fidèles et tout particulièrement pour les malades.
b) Les offices et les messes des communautés religieuses ne seront pas ouverts au public.
c) Le sacrement de réconciliation sera donné individuellement en-dehors de toute célébration communautaire.
d) Les obsèques ne seront célébrées qu’en présence de la famille du défunt et du cercle des plus proches. Des messes de requiem seront célébrées ultérieurement.
e) Les mariages et les baptêmes ne seront célébrés qu’en présence des familles.

2 – En matière pastorale :

a) Les séances de catéchèse et d’aumônerie sont annulées.
b) Toutes les réunions qui ne présentent pas un caractère d’extrême urgence seront reportées.
c) L’activité ordinaire des paroisses se poursuit en évitant les contacts et les
rassemblements de plusieurs personnes en un même lieu.

B. Pour le reste du diocèse

Activité pastorale et liturgique normale. Les mesures préconisées pour le geste de paix et la communion restent en vigueur (voir communiqué du 29 février).

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour. Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD".

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Un commentaire

  1. Au sujet de l’interdiction de la communion sur la langue, certains évêques l’ont pourtant maintenue à condition qu’elle fut faite comme le précise le catéchisme de Saint Pie X à genoux, tête légèrement courbée, langue sortant un peu de la bouche. On peut aussi dispenser le prêtre de dire « corpus christi » pour éviter les postillons. L’intérêt de la communion ainsi à genoux favoriserait une plus grande dévotion et du point de vue de l’épidémie ferait que le prêtre aurait la tête bien au-dessus du communiant ce qui limiterait le risque de recevoir des postillons. J’ajoute que dans le cas de la communion sur la main, les postillons sont nombreux puisque le prêtre dit au communiant « le corps du Christ » et que le communiant répond « Amen ». Personnellement je ne communierai plus sacramentellement comme le suggère Mgr Centène et pour faire mes pâques je me rendrai s’il le faut absolument à la FSSPX ou FSSP. Car j’ai bien peur que l’interdiction de communier sur la langue, chose qui réjouit nombre de prêtres et laïcs donnant la communion (certains ne savent pas donner la communion correctement sur la langue) de mes connaissances, j’ai bien peur que cette interdictions soit faite pour durer indéfiniment puisque ce virus est une grosse grippe. Comme toutes les grippes elle va muter chaque année. Bref on n’est pas sortis de l’auberge.
    Enfin Mgr Centène ne dit pas si cette interdiction vient de la CEF seulement ou si elle est dictée par les autorités sanitaires.

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