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Noël 2018 : à propos de la Messe de Minuit en breton à Tréflévénez

Article publié sur Ar Gedour avec l’aimable autorisation de l’auteur et du CRHiL. L’article est paru en premier sur le site internet du Centre de recherche historique du Léon.

Le Centre de Recherche Historique du Léon continue son travail de collectage et de valorisation de la tradition orale et plus globalement des arts et traditions populaire de Bretagne en diffusant sur Internet le fruit de son travail. La messe de Noël en breton fait parti de ces temps forts de la culture bretonne. (enregistrement en bas de l’article)

Ce lundi 24 décembre 2018 la veillée de Noël et la messe de la Nativité ont été célébrées en breton dans l’église paroissiale de Tréflévenez, comme tout les ans depuis trente-quatre ans. En effet, c’est dans la paroisse de Tréflévénez qu’est crée en 1984 « Mihini Levenez, Kreizenn speredel Eskopti Kemper ha Leon e brezhoneg », le Centre spirituel bretonnant du diocèse de Quimper et Léon par l’abbé Job an Irien à la demande de son évêque, Sa Grandeur Monseigneur Francis Barbu, pour « favoriser l’expression de la foi et de la prière en langue bretonne » et « proposer à tous ceux qui le désirent les éléments d’une vie chrétienne en breton : prière, catéchèse, bible, liturgie… ». Cette année il a été recensé à minima 26 messes incluant la langue bretonne : messes monolingues breton, messes bilingues breton/français, messe trilingues dites « FLB » en français-latin-breton, ou messes monolingues français incluant des cantiques en breton.

Sacrosanctum Concilium, la constitution apostolique du pape Paul VI du 4 décembre 1963 est l’une des quatre constitutions conciliaires promulguées par le concile Vatican II. Cette dernière officialise l’usage des langues vernaculaires, c’est-à-dire parlées par les fidèles, lors des offices. L’article 36 précise « Dans la Messe, soit dans l’administration des sacrements, soit dans les autres parties de la liturgie, l’emploi de la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple : on pourra donc lui accorder une plus large place, surtout dans les lectures et les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants».

En mai 1966 l’émission « Bretagne actualités » de l’ORTF interroge le recteur Loeiz ar Floc’h (1909-1986), plus connu sous le nom de Maodez Glanndour (Louis Le Floc’h à l’état-civil français). Maodez Glanndour exerce son sacerdoce dans la paroisse de Louannec dans le Trégor. Au sujet des pratiques rituelles et des traditions et expressions orales en breton il répond ainsi au journaliste :

«Depuis des années oui, en ce sens-ci que tout au moins nous disions certaines parties de la messe en breton, en particulier l’Evangile. Et nos cantiques également étaient des cantiques populaires en breton, utilisant souvent les mélodies grégoriennes. Et cela depuis les recueils les plus anciens que nous connaissons de cantiques. On voit que les Recteurs avaient adapté des paroles bretonnes sur les hymnes liturgiques, latins, grégoriens. Si bien que pour nous, ce n’est pas tout de même, une innovation complète. Et en plus, la lecture de l’Evangile en langue bretonne a amené nécessairement et facilement, une homélie sur le texte ou bien sur une partie du texte tout au moins. Exactement ce que nous faisons à l’heure actuelle.»

Au sujet des cantiques il précise : « En Bretagne tout de même, on peut dire que ce qui a été inventé, est un peu de qualité supérieure à ce qui a été mis pour des paroles françaises et des cantiques français. Parce que nous avons une tradition musicale à nous. » Il est vrai que la liturgie en langue bretonne comprend de nombreux cantiques, créés très souvent de manière anonymes.

Quant à la pratique générale de la langue bretonne dans son sacerdoce il précise : « En dehors de la messe, j’ai l’occasion de l’utiliser pour à peu près tous les actes du ministère. Depuis le baptême jusqu’aux enterrements. Les baptêmes se font suivant que le désirent les gens en breton ou en français. Mais souvent, il m’arrive de faire les baptêmes en breton. » « Les mariages aussi, la même chose. Non seulement les mariages mais les enterrements. A peu près… 19 sur 20, là. Les extrêmes onctions à peu près la même chose. A peu près 19 extrêmes onctions sur 20, à peu près toutes. Egalement, les veillées des morts parce que à chaque enterrement, la veille, c’est l’habitude ici de faire une veillée dans la maison mortuaire. » Les propos de Maodez Glanndour confirment que la langue bretonne est un des vecteurs du patrimoine culturel immatériel de Bretagne, intégrant de fait le patrimoine spirituel, en cela la devise « Breton et Foi sont frère et sœur en Bretagne » se vérifie.

En novembre 2009 Job an Irien présentait dans un café de Brest une conférence au sujet du christianisme en pays celtiques, répondant aux questions de Michel Tréguer il précise de quelle manière la chrétienté bretonne est différente des autres:

Ces croyances, ces rites, cette liturgie et ces cantiques provenants de l’âme populaire bretonne font aujourd’hui partie intégrante du patrimoine culturel immatériel de Bretagne. C’est une des sources de la diversité culturelle. L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) définie la notion de patrimoine culturel immatériel dans sa Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel adoptée le 17 octobre 2003: « pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés – que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine. Aux fins de la présente Convention, seul sera pris en considération le patrimoine culturel immatériel conforme aux instruments internationaux existants relatifs aux droits de l’homme, ainsi qu’à l’exigence du respect mutuel entre communautés, groupes et individus, et d’un développement durable. »

A noter qu’en 2012 l’UNESCO a inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité le « fest-noz, rassemblement festif basé sur la pratique collective des danses traditionnelles de Bretagne». Il est maintenant question de rajouter d’autres éléments bretons à cette liste: le gouren (lutte bretonne), la gwerz (un type de chant proche des ballades et complaintes), et le pardon (procession religieuse).

Cette forme originale d’expression culturelle populaire de la foi est encore vivante, néanmoins elle est menacée aujourd’hui. En effet, il y a de moins en moins de prêtres bretonnants/brittophones, la Bretagne fait face à une pénurie de prêtres pouvant célébrer partiellement ou intégralement en breton selon le missel romain. Alors que de nombreux prêtres non-brittophones sont de plus en plus sollicités pour célébrer des messes et des sacrements en breton ou bilingue breton-français.

Enregistrement de la messe de Noël à Tréflénez le mardi 24 décembre 2018 par le Centre de Recherche Historique du Léon :


Téléchargez le feuillet de messe de noël à Tréflevenez en cliquant ici.

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Un commentaire

  1. dominique de lafforest

    merci de nous donner la grâce de voir et d’écouter l’abbé Maodez Glandour parler si simplement et joyeusement et chanter Kintik ar Baradoz !!!

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