Saints bretons à découvrir

Pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle & Fatima au départ de Lorient du 17 au 24 mars 2018 – Chroniques d’un viator

Amzer-lenn / Temps de lecture : 38 min

Le titre de ces chroniques est pour le moins maladroit : le viator n’en est plus tout à fait un, il voyage désormais en avion au départ des pistes de la base aéronavale de Lann-Bihouée. La compagnie Ryanair s’est substituée à l’association « les chemins du trobreiz », et à l’arrivée à Porto, l’a-viateur qu’il a été durant à peine trois petites heures emprunte avec sa voiture japonaise de location, une Nissan Micra Diesel dernier modèle, s’il vous plait, les autopistes portugaises librement – mais pas gratuitement – ouvertes grâce au pass électronique « via verde ».

Pèlerins du XXI° siècle, nous utilisons désormais les moyens de déplacement à notre disposition pour atteindre les objectifs qui sont toujours ceux de nos prédécesseurs qui, eux, ne se déplaçaient à pieds qu’à défaut d’autres moyens de locomotion, mais aussi souvent, il faut bien le reconnaitre, par pure mortification. La conscience spirituelle de l’automobiliste circulant au péril de sa vie équivaut largement celle du marcheur, sans doute moins exposé, en tout cas, elle est plus courte. Pour ce qui concerne l’a-viateur, installé dans son siège d’Airbus fabriqué à Issoudun, il somnole en ruminant le rosaire.

Saint Jacques de Compostelle est à 230 kms au nord de l’aéroport de Porto qui se trouve lui-même au nord de la ville. Il faut compter environ 2 h et demi d’excellentes autoroutes quasiment vides d’usagers qui serpentent au milieu des forêts d’eucalyptus, traversant par de longs viaducs le Rio Cavada à Braga où nous aurions pu nous arrêter, comme à Guimarães qui vaut un détour que nous n’avons pas effectué, puis le Rio Lima et le Rio Mino qui forme la frontière entre le Portugal et l’Espagne, atteinte à Valence, traversée sans nous arrêter. L’option « via verde », sorte d’abonnement électronique fonctionnant avec les portiques dont nous n’avons pas voulu chez nous, nous a permis de passer sans encombre les péages portugais, mais pas les espagnols, c’eût été trop beau.

Nous avons soigneusement évité Vigo, ce qu’une erreur d’embranchement d’autoroute au retour ne nous aura pas permis de faire, pour arriver rapidement à Saint Jacques de Compostelle par Pontevedra où nous avons quitté l’autoroute pour la nationale qui est aussi le « camino portuguese » dans la verdoyante et ondoyante Galice avec ses séchoirs à maïs si typiques, les horreos qui parsèment presque chaque jardinets ornés de d’agrumes chargés de beaux fruits jaunes citrons et oranges mandarines.

Evidemment nous sommes happés par le but à atteindre, la destination : Saint Jacques de Compostelle. Même si les connaisseurs prétendent qu’en amour le plus excitant c’est de monter l’escalier, le chemin emprunté n’a finalement d’intérêt qu’en vertu du but fixé : nous sommes tendus vers le « télos », comme disaient les grecs. Seul le trobreiz, sorte de tour de propriété, circumnavigation pour pèlerins gyrovagues, comme l’écrit si bien Bernard Rio, le spécialiste, ne vaut que par lui-même à défaut de destination précise si ce n’est celle de revenir à son point de départ.

Et puis, autant vous le dire, plus votre marche aura été longue et pénible, plus vous risquez d’être déçus à l’arrivée : le tapis rouge ne vous sera jamais déroulé et l’accueil rarement à la hauteur des efforts développés et des espérances nourries au fil de la route…. C’est comme ça !

 

Saint Jacques de Compostelle

Partis au milieu de la matinée de Brangolo-Izél en Inzinzac, nous étions en fin d’après-midi à Saint jacques de Compostelle à la recherche d’un hébergement. Autant vous dire que, s’il faut à peu près le même temps pour rejoindre en train la gare Montparnasse de Lorient, le billet d’avion pour Porto vous coutera moitié moins cher : comptez environ 50 €/personne pour un AR.

Nous avons fini par trouver, un peu par hasard, dans le quartier La Salle, l’établissement des frères « quatre bras » des écoles chrétiennes, fondés par le rémois Jean Baptiste de la Salle (1651-1719), qui héberge non seulement une école mais aussi un hôtel et une « albergue turisto » où nous avons élu domicile, entre les quartiers Saint Roch et Sainte Claire, à l’est de la ville, à deux pas de la cathédrale.

A peine installés nous voici donc nous dirigeant, à pieds, bien sûr, vers la cathédrale dont nous apercevons les différentes tours clochers qui indiquent la direction à suivre dans l’entrelacs des vieilles rues dont toutes ne sont pas bordées d’arcades permettant de s’abriter de la petite pluie fine très bretonne qui s’est mise à tomber, donnant au granit le brillant qu’il a chez nous. Seuls les toits plats en tuile romaine nous rappellent que nous ne sommes pas à Dinard, mais bien en Galice, terre celte, certes, mais qui ignore le glazik de l’ardoise…

Nous pénétrons dans la cathédrale, où un office s’achève, par le transept de l’Azabacheria (l’art du jais) qui ouvre sur la place de l’Immaculée. Aussitôt nous sommes entourés de cette nuée de pèlerins qui, aux cours des siècles, ont convergés de toute l’Europe, sur le « camino francés » dont c’est là le terminal, vers ce sanctuaire sacré, honorer Saint Jacques la Majeur, l’auteur de la lettre que l’on trouve dans le Nouveau Testament à la suite des épitres pauliniennes, avant même celles de Pierre, Jean et Jude, dites « épitres catholiques », le premier évêque de Jérusalem,  celui qui y a présidé le premier concile arbitrant la querelle entre Pierre et Paul au sujet de la circoncision des païens non juifs préalablement à leur baptême. (Actes 15, 5-21)

Nous faisons le tour du chœur dont les dorures sont en réfection, ainsi que le fameux porche de gloire à l’entrée que, pour cette raison, nous ne pourrons ni franchir ni même admirer. Les gigantesques angelots tout roses qui dominent le déambulatoire semblent chacun bander leur arc, à moins qu’il ne s’agisse de l’extrémité d’un boute dont l’utilisation m’échappe. Nous ne manquons pas, bien sûr, de descendre à la crypte nous recueillir sur le tombeau du saint apôtre, puis de monter derrière le maitre autel honorer, comme il se doit, le dos de son effigie en argent qui domine le maître autel.

Une demi-douzaine de chapelles toutes plus belles les unes que les autres proclamant, avec la gloire de Dieu, la richesse des différents donateurs qui y ont généralement leur sépulture, ouvrent sur le déambulatoire, avec chacune sa sacristie, aussi imposante et décorée que l’oratoire qu’elles desservent, ce qui donne une idée de l’importance du cérémonial liturgique qui doit y présider.

Nous ressortons par l’autre bras du transept, celui de las Platerias (des orfèvres) sur la place de la Quintaine et nos pas nous conduisent dans la vieille ville, rue del  Villar, à l’ancien et néanmoins majestueux Café du Casino où nous avons diné de chipirones, petites morgates minuscules, aillés et frits, accompagnés d’un bon verre d’Estrella, l’excellent bière locale.

Le lendemain, la messe dominicale était à 10 heures et le soleil au rendez-vous après dissipation des brumes et brouillards matinaux qui tentaient, malgré le vent d’ouest qui en eut finalement raison, de s’accrocher aux clochers de la cathédrale. C’est la coupole centrale, le ciborium, tout blanc d’un récent ravalement qui se dégage en premier, puis on aperçoit les deux tours de façade, celle des cloches, d’une part et, de l’autre, celle de la crécelle que l’on entend pendant la semaine sainte lorsque les cloches, comme chacun sait, se sont envolées pour Rome. Enfin se dissipent doucement les derniers filaments de la buée matinale accrochés à la haute tour de l’horloge arborant sur chacune de ses quatre faces, ses cadrans ajourés à aiguille unique.

La cathédrale vue de notre chambre – la tour de l’horloge et la place de la Quintaine

Le dernier dimanche de Carême à la basilique Saint Jacques de Compostelle a commencé par l’office de none chanté par une demi-douzaine de chanoines chenus en cape noire brodée de l’épée rouge de l’ancien ordre religieux et militaire de Santiago, aujourd’hui, décoration honorifique portugaise dont le grand maître est le Président de la République.

Comme il se doit en période de carême, l’orgue ne venait qu’en soutien de la voix grave du chantre psalmodiant le psaume 50 de David repentant : « miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam et secundum multitudinem miserationum tuarum dele iniquitatem meam » : pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché.

Le gigantesque encensoir, botafumeiro, pend au bout de sa corde, immobile devant le chœur en réfection, accroché à une araignée de métal engoncée dans les écoinçons de la coupole au milieu du transept : les tiraboleiros qui le manœuvrent les jours de fête, vaquent.

Les autres lectures ainsi que l’évangile et l’homélie qui s’en est suivie, le tout en espagnol que je ne comprends pas, m’ont laissé le temps de la méditation en compagnie de tous ceux et celles qui m’ont précédé dans cette nef : Son Excellence, le docteur Jean-Christophe Ruffin, de l’Académie Française (immortelle randonnée : Compostelle malgré moi), Alix de Saint André, fille d’un Grand Dieu du Cadre Noir (En avant, route !), Luc Adrian, rédacteur à « Famille Chrétienne » (Foi dite en passant), mon « collègue », Patrick Huchet et son compère Yvon Boëlle (sur les chemins de Compostelle) et ma camarade de fac de théologie, Catherine Bertrand (1600 avant Santiago, le grand Chemin de Compostelle) et tous ceux qui n’ont pas écrit leurs aventures pèlerines : les cousines et cousins Marie Flore et Gaëlle, Malo et Marie-Antoinette, Christophe et Marie- Haude, sans oublier mon copain Branderion, Alexis et Denise et le grand Joseph, et tous les amis du tro-breiz qui se sont, un beau jour, reposé sur ces bancs de la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle, rêvant et priant comme je le fais maintenant  en me demandant pourquoi la statue du Christ aux pieds du pilier gauche du chœur et celle de la vierge Marie à droite… Sans compter tous ceux et celles qui sont en train d’accomplir leur pèlerinage, mon  frère, Jean-Paul, le premier, en route depuis un moment maintenant, par petites étapes annuelles, et qui tardent à en voir le bout…

Après l’office, un examen plus attentif m’apprendra qu’il ne s’agit pas des images de Jésus et de sa mère, mais de celles de Zébédée d’une part, le père des apôtres Jacques le Majeur, précisément, et de Jean l’Evangéliste, « boanergès, les fils du tonnerre » (Mc 3, 17) et de Marie Salomé, leur mère, de l’autre : ce sont les « aumôniers » en raison des troncs à leurs pieds destinés à recevoir les dons des pèlerins. On y retrouve la patte du fameux maître Matéo, réputé sculpteur du XII° siècle, auteur, notamment, du porche de gloire, en réfection.

Nous ne quittons pas la cathédrale sans visiter le cloître, somptueux, et le trésor où figurent en bonne place l’ombrellinum et le tintinabulum, insignes basilicales.

Un soleil presque printanier illumine la grand place del Obradoiro (orfèvre) et nous réchauffe comme il convient au point que nous trouvons refuge, face à l’entrée de la cathédrale en totale rénovation, sous les fraiches arcades du Pazo de Raxoi (palais royal) qui abrite le siège de l’hôtel de ville et de la communauté régionale autonome de Galice ; à droite de la place (au sud), le collège Saint Jérôme, aujourd’hui le rectorat, lui fait face, de l’autre côté de la place (au nord), l’auberge des Rois Catholiques, les portes en sont magnifiquement décorées de sculptures.

Nous nous installons place de l’immaculée, face à la porte nord de la cathédrale, dite de l’Acibecharia (bijoux de jais), au soleil, bien à l’abri du vent, sur le rebord du mur du séminaire dépendant de l’évêché installé au couvent de Saint Martin Pinario pour un bref repas « tiré du sac » comprenant, notamment, cet excellent gâteau aux amandes, spécialité locale : la torta de santiago, sans farine, et orné de la fameuse croix caractéristique en forme d’épée fleurdelisée.

Le temps s’est mis à la pluie, façon giboulée de mars, l’albergo turistico de La Salle n’avait plus de place pour nous, à notre grand regret, car nous serions bien restés un jour de plus, mais comme il convient de quitter la table avec un reste d’appétit insatisfait et donc l’envie de revenir, nous revoilà partis, plein sud, revenant sur nos pas, si l’on puit dire, direction Fatima, 420 Km d’autoroutes, soit environ 4 heures pour un trajet direct.

Mais nous avons tout notre temps et il n’est pas question de faire toute la route d’une seule traite tant il y a de belles choses à voir et à apprendre du Portugal, situé à 3 heures d’avion de la basse-Bretagne et de nos voisins portugais.

 

De Saint Jacques de Compostelle à Fatima : Coimbra

Notre premier arrêt, à une centaine de kms au sud de Porto, sera pour Coimbra, l’ancienne capitale du premier des rois du Portugal, Alphonse-Henri (1109-1185), cadet de la maison des ducs de Bourgogne et, à ce titre, descendant direct  d’Hugues Capet (940-996) ; nous avons pu voir son tombeau au monastère de la Sainte Croix dont saint Antoine de Padoue (1195-1231), né à Lisbonne, était chanoine avant de prendre l’habit franciscain au couvent des Olivais, au nord de la ville.

Sur la colline de l’autre côté du Rio Mondégo, le nouveau monastère des clarisses abrite le gisant de la sainte reine Elizabeth, prénommée ainsi en mémoire de sa tante, la sainte reine de Hongrie (1207-1231), ou, comme on dit ici : Isabelle (1271-1336), veuve du roi Denis du Portugal (1261-1325). Alors qu’il lui était reproché de dilapider en prodigalités l’argent public que l’on soupçonnait dissimulé sous son manteau, elle fut contrainte de l’ouvrir et c’est un bouquet de roses – en plein mois de janvier – qui apparut ! … A la suite de ce miracle dont le souvenir se perpétue toujours à Coimbra, la reine Isabelle put continuer d’exercer, à sa guise, la charité auprès des pauvres gens de la basse ville qui s’en souviennent encore.

Tout à côté du monastère des clarisses se trouve le couvent Saint François qui conserve la souvenir des 5 martyrs franciscains du Maroc, Bérard, Pierre, Othon, Adjutus et Accurse. Ils sont morts égorgés le 16 janvier 1220 à Marrakech où ils étaient partis évangéliser les maures. Le frère du roi Alphonse II (1185-1223), le prince Pierre (1187-1258) qui les avait accompagnés depuis Coimbra avait réussi à obtenir leur grâce à condition qu’ils cessent tout prosélytisme. Ils ont néanmoins continué  à évangéliser et c’est le Sultan en personne qui, de son cimeterre, les a exécutés tous les 5. La scène est très souvent reproduite, en peinture ou sculpture en ronde bosse, de manière très réaliste, sur les panneaux des retables des églises visitées à Coimbra, comme ailleurs au Portugal. C’est à leur exemple que le jeune prêtre Fernando Martins de Bulhões prendra, en 1220, l’habit franciscain sous le nom de frère Antoine, futur saint et docteur de l’Eglise.

C’est à Coimbra également qu’est décédée, en 2005, à l’âge canonique de 98 ans, au carmel de Sainte Thérèse, à l’est de la ville, sœur Lucie dos Santos, une des voyantes de Fatima. Sa dépouille a été, l’année suivante, transférée sans problèmes à la basilique Notre Dame du Rosaire à Fatima où elle repose dorénavant auprès de ses cousins, les bienheureux François et Jacinthe Marto, tous les deux décédés encore enfants à l’âge de 10 et 11 ans en 1919 et 1920. Son procès diocésain en béatification vient d’être clôturé.

Aux temps de la Reconquista, c’est à la bataille d’Ourique, au sud de Lisbonne, le 25 juillet 1139, fête de Saint Jacques, le Matamore (tueur de Maure), qu’Alphonse-Henri, le fils d’Henri de Bourgogne, comte de Portucale (1066-1112) conquit sa couronne royale. La République portugaise proclamée en 1910 a conservé les armoiries royales dont les 5 écus d’azur rappellent ceux des 5 rois musulmans qui y ont été vaincus avec l’aide du Christ dont les 5 plaies sont figurées par les 5 besants de chacun d’eux, tandis que les 7 tours, sur la bande rouge (de gueule) en ceinture, rappellent les  7 châteaux  du royaume maure d’Algarve (l’ouest en arabe), au sud de Lisbonne, reconquis en 1249 par Alphonse III (1210-1279).

Nous avons trouvé un excellent hébergement dans le Résidencial Domus tout à côté de la gare centrale dans la basse ville, avant de goûter, au restaurant à l’enseigne du «Solar do Bacalhau », au fameux plat national portugais aux mille recettes : langue, estomac, complet… La morue, cabillaud salé et séché pour une meilleure conservation, péchés dans les eaux froides de l’Atlantique-nord est généralement qualifié d’ « ami fidèle » par les portugais. Le tout arrosé d’un excellent vin blanc, « verde », du Douro, bien entendu.

La promenade digestive nous a conduits à mi pente de la vieille ville par la porte mauresque de l’Almedina jusqu’aux pieds de l’ancienne cathédrale ; la Sé Velha (du latin sede, siège de l’évêque ou cathédrale).

Curieuse et rare illustration, dans la chapelle saint Pierre, à gauche du maître autel, de l’épisode du « quo vadis, Domine ? » Où vas-tu Seigneur ? demande Pierre croisant, via Appia, à Rome qu’il s’apprêtait à quitter, fuyant les persécutions de Néron, le Christ lui-même, portant sa croix, y entrant : « je vais me faire crucifier une 2° fois à ta place » lui répondit le Christ, selon les apocryphes du VI° siècle repris par Jacques de Voragine dans sa légende dorée. Pierre comprit la leçon et fit courageusement demi-tour affronter son destin, il demandera d’être crucifié la tête en bas.

Le lendemain, sous une petite pluie fine, nous avons demandé à un taxi de nous conduire tout en haut de la ville, au milieu de la cité universitaire, à la nouvelle cathédrale : la Sé Nova, l’ancienne église des jésuites au style bien caractéristique de la contreréforme, tout à fait semblable à celles que l’on voit dans la plupart des westerns qui se déroulent sur les rives du Rio Grande, frontière entre l’Etat du Texas et le Mexique.

La visite de l’université nous a pris la matinée, particulièrement celle de la bibliothèque joanine – et non pas joannique – due à la munificence du roi Joao V (1689-1750) dont le portrait en pieds orne le fond de la grande salle. Son décor chinois rappelle que le Portugal a étendu ses colonies jusqu’en extrême orient, à Macao, notamment, depuis 1557 jusqu’à la veille du XXI° siècle.

La disposition du maître autel de la chapelle, dédiée à l’archange saint Michel, présente une disposition originale mais assez courante, semble-t-il, au Portugal : l’effet de perspective invite volontiers à l’élévation métaphysique de la pensée et de la prière.

On se rappelle que l’homme d’Etat António de Oliveira Salazar (1889-1970) y enseignait l’économie lorsqu’il a été nommé ministre par le gouvernement militaire de 1928. Il restera aux affaires pendant 40 ans.

C’est le roi Jean III dont la statue orne la belle esplanade qui a fait de son palais en 1537 l’Université, la salle des actes en est l’ancienne salle du trône, l’examen privé se passe dans l’ancienne chambre royale.

Nous avons croisé, et échangé devant la Porte de Fer qui ouvre sur la majestueuse esplanade, avec, non pas un professeur de droit, mais le conservateur de la bibliothèque universitaire toute proche, lui-même, professeur de lettre. Il nous a exprimé le regret du manque d’empressement du gouvernement français dans la promotion de l’enseignement universitaire de notre belle langue qu’il parle à la perfection.

Sachez enfin,  qu’au Portugal la Super Bock remplace naturellement l’Estrella espagnole et qu’à Coimbra le pastel de Tentugal est la spécialité aux amandes des pastelarias.

 

Sur la route de Fatima : Tomar

Nous sommes arrivés à Tomar,  à 80 Kms au sud de Coïmbra et à une vingtaine de Kms à l’est de Fatima, en fin de journée, sous un beau soleil, mais avec un temps froid, ravivé par un vent de nordet tres désagréable, genre Mistral, en tout cas trop tard pour visiter le couvent de l’Ordre du Christ. Du coup, nous avons décidé d’y passer la nuit, reportant notre visite au lendemain.

Figurez vous qu’à Tomar, comme, notamment, à Neuvy-Saint Sépulchre dans l’Indre, à Charroux dans la Vienne et à Lanleff et Quimperlé en Bretagne, l’église est ronde, toute ronde, avec l’autel au milieu, même si une nef y a été, par la suite, accolée pour plus de commodité. Leur plan circulaire s’inspire directement de l’église du Saint Sépulcre de Jérusalem où est honoré ce qui fut le tombeau du Christ ressuscité.

Mais pourquoi donc l’Ordre du Christ à Tomar ?

On se rappelle la mésaventure des chevaliers du Temple à Paris dont les richesses avaient suscité la convoitise du roi Philippe le Bel (1268-1314) au point d’envoyer sur le bucher leur grand maître Jacques de Molay en 1314. On se rappelle aussi, qu’avant d’expirer, il avait donné assignation à comparaitre devant le tribunal de Dieu, au roi Philippe le Bel et au Pape Clément V, Bertrand de Got, premier pape d’Avignon. Et, en effet, ils mourront tous les deux avant que ne s’achève cette même année 1314 qui ouvre la période dite des « Rois maudits », titre de la suite romanesque historique racontée par Maurice Druon et publiée en 7 volumes entre 1955 et 1977.

Des biens de grande importance ont néanmoins pu échapper à l’avidité du roi de France, notamment ceux situés hors de sa suzeraineté, comme par exemple au Portugal où l’ordre de chevalerie religieuse militaire du Christ, fondé par le roi Denis (1261-1325) héritera d’une partie de la fortune templière sous le gouvernorat et l’administration du fameux Henri Le Navigateur (1394-1460), fils du roi Jean 1° (1358-1433).

Ces immenses fortunes permirent de financer notamment les expéditions de Bartolomeu Dias (1450-1500) sur la côte ouest de l’Afrique jusqu’au cap de Bonne Espérance et de Vasco de Gama (1469-1524) qui a poursuivi cette voie jusqu’à Ceylan et les côtes de Malabar et Coromandel aux Indes.

En retour, l’or ramené des nouveaux mondes découverts par les navigateurs ont permis d’embellir et de compléter les constructions du couvent qui offre aujourd’hui pas moins de 7 cloîtres !

Le style manuelin évoque le roi Manuel (1469-1521). C’est au cours de son règne que Vasco de Gama a découvert la route des Indes, en 1498 et Pedro Alvares Cabral, le Brésil, en 1500. Francisco de Almeida deviendra le premier vice-roi des Indes et l’amiral Afonso de Albuquerque contrôlera, pour le compte du roi du Portugal, les voies commerciales de l’océan Indien et du golfe Persique.

Le style manuelin se caractérise par une profusion d’éléments décoratifs que permet la pierre tendre calcaire utilisée pour les sculptures et aussi, bien entendu, par l’habileté des artisans souvent d’origine française. On fait appel naturellement à des motifs tirés de la navigation et des récentes découvertes. Plus particulièrement, la fameuse « sphère armillaire », instrument d’astronomie figurant sur des cercles les différentes planètes de notre système solaire, deviendra l’emblème du roi Manuel, le symbole de l’empire portugais et continue de figurer à ce titre sur les armoiries nationales de la République portugaise.

Le roi Manuel, fier de son prénom, allusion à la prophétie d’Isaïe (7, 14), sur l’avènement de l’Emmanuel, « Dieu avec nous », n’était pas insensible à l’allitération entre la « sphéra mundi » et la « spera mundo », la sphère et/ou l’espérance du monde.

On se rappellera que le roi Manuel, 2° du nom, (1889-1932), de la dynastie des Bragance à laquelle se rattache également la comtesse de Paris, née Isabelle d’Orléans-Bragance (1911-2003), sera le dernier roi du Portugal, détrôné en 1910 à la suite de la proclamation de la République.

Le style manuelin tient du style plateresque qui s’est développé en Espagne à la même époque. Les influences mozarabes (chrétiens islamisés) et mudéjar (musulmans christianisés) y sont tout aussi remarquables.

Le roi Manuel I° est contemporain de la duchesse Anne de Bretagne (1477-1514). Il est notoire que les deux pays dont ils étaient l’un et l’autre, alors, les souverains ont connus des développements sensiblement différents pour ne pas dire opposés : tandis que la Bretagne se tournait vers le continent et la capitale de son puissant voisin, le Portugal, au contraire, coupant les liens avec les monarchies espagnoles, tournait son ambition vers la mer et ses lointains rivages.

Peut-être est-ce dû, précisément, en faveur du Portugal, au trésor des Templiers et à son investissement par les chevaliers du Christ de Tomar dans les expéditions navales toujours risquées mais combien profitables à terme.

Il faut ajouter que ces expéditions maritimes lointaines n’auraient sans doutes pas eu lieu sans le fameux « bacalhau », qui y eut son rôle non négligeable. Le cabillaud que nous connaissons chez nous sous le nom de morue, salé et séché, permettant ainsi sa conservation au long cours est un apport protéinique sur et indispensable aux marins, quelque soient les aventures et évènements de mer.

Le monastère de Tomar est une magnifique représentation de ce qui aurait pu arriver en Bretagne, étant observé que ni guerres de religion, ni tourmentes révolutionnaires ne sont venus ici saccager les magnifiques réalisations ordonnées pour la plus grande gloire de Dieu, comme en témoigne la croix du Christ, emblème de l’Ordre, timbrée sur les voiles des caravelles.

 

Fatima

Fatima est à une vingtaine de Km à l’Ouest de Tomar de sorte que nous y arrivons au milieu de l’après-midi. Nous occupons la première place de parking libre, la plus proche du sanctuaire de Cova da Iria que l’on repère de loin grâce à l’immense croix qui s’y dresse jusqu’à 34 mètres de hauteur.

Nous descendons à pieds quelques degrés d’un escalier au milieu des arbres pour nous retrouver au bord d’une immense esplanade en pente douce vers la gauche, la basilique Notre Dame du Rosaire, toute blanche avec sa colonnade qui l’enserre façon Le Bernin au Vatican, en plus modeste, un peu comme à Lourdes, sans les montagnes et en plus éclatant, le blanc de la pierre et le bleu du ciel. A droite un habile mouvement de terrain nous masque en partie la basilique semi enterrée de la Très Sainte Trinité, entourée de part et d’autre des statues des papes Jean Paul II et Paul VI, surmontée de la grande croix en métal rouillé dit « acier corten » qui nous avait servi de repère.

L’esplanade est presque vide : elle est traversée dans toute sa longueur d’une bande blanche d’environ 1 mètre de large qui marque aux pèlerins provenant de la chapelle de la Réconciliation de la basilique de la Trinité, où ils ont reçu le sacrement de la réconciliation, le chemin qu’ils parcourent, à genoux, jusqu’à la chapelle des apparitions.

Nous nous dirigeons vers la basilique Notre Dame en passant entre la chapelle des apparitions et une haute colonne située en plein milieu de l’esplanade : le monument au Sacré Cœur de Jésus aux pieds duquel se trouvent les fontaines d’eau miraculeuse.

Tout cela est d’un silence respectueux à peine troublé par les chants d’oiseau et le bruit lointain du vent dans les branches et des voitures sur les boulevards environnants qui nous parviennent étouffés. Pas un papier, pas un mégot de cigarette ou une trace de chewing-gum…  nous sommes littéralement éblouis et, sans peine, naturellement, la prière vient au cœur et aux lèvres.

La chapelle des apparitions à notre gauche, abrite un tout petit oratoire aux côtés duquel se dresse, sur une colonne, la statue de notre Dame de Fatima qui me rappelle, naturellement, la madone des motards de Porcaro dans le Morbihan. Le tout est couvert d’un auvent, à la façon du sanctuaire de Buglosse, dans les Landes, cher à Saint Vincent de Paul dont la statue, précisément, s’élève, avec celles d’autres saints dévoués à la Vierge Marie, sur la colonnade encadrant la basilique Notre Dame.

On y accède par des marches et, devant la grande porte de la basilique, une installation pérenne permet le déroulement des offices sur l’esplanade, comme devant la basilique Saint Pierre à Rome.

L’intérieur est d’une blancheur toute immaculée comme la Vierge qu’on y vient honorer depuis ses apparitions, il y a un siècle, aux petits bergers d’Aljustrel, les 13 de chaque mois, de mai à octobre 1917.

Le lendemain matin, la 1° des 7 messes quotidiennes du sanctuaire est dite à 7 h 30 à la basilique Notre Dame, comme la dernière, à 18 heures 30, dans toutes les langues de l’univers, le philippin et le coréen, notamment, assez rarement le français, il faut bien le reconnaitre. J’étais à la première messe qui s’est dite, bien évidemment, en portugais, la langue qui est la plus fréquemment utilisée au sanctuaire de Fatima.

Vous étiez, bien naturellement tous présents dans mes pensées et prières, même vous que je ne connais pas suffisamment.

Sous un magnifique soleil, bien printanier, nous avons parcouru en tous sens l’esplanade, de haut en bas et de droite à gauche, nous emplissant les yeux et les poumons de ce bel air qu’avait, il y a un siècle, respiré la Sainte Vierge elle-même…

A Fatima, nous avons aussi découvert la douceur du « pao de Deus », onctueuse brioche parfumée à la noix de coco.

Nous sommes à moins de 130 kms de la capitale, Lisbonne, à peine 1 heure et demie de route, allons-y !

Le retour sur Porto par Lisbonne…

Le plus difficiles est de ne pas se tromper d’autoroute pour arriver dans le centre de la capitale du Portugal : après l’aéroport, il faut carrément changer d’autoroute, direction Setubal, plein sud. Attention de ne pas traverser le Tage, il faut sortir direction place du marquis de Pombal, ce que nous avons fini par arriver à faire.

Nous avons descendu la belle avenue de la Liberté jusqu’à la grande place de Rossio, puis, en évitant les lignes de tramway et les sens interdits, nous avons fini par trouver un parking sous terrain place de la Municipalité, à quelques pas de la grande place du Commerce sur les bords du fleuve au centre de laquelle trône la statue équestre du roi Joao 1° (1357-1433).

A Lisbonne, le printemps est déjà bien installé et il fait bon de se promener sur les rives du Tage. Nos pas nous ont conduits, en montant, vers la Sé Patriarcal, la cathédrale, en bordure de l’ancien quartier maure de l’Alfama, aux pieds du vieux château Saint Georges où nous ne sommes pas montés.

Construite au milieu du XII° siècle à la place d’une ancienne mosquée, elle-même bâtie sur une vieille église wisigothique, la cathédrale sainte Marie Majeure est le plus ancien bâtiment religieux de Lisbonne ; c’est sur ses fonts baptismaux qu’a été baptisé, en 1195, le futur saint Antoine de Padoue.

Nous avons repris la voiture et sommes partis vers l’ouest à la recherche d’un logement pour la nuit. C’est ainsi que nous avons découvert le quartier de Belém, dont le nom évoque en portugais celui de Bethléem, la ville de Palestine où est né Jésus de la maison de David.

Nous avons garé la voiture dans le quartier des ambassades tout en haut de la fameuse tour de Belém que nous avons été visiter sur les bords du Tage avec le colossal monument dédié aux découvertes où figure, en tête de proue, l’illustre Henri le Navigateur (1394-1460), fils puiné du roi Joao 1°, le fondateur de l’Ordre religieux et militaire d’Aviz et de la dynastie du même nom, dite aussi « jeanine ». Il n’a en réalité jamais navigué, mais, en sa qualité de gouverneur de l’Ordre du Christ de Tomar, son rôle de mécène a été fondamental. Il n’a jamais régné non plus : c’est son frère aîné, Edouard 1° (1391-1438), qui succédera à leur père Joao 1°, fondateur de la dynastie d’Aviz  sur le trône du Portugal.

En cherchant notre hôtel nous nous sommes retrouvés, un peu par hasard, au palais national d’Ajuda  et, en redescendant sur le Tage, nous avons fini par trouver dans le même quartier de Belém, aux pieds du jardin botanique, tout proche du monastère des hiéronymites que nous nous sommes promis de visiter le lendemain à la première heure, la pensao sétubalienne qui nous a hébergés pour une bonne nuit, après un excellent dîner à proximité, chez Antonio Pedro da Silva à l’enseigne « Os Jeronimos »

Le fameux monastère ne s’ouvre qu’à 10 heures du matin de sorte que nous avons profité du soleil matutinal  dans le jardin à proximité du tout moderne Centre Culturel. Tout autour du bassin de la fontaine des étudiants en marketing pratiquaient une solide haka devant leurs camarades novices à la veille de leurs examens.

Le monastère des hiéronymites est la forme ancienne du Centre Culturel tout proche. L’église et le cloître sont une illustration parfaite de ce qui se fait avec l’argent des nouveaux mondes découverts grâce aux fonds de l’Ordre du Christ et aux protéines du bacalhau !

Un dernier coup d’œil vers l’amont et le pont sur le Tage qui rappelle, à juste titre, le Golden Gate Bridge de San Francisco, construit par la même firme américaine au temps de Salazar, il commémore désormais le 25 avril 1974, jour de la révolution dite « des œillets ».

Il nous faut maintenant revenir à notre point de départ, Porto, d’où s’envolera notre avion pour Lorient. Plus de 300 km, près de 3 heures d’autoroute, nous allons couper la route en deux parties.

Nous avons donc quitté Lisbonne et le monastère des hiéronymites, non sans avoir oublié de faire, auprès de l’antique confiturerie de Belém, l’acquisition d’une boite de ces délicieux pastéis qui ont fait sa réputation,  direction Sintra où nous avons déjeunés à la Taberna Criativa, d’excellente réputation, pour un prix modeste, mais qui ne valait guère plus.

De Sintra nous nous sommes retrouvés à Mafra, gigantesque construction située tout en haut de son piton que l’on voit de loin et qui invite à y monter voir de quoi il s’agit. C’est un ancien couvent franciscain qu’au XVIII° siècle le roi Jean V (1689-1750) a transformé et complété pour en faire un palais à l’instar de l’Escurial et du Latran.

Quittant Mafra, nous avons repris, en direction du nord, l’autopiste que nous avons quittée pour Nazaré,  qui est à Nazareth ce que Belém est à Bethléem, puis Alcobaça où nous avons dormi.

Nazaré est au bord de la mer, c’est un spot connu des amateurs de surf, le lieu de vagues monstrueuses de plus de 20 m de hauteur. Nous sommes montés au promontoire de Sitio à plus de 100 m au-dessus de la mer. C’est là que se situe le petit oratoire dédié à la Vierge intervenue à temps pour empêcher le chasseur à cour, dom Fuas de Roupinho, de suivre avec sa monture le cerf tombé du haut de la falaise ; Notre Dame de Nazaré est aussi honorée au Brésil.

… Et Alcobaça

La ville tient son nom de la confluence de deux petites rivières côtières : l’Alcoa et le Baça. Nous y sommes arrivés à la nuit tombante et avons pris, dès que nous l’avons trouvée, nos quartiers chez Madame Noémie, à la pensao des Coraçoes Unidos qui dispose en outre d’une table familiale très honorable où nous nous sommes restaurés sans plus de difficultés.

Le lendemain matin, le monastère cistercien Sainte Marie ouvrait ses portes honnêtement à 9 heures. Il a été fondé par le premier roi du Portugal : Alphonse-Henri de Bourgogne (1109-1185) selon la promesse  faite à son cousin, Bernard de Clairvaux, par l’intercession duquel la ville proche de Santarem, alors toujours aux mains des maures, fut reprise.

D’aspect extérieur d’un classicisme baroque propre au pays, c’est, à l’intérieur, du pur gothique cistercien aux dimensions gigantesques : la nef qui s’étire sur plus de 100 mètres de longueur pour une hauteur de 20 mètres. Dès l’entrée, les colonnes encastrées dans les piliers ne descendent pas jusqu’au sol pour laisser la place aux stalles qui pouvaient accueillir près d’un millier de moines ; la circulation s’effectuaient par les bas-côtés qui paraissent d’autant plus étroits qu’ils sont aussi hauts que la nef.

Le transept accueille de part et d’autres de la nef, les tombeaux du roi Pierre (1320-1367) et de la « reine morte », Inès de Castro (1325-1355). Dame de compagnie de Constance de Castille, l’épouse légitime du jeune prince, celui-ci, devenu veuf, l’épousera morganatiquement au grand dam de son père le roi Alphonse IV (1291-1357) qui la fera assassiner. Une fois monté sur le trône au décès de son père, le roi Pierre, n’aura de cesse que de poursuivre et châtier les coupables. Il ira jusqu’à faire exhumer le cadavre de sa bien-aimée pour que la Cour lui rende un hommage digne d’une reine. Ce drame de l’amour contrarié par la raison d’Etat inspirera en 1942 l’auteur dramatique et écrivain français, Henri de Montherlant (1895-1972) qui fait dire au vieux roi Ferrante auquel la belle Inès vient d’annoncer qu’elle est enceinte de son petit-fils, renforçant ainsi sa détermination à ordonner son exécution : « Acte inutile, acte funeste. Mais ma volonté m’aspire, et je commets la faute, sachant que c’en est une. Eh bien ! Qu’au moins je me débarrasse tout de suite de cet acte. Un remords vaut mieux qu’une hésitation qui se prolonge. » (Acte III, scène 8). Illustration de la tentation à laquelle on succombe faute d’avoir su éviter d’y entrer.

Nous avons longuement parcouru les cloîtres, celui du silence au rez de jardin du à la munificence du roi Denis (1261-1325) et celui au-dessus, légèrement postérieur, du à celle du roi Manuel (1469-1521). La salle capitulaire, le réfectoire avec sa tribune pour le lecteur, l’extraordinaire cuisine et sa cheminée gigantesque, la salle des rois avec leurs statues en terre cuite locale, depuis Jean 1° jusqu’à Joseph (1761-1788).

Mais il nous faut repartir, Porto est encore loin, plus de 200 Km au nord.

Nous n’avons malheureusement pas pris le temps de nous arrêter à Batalha dont le monastère inachevé de Sainte Marie de la Victoire commémore la bataille ayant opposé en 1385 les troupes espagnoles de Juan de Castille et les soldats portugais de Joao d’Aviz à la bataille d’Aljubarrota qui verra la victoire des portugais sur les espagnols et confirmera la légitimité de Joao 1°, fondateur de la dynastie d’Aviz, sur le trône du Portugal  désormais affranchi des visées hégémoniques espagnoles.

Dans une des salles du monastère  d’Alcobaça, une « trinité bretonne » de facture originale.

 

Porto

On dit qu’à Braga, comme à Fatima, on prie ; à Coimbra, on chante, à Lisbonne, on s’amuse… mais c’est à Porto qu’on travaille !

C’est sans doute vrai et il convient que l’on aille vérifier sur place la véracité et le fondement du dicton national

Nous nous rendons directement à l’aéroport restituer tout d’abord notre véhicule de location qui a fort bien rempli sa mission depuis  près d’une semaine entre Saint Jacques de Compostelle et Lisbonne, soit plus de 1000 Km, aller et retour. Ensuite, retenir notre chambre au Park Hotel tout proche : nous serons ainsi à pied d’œuvre pour les formalités d’embarquement demain matin de bonne heure. Ceci effectué, nous pouvons, enfin, prendre le métro direction Trindade où nous changeons de ligne pour descendre à Sao Bento, en plein centre de la vieille ville de Porto.

Comme Lisbonne, Porto est construite sur les hauteurs, en étage au-dessus du fleuve ; le Douro remplaçant le Tage.

Le temps est menaçant, mais il ne pleut pas encore : nous descendons vers l’église Saint François, de conception romano gothique, mais, à l’intérieur, la rugueuse pierre de granit est intégralement masquée par les « talha dourada », boiseries baroques dorées à la feuille qui donnent à l’édifice tout son caractère surnaturel, rare pour un établissement franciscain. L’autre curiosité est constituée par son sol qui n’est en réalité qu’un vaste cimetière où chaque tombe, numérotée, abrite pour l’éternité la dépouille d’un moine. Face à l’entrée de l’église, le couvent abrite de la même façon, dans la crypte, les catacombes où reposent les membres du tiers ordre franciscain, très impressionnant.

Puis, continuant notre descente vers le fleuve, nous voici sur les rives du Douro, choisissant un établissement susceptible d’apaiser notre faim. Un bon plat de tripes locales agrémenté d’un excellent Tawny, nous réchauffe efficacement, mais voici que la pluie se met de la partie, insidieusement puis de plus en plus drue.

Revigorés par notre halte roborative, nous poursuivons néanmoins sous la pluie, notre chemin, le long des rives désertées du Douro jusqu’aux pieds du pont Dom Luis 1° qui rappelle le viaduc de Garabit, comme, à Lisbonne, celui de San Francisco, mais le Douro n’est ni le Tage, ni la Truyère.  Là, au tout début de l’avenue Gustave Eiffel, à qui est du le pont ferroviaire Marie-Pia, en amont, nous prenons le téléphérique des Guindais qui nous remonte à proximité de la cathédrale où nous arrivons sous une pluie battante, à l’horizontale, pour assister à la fermeture des portes. Il est I8 heures. Dame, ce sera pour la prochaine fois ! Pour l’heure, le temps est exécrable : nous remontons jusqu’à la gare de Sao Bento reprendre notre métro pour l’Aéroport

Le lendemain, nous étions de retour à Brangolo pour le déjeuner

Les pèlerinages à pied, à cheval ou en voiture, même en avion, restent bien ce qu’ils ont toujours été : des rencontres sans pareil et inoubliables tant avec Dieu et ses saints qu’avec tous les autres hommes et femmes qui sont nos semblables sous d’autres cieux, de courtes parenthèses dans nos vies trop tranquilles, mais qui vont nous faire rêver jusqu’au prochain coup.

À propos du rédacteur Yves Daniel

Avocat honoraire, il propose des billets allant du culturel au théologique. Le style envolé et sincère d'Yves Daniel donne une dynamique à ses écrits, de Saint Yves au Tro Breiz, en passant par des chroniques ponctuelles.

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Un commentaire

  1. Cher Maître, merci beaucoup pour ce récit détaillé et très enrichissant ! Cela me rappel des souvenirs : Tomar, Fatima ou je suis allé en pèlerinage pour la deuxième fois en Mai dernier à l’occasion du 100eme anniversaire des apparitions de notre Mère du Ciel ! Il me manque St Jacques de Compostelle ou je ne suis pas encore allé…mais l’écoute du dernier CD de ces chers Basques d’Oldarra évoquant justement le pèlerinage Jaquaire m’en donne un avant goût ! Entre le chant Basque et le chant breton mon cœur balance…

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