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Plaidoyer pour la basilique ND du Paradis d’Hennebont

basilique d'hennebont
Archives Thierry Creux / Ouest-France

En 2014 nous avons fêté le demi-millénaire de sa construction. 500 ans !

Depuis tout ce temps elle en a connu et traversé des évènements tristes et douloureux, la basilique ND du paradis d’Hennebont : en commençant par les guerres de la Ligue avec le siège, en décembre 1590 , par le duc de Mercœur et les troupes espagnoles, de la ville occupée par les troupes françaises ; puis la peste bubonique qui ravageait périodiquement les villes portuaires jusqu’à sa miraculeuse disparition, en 1699, à la suite du fameux Vœu à Notre Dame, toujours et régulièrement honoré depuis ; sans oublier les affres de la révolution française avec, en 1792 la vente de l’abbaye Notre Dame de Joie comme bien national et, plus récemment, les bombardements anglo-américains d’août 1944…

Mais voilà qu’au prétexte qu’une des clefs pendantes de la voute en plâtre a chu en 2015, notre belle basilique est depuis inexorablement amputée de son bas-côté nord et un voile tendu au-dessus du chœur et de la nef en dissimule l’élévation…

La belle chapelle voulue par François Michard se présente désormais comme handicapée, borgne et hémiplégique. Et pour combien de temps encore ?

Sa construction avait pourtant été difficilement acceptée par la sénéchaussée : le Procureur de l’époque n’avait pas dissimulé les difficultés techniques et financières de l’entreprise. Pourtant et malgré tout le Sénéchal et son Alloué, sensibles aux aspirations populaires, avaient fini par donner leur accord.

Leurs successeurs d’aujourd’hui n’auraient-ils pas leur courage à défaut de la foi ?

Depuis la fameuse loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905, la chapelle, érigée en basilique en 1913, est propriété communale et c’est au propriétaire qu’il incombe d’assurer l’entretien, l’intégrité et la conservation de ce joyau du « patrimoine commun de la nation » au même titre que les sites visés par la loi Barnier de 1995 sur la protection de l’environnement, codifiée sous l’article L 110-1 du code de l’environnement dans sa plus récente rédaction issue de la loi du 8 août 2016.

Cette disposition vise expressément le « principe de précaution » qui forme le credo des édiles d’aujourd’hui mais ne leur permet pas de s’enfermer dans une inaction durable pouvant s’assimiler à un véritable déni de décision.

Bien au contraire, le principe de précaution, selon lequel l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable (code de l’environnement art L 110-1, II, 1°)

On ne peut impunément en rester là et se contenter de demi-mesures provisoires destinées à durer.

La problématique est simple : la voûte en plâtre installée au milieu de XIX° siècle se délite. Faut-il la réparer ou la supprimer carrément pour retrouver, avec la hauteur initiale du bâtiment, la charpente destinée à être vue et son acoustique d’origine ?

Le choix devrait pouvoir se faire en faveur de la solution la moins onéreuse, voire un combiné des deux : laisser et réparer la voûte au-dessus du Chœur, l’enlever sur toute la longueur de la nef.

Ce serait trop simple.

L’historienne du patrimoine fait valoir qu’une voûte, même en plâtre, d’une utilité et d’un esthétisme douteux, mais mise en place il y a un siècle et demi mérite d’être prise en considération.

L’architecte des bâtiments de France doit avoir un avis sensiblement différent de sorte que, faute d’unanimité de la part des responsables techniques et de courage de la part des décideurs, rien ne se fait, si ce n’est la pause d’un cautère – déjà coûteux – sur une jambe de bois.
Et notre pauvre basilique de continuer à se montrer tant aux fidèles qu’aux curieux de tout bords sous un jour en définitive peu flatteur, voire même trompeur dans la mesure où les tracts vantant les manifestations culturelles qui s’y déroulent continuent d’être illustrés de photos anciennes, montrant l’intérieur de l’édifice dans toute sa splendeur, avec ses deux bas- côtés libres et sa nef sans filet…

Mais, cela c’était avant

La pose du filet protecteur et des panneaux oblitérant le bas-côté a déjà sérieusement écorné le budget…. On peut pourtant s’interroger sur l’opportunité de telles mesures : protéger qui, les fidèles d’une éventuelle chute ou le plafond des regards indiscrets ?

Certes, on peut y entreposer du matériel, notamment les deux tableaux qui ornaient la nef. Il s’agit, par Henry-François Mulard (1769-1850), un élève de David, de l’ex voto de la guérison de la peste à la suite du vœu des hennebontais et d’une copie des vœux de Saint Louis de Gonzague dans la compagnie de Jésus par Théodore Boeyermans (1620-1678) dont l’original, daté de 1671, emmené en France en 1794 par les troupes d’occupation de Lazare Carnot, provient de la chapelle du collège des jésuites d’Ypres, en Belgique, est, depuis 1809, en dépôt au Musée d’Arts de Nantes. Ces œuvres d’art ne sont désormais plus visibles…

Sans parler de l’atteinte au droit moral des héritiers de Max Ingrand (1908-1969 ) auquel on doit les vitraux, désormais masqués, du bas-côté nord, mis en place avec l’ensemble désormais dépareillé, en 1956…

On ne peut décemment pas se contenter d’en rester là. Mais que les édiles se rassurent : il n’y aura pas de manifestations plus ou moins scabreuses, uniquement un grand sentiment de tristesse et de lassitude unanimement partagé

Sans parler de la honte, tant à l’égard de nos anciens qui nous ont précédés et ont élevé cet édifice que nous ne savons pas protéger, qu’à l’égard de toux ceux, d’ici et d’ailleurs qui viennent par curiosité, habitude ou piété, honorer dans sa basilique Notre Dame de la Joie.

La peste bubonique a heureusement disparu de notre paysage médical. Mais il reste toujours, à l’état endémique, des contagions qui ne disent pas leur nom mais sont tout autant dangereuses pour notre environnement !

 

Yves DANIEL, ci-devant Procureur près de la Sénéchaussée d’Hennebont

À propos du rédacteur Yves Daniel

Avocat honoraire, il propose des billets allant du culturel au théologique. Le style envolé et sincère d'Yves Daniel donne une dynamique à ses écrits, de Saint Yves au Tro Breiz, en passant par des chroniques ponctuelles.

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