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Révolution dans les paroisses !

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

Lu dans le Télégramme de Brest du 18/12/2016 :

Moins de curés, moins de fidèles dans les églises… Il faut donc moins de paroisses. Le diocèse de Quimper se lance dans un vaste réaménagement pastoral pour pouvoir continuer à assurer sa mission d’évangélisation en misant sur un fort investissement des laïcs et en replaçant les prêtres dans leur vocation première.

Sans remonter aux Évangiles, le schéma « un clocher : un prêtre » est dépassé depuis belle lurette. Il y a vingt ans, le diocèse de Quimper connaît une première restructuration : les 320 clochers finistériens se regroupent en 73 ensembles paroissiaux (1). Aujourd’hui, sous l’impulsion de l’évêque Laurent Dognin, on se dirige vers 20 à 22 paroisses nouvelles pour faire face à une baisse constante du nombre de prêtres. Le credo : mutualisation des compétences et proximité.

Plus de temps pour les prêtres

« En réduisant le nombre de paroisses, on diminue, de fait, celui des structures – équipes pastorales et conseils économiques – attachées à chaque ensemble paroissial. Cela va nous décharger de tâches administratives, limiter les innombrables réunions et, ainsi, nous dégager du temps », se félicite Sébastien Guiziou, âgé de 43 ans. Le curé de l’ensemble paroissial Quimper rive gauche (quatre clochers), par ailleurs responsable diocésain pour la formation liturgique et sacramentelle et du suivi des séminaristes, souffre, en effet, aujourd’hui, d’un planning très chargé. Et ce malgré l’aide de son jeune collègue de 34 ans, Corentin Sanson, et celle, ponctuelle, de prêtres retraités.

Des laïcs plus sollicités

Gain de temps, soit. Mais, compte tenu des effectifs (2), il ne faut pas s’attendre pour autant à une plus forte implication des prêtres dans la célébration des obsèques ou de messes dont le rythme a déjà sensiblement baissé. « Cela va surtout nous permettre d’être plus en communion avec les paroissiens à qui l’on va demander un plus fort engagement », explique Sébastien Guiziou. Les prêtres pourront, de fait, davantage se consacrer à l’accompagnement et à la formation des laïcs. Ceux qui, au sein des communautés chrétiennes locales (placées sous la responsabilité de deux paroissiens) ont déjà pour mission d’accompagner les familles en deuil, de préparer au mariage et au baptême ou d’effectuer des lectures-temps de prières. L’allégement des structures va aussi donner plus de temps aux ministres du culte pour leur prière personnelle quotidienne et « pour se ressourcer spirituellement ; sinon, on se dessèche ». Plus de temps, enfin, pour aller à la rencontre des « gens : jeunes générations, personnes en difficulté, intéressées par la foi ou en recherche de sens dans un monde qui vacille et qui frappent à la porte de l’Église, ou pas… »

Plus modeste mais plus vraie

« Aller vers…, c’est notre mission originelle. L’Église est devenue plus modeste aujourd’hui, mais aussi plus vraie. Notre posture n’est plus celle de l’attente, du guichet ; désormais, c’est d’être exposé au monde », affirme Christian Bernard, curé de Saint-Renan (trois clochers). Dans son doyenné, le Pays d’Iroise – trois prêtres pour 26 clochers, dont Ouessant et Molène -, l’aménagement pastoral est engagé depuis deux ans à la suite du départ de quatre prêtres en quelques mois. Il y voit, non pas le signe du déclin, mais un défi et une chance à saisir. L’opportunité de vivre la vie de l’Église au-delà des seules messes du dimanche, d’inventer d’autres temps de rencontre, de partage ou de prière. « L’occasion, aussi, pour chaque baptisé de se demander comment il va pouvoir continuer à prendre sa part. » Des chrétiens à qui l’on va aussi demander de s’impliquer dans l’émergence des vocations. Car, sans prêtre, « le pasteur qui montre la route, suscite le dialogue, rassemble » et célèbre les sacrements, pas d’avenir pour les communautés de chrétiens. Mais Christian Bernard se dit optimiste quant à l’issue de cet ambitieux remue-méninges : « Il faut expliquer et rassurer, mais dans les réunions, les gens sont enthousiastes et volontaires ». « Un gros chantier, mais passionnant », ajoute son collègue d’Ergué-Armel.

1. Coiffés, depuis dix ans, par 18 doyennés, organes de concertation et de réflexion. 2. 232 prêtres dont 122 à la retraite.

 

À propos du rédacteur Erwan Kermorvant

Erwan Kermorvant est père de famille. D'une plume acérée, il publie occasionnellement des articles sur Ar Gedour sur divers thèmes. Il assure aussi la veille rédactionnelle du blog et assure la mission de Community Manager du site.

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Un commentaire

  1. Article qui parle de refondation et non de révolution mais qui est intéressant déjà dans l’expression même s’il n’y a que des paroles de prêtres. mais sûrement, celle des diacres et des laïcs déjà présents dans le travail pastoral sera intéressant; Je pense qu’il y a des échanges fructueux dans le diocèse de Quimper.
    Je note juste quelques points:° Cela va nous permettre d’être davantage en communion avec les paroissiens à qui on va demander davantage d’engagements.
    ° Davantage de temps pour le prière personnelle….pour rencontrer des jeunes générations, des personnes en difficulté etc…
    ° Des chrétiens à qui on va demander de s’impliquer dans l’émergence des vocations.
    Ces points me semblent importants mais je crois que beaucoup y ont travaillé depuis de longues années (je pense au dernier point car les chrétiens de base et de nombreux prêtres n’ y croyaient pas. C’était la même chose dans les diocèses voisins…)
    Je pense cependant que la recherche actuelle met trop l’accent sur le prêtre et le nombre de prêtres. C’est pourquoi- bien que n’étant pas du diocèse- de mettre sur le tapis quelques réflexions qui ne sont toutes de moi:
    – Pour moi cela remonte à des souvenirs des années 1985/89 quand j ‘étais aumônier national du CMR à Paris. De temps en temps nous avions la visite de prêtres africains étudiants à Paris. Ils préparaient souvent des thèses sur des théologiens du Moyen-Âge, théologiens qui m’étaient souvent inconnus. A cette époque, je lisais des ouvrages d’ecclésiologie sur des réalisations dans les pays du l’Est Africain. Je me souviens avoir dit parfois à ces prêtres : Pourquoi, avec les méthodes que vous donnent vos études supérieures à Paris, ne pas faire vos thèses sur les expériences ecclésiales en cours dans vos propres pays et que vous pratiquez et connaissez bien? Cela vous serait utile pour vos diocèses et aussi utiles pour les diocèses européens ?
    Il peut en être de même pour la lettre lue dans la Croix : « L’évêque de Tulle dit prendre exemple sur l’Afrique. « Pôle missionnaire »? Qu’est-ce ? « J’ai vécu douze ans en Côte d’Ivoire. La mission comptait 52 églises sur 4 000 km². Nous étions deux prêtres. Le dimanche, les communautés se réunissaient dans l’église de leur village. Avec le prêtre s’il était là, deux ou trois fois par an; sans prêtre les 50 autres fois. Jamais l’idée de fermer les églises n’a effleuré personne. C’est la communauté qui fait l’Église, non le prêtre. Au lieu de crever comme en France, l’Église s’y épanouit. Quarante ans après, la mission a été divisée en 10 paroisses et compte 29 fils prêtres.J’y suis retourné en 2010. J’ai vu l’évêque charger officiellement le catéchiste d’un village de donner la communion lors des Adap du dimanche. Il ne faisait que suivre les directives de Vatican II, du droit canon, de Jean-Paul II (encyclique sur l’Eucharistie), Benoît XVI (exhortation de 2010) et mises en pratique à Buenos Aires par notre pape que je cite : « Nos sociologues religieux nous disent que l’influence d’une paroisse se fait sentir sur un rayon de 600 mètres. À Buenos Aires, environ 2 km séparent les paroisses. J’ai dit aux prêtres : “Louez un garage. Qu’un laïc fasse un peu de catéchèse et qu’il donne même la communion.” Un curé m’a dit : « Mais les gens ne viendront plus à l’église. – Maintenant, ils y viennent ? – Non. “Sortir de soi-même, c’est aussi sortir de ses convictions considérées comme inamovibles, si elles ferment l’horizon qui est Dieu!” » Xipri Arbelbide (Pyrénées-Atlantiques)
    Enfin, vous êtes de l’ancien diocèse de Cornouaille. » Dieu a besoin des hommes », ça vous dit quelque chose ? A cette époque dans nos paroisses: je travaille actuellement sur une ancienne paroisse de ce diocèse actuellement dans un autre: il y avait des recteurs et des vicaires mais il y avait aussi des prêtres « habitués » qui vivaient dans leurs familles, travaillaient la terre ou étaient artisans pendant la semaines et le dimanche célébraient la messe dans leur village. Il y avaient les Tiers-ordres, masculins mais surtout féminins qui ont, à mon avis sauvé la foi pendant la période révolutionnaire parfois au péril de leur vie.
    Re hir eo ar gudenn. Kalon vat de bep hini ! Ha Nendeleg Laouen!

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