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SAINT FIOG, SAINT FIACRE ET SAINT BEI

Le 30 août, nous fêtons Saint Fiacre. L’occasion d’en savoir plus sur le patron des jardiniers, alors même que vient d’être lancé le 3è chantier de l’année à la Vallée des Saints, dont l’une des statues sera dédié à ce saint irois. Voici ce qu’en dit Wikipédia :

 

Saint Fiacre (en irlandais Fiáchra, en latin Fiacrius, Fiacrus ) est un moine d’origine irlandaise, fondateur, sans doute au VIIe siècle, d’un monastère proche de Meaux qui plus tard prit son nom et devint le centre d’un pèlerinage réputé. Il est fêté le 30 août.

Mais pourquoi ce culte en Armorique ? Nous proposons d’aller plus loin dans la recherche des origines de ce culte :

saint fiacreFIACRE

Si l’on se fie à la toponymie actuelle, le culte du saint irois Fiacre a été très répandu en Bretagne : au moins 8 lieux-dits dans le Morbihan, 8 dans le Finistère, 4 dans les Côtes d’Armor, portent son nom. Il n’y a évidemment rien d’étonnant au culte d’un saint irois en Armorique : Ronan, Colomban, Senan et bien d’autres nous sont familiers. Mais la comparaison d’un autre irois, saint Fingar, fait apparaître une anomalie: Fingar est connu sous la forme bretonne de son nom: Gwinier (éponyme de Pluvigner 56).

Comment se fait-il que, au moins en pays bretonnant, Fiacre ne soit pas connu sous un nom bretonnisé ? En l’occurrence ce devrait être  #Gwiaer (c’est peut-être cette forme qui a donné Treffier en Besné (44), de *Treb-Wiaer?).

On pourrait avancer que son culte est venu de l’est et que le nom n’a pas été bretonnisé parce que trop tardif. Mais comment se fait-il que Fiacre , à l’exception de St-Fiacre sur Maine près de Vertou, soit absent de la toponymie dans les pays de Rennes et de Nantes?

 

FIAC

Or si nous observons que Lanfiacre en Mahalon, toponyme manifestement ancien, est un ancien Lanfiac et que St-Fiacre en Maroué (22) a remplacé St-Fiac (NSB41), on en induira sans risque qu’au moins une part des Fiacre a remplacé un ancien Fïac.

Ce dernier se rencontre encore à Men-Fiac en Plouescat(29, Roffiat en Batz(44), Liffiac en Tregomeur(22),  Luffiac en Broualan(35), Trefféac en Montoir(44) etc..

Tout comme s.Gwinioc se trouve sous les noms de –vignac, Vigneux, on trouvera le même saint à Treffieux(44), Treffieuc en Nozay(44), Tréfieux en Bréal-sous- Monfort(35), et le même nom à Le Fieux en Gaël(35), Le Fieu en St-Onen(35).

 

FEI

En Drefféac(44) le lieu-dit Coiffi (Coet-Fi) nous indique une forme courte de son nom, parallèle à celle de saint Sioc, alias Sei, éponyme de Plessé(44). C’est donc une forme de base *Fei(oc) qui explique les variantes rencontrées. Ceci dit on peut peut-être retrouver le nom de Fei dans les lieux-dits Ste-Foy et Trefoix en Trégueux(22) [oi pour ei est une francisation graphique courante], Le Fay en Le Ferré et en Pleine-Fougères(35).

 

LE  PERSONNAGE

Nous pouvons ainsi reconnaître en Fei le neveu de s.Teliaw, fils d’Anaumed (Anawvez) et de Budic (Buzig), mentionné par la vie de s.Oudoceus (Owzogoue) sous la graphie vieille-galloise Tiphei. Le nom est dans ce cas doté du préfixe familier To– (vieux-gallois Ti-). Il est cité comme éponyme de Lamphey, près de Tenby en Pembroke, au Pays de Galles (Doble WS 190). Mais nous rencontrons ici une difficulté, car Doble annonce que Lamphey était primitivement Llandyvei, alors que la confusion entre ff et v serait tout à fait anormale. En fait il existe bien un s.Tyvei, connu à Llandyveisant (près de Llandeilo) et par Martletwy en Pembroke (de *Merthyr Tyvei) autrefois Lan Tivei (L.Landav. p.212).

La confusion de Tyffei avec Tyfei (= Tyvei) par Doble doit remonter à une confusion plus ancienne, à savoir que la chapelle de Lan Tivei a été aussi appelée Lampha.

 

BEI

Tyvei  représente un autre saint: Bei(oc). Celui-ci est connu sous le nom de Mobeoc dans le catalogue des “Mères des saints irois” (EWGT 32-34) comme fils de Brochan. Parmi ses frères il faut retenir le nom de Elloc ou Moelloc . Bei est  en Armorique l’éponyme de Baye (29) près de Kemperlé, de Trévé(22), de Lanvéoc(29) etc. On observera que Baye est limitrophe de Mellac, où nous reconnaissons le nom de Moelloc.

Que saint Feioc, neveu de s.Teliaw, fils de Budic “consul” de Cornouaille, ait eu un culte très répandu en Armorique est assez naturel. On  notera la présence de ce culte dans le pays nantais, qui s’accorde avec l’activité de Budic dans ce pays, notamment en 497 (v. AJR.  Budic à Nantes en 497).

Chronologiquement, saint Bei, s’il est fils de Brochan, se situe au début du 5ème siècle , alors que Fei, fils de Budic, est de la fin du 5ème et du début du 6ème siècle.

À propos du rédacteur Alan Joseph Raude

Linguiste, historien et hagiographe, il a notamment publié des ouvrages sur l'origine géographique des Bretons armoricains et sur l'histoire linguistique de la Bretagne.

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