Saints bretons à découvrir

29 mars : Saint Gonlew / Gonlay / Gwenlew

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min
Aujourd’hui nous fêtons Saint Gonlew (ou Gonlay, Gwenlew et Uuinleu en Bretagne – Gwynllyw et Gwnlei au Pays de galles). C’est un roi gallois qui a vécu entre la fin du Ve s. et le début du VIe s. (mort sans doute vers 520). Son nom signifie en gallois « Gwyn » : blanc, sacré et « llyw » : chef.

Roi violent lors du début de son règne, il demande le pardon de ses crimes et de ses péchés au Seigneur, et se consacrera totalement à Lui. Il fit élever une église, Eglwys Wynllyw, avec le consentement de Dyfrig, aujourd’hui à Newport (comté du Gwent).
Cathédrale St. Gwynllyw à Newport

Saint Gonlei est l’éponyme de la paroisse de Saint-Gonlay (35). Au Pays de Galles, ce nom se retrouve à Nant Gwlle (Cardigan). On sait par la vie de Saint Cadoc que GUNLEIUS était son père, lui-même fils de GLIUGUIS (GLYWYS), prince de Démétie, d’une famille d’où sont issus de nombreux saints (voir notre étude sur Glywys-Kloêvis).

Pourtant, J. Loth (NSB46), malgré cette évidence, affirme que la forme galloise du nom est GWYNLLYW. On connait en fait un GWYNLLYW, fils de Tegid, grand-père de Saint Beuno (Buched Beuno, EWGT30), de la lignée princière de Powys. On a donc deux personnages bien distincts : GONLEI, père de Cadoc, Kenidr, etc. époux de Gwladys (Gwlades) fille de Brochan, et GWENLEW, fils de Tegid, père de Bugi, grand-père de Beuno.

Cependant, A.W. Wade-Evans traduit GUNLEIUS par GWYNLLYW, conformément à l’affirmation de J. Loth et, de fait, suivant ainsi les généalogies JC4 et JC47 (EWGT44 & 49), copiées au XIVème siècle, qui ont manifestement puisé dans la vie de Saint Cadoc. Dans la liste de la Lignée des Saints (Bonhed y Seint) on a même fusionné les deux personnages en faisant de Tegid le père de Glywys (ByS30, 31, 32, EGWT59). Deux autres généalogies, par contre, donnent au père de Cadoc un autre nom : CYNLLAW (AchS4, EWGT69), et KYNLLUC(PB3a, EWGT82). Ces deux derniers noms sont évidemment des variantes du nom d’origine GWNLLEI. Elles montrent que GWYNLLYW n’était pas une forme unanimement admise en Galles pour GUNLEIUS, mais une simple confusion due à une homophonie. Ces variantes ont aussi le mérite de présenter un K- initial qui nous ramène vers un nom attesté dans le Cartulaire de Redon : CONLAI, formé de deux éléments connus, alors que GUNLEI est isolé et ne s’explique pas étymologiquement. Le flottement entre K et G, à l’initiale des noms de saints, n’est pas rare du fait que « Sant » était suivi d’une mutation adoucissante. On rencontre un échange du même genre avec le nom de Saint GWORTHIERN, souvent affublé de la forme « GONTHIERN », où le GON- est emprunté au nom de Saint KONDIERN (alias Kentigern), personnage tout à fait différent.

Il est donc certain que c’est par erreur que le nom de GWYNLLYW a été donné au père de Cadoc. Il faut maintenir le nom de GWYNLLE(I) donné par le toponyme gallois, le toponyme armoricain et la Vita Cadoci. En effet, on ne peut le corriger en CONLAI, qui aurait été KIN- en vieux gallois et KYN- en moyen gallois et n’aurait jamais pu donner GUN- . Mais il ne fait pas de doute que la forme inhabituelle de ce nom, isolé parmi de nombreux noms commençant par GWYN- et par KYN- , a troublé les scribes qui l’ont corrigé de diverses manières. Même le nom du district dont il est l’éponyme, le GUNDLIAUC de la Vita Cadoci, devient, dans la nomenclature des districts du Pays de Galles du Livre Rouge de Hergest, GWAUNLLWG (GWAUN est le « ieun » breton armoricain => marécage). La même gêne a dû être ressentie en Armorique et entraîner la transformation de GONLEI en CONLAI dans le Cartulaire de Redon.

Le nom de GWYNLLYW, quant à lui, est aussi connu en Armorique. C’est lui qui a donné, dans la paroisse du Folgoët, GUIQUELLEAU (*Gwig-Gwenlew) où il a une chapelle sous l’invocation de Sant Velle ; on le trouve aussi à Lanvelle en Pont-de-Buis.

À propos du rédacteur Alan Joseph Raude

Linguiste, historien et hagiographe, il a notamment publié des ouvrages sur l'origine géographique des Bretons armoricains et sur l'histoire linguistique de la Bretagne.

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