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Pour en savoir plus sur saint Maeoc (Maeg)

Photo Ar Gedour

Le nom de saint Maeoc est largement répandu en Bretagne et apparaît avec des variantes remarquables. Derrière ce saint vénéré en divers endroits, et qui aura bientôt sa statue à la Vallée des Saints, ce sont peut-être aussi les protecteurs de nos campagnes et de leurs habitants qui se cachent.

Extrait Wikipédia :

Saint Maeoc aurait vécu en solitaire dans le bois portant son nom (aujourd’hui Coëtmieux, dans le département des Côtes-d’Armor) et qu’il y fut enterré vers 540. En bâtissant le presbytère de Coëtmieux, l’on trouva les ruines d’un ancien édifice, que l’on croit avoir été l’abbaye de Saint-Mieux ou Maeoc ou Méoc. Certains historiens prétendent que saint Maeoc aurait eu sa demeure à Létimieux (ou Lez-Ty-Mieu), village situé au sud de la commune de Coëtmieux. Ses reliques, conservées jusqu’au XVIIe siècle dans une châsse située sous le maître-autel de l’église de Coëtmieux, furent alors présentées à la vénération des fidèles. La paroisse de Coëtmieux étant une dépendance de l’évêché de Dol. Ce serait un moine évangéliste itinérant disciple de saint Samson au VIe siècle. En fait l’hagionyme Maeoc, nom d’origine brittonique, issu de Magiacos, dérivé de mag (“grand”) est largement répandu dans la péninsule bretonne.

Son existence reste hypothétique et c’est peut-être lui est qui aussi honoré sous le nom de saint Méloir, lui-même connu sous d’autres variantes de noms : Melar, Méloir, Mélar, Mélaire, Mélair, Meler, Maelor, Maglor, Sulio, etc.

maeoc-maeoc
Illustration Vallée des Saints

En latin  il est écrit Maiocus, ce qui est  l’ adaptation du nom breton, issu du vieux celtique *Magiâkos (comme l’a vu B.Tanguy). J.Loth (NSB) le dit dérivé de mag “grand”. Nous devons le contredire. Il existe bien une racine indo-européenne *mag, *mog “pouvoir”, à laquelle nous devons l’anglais may, l’allemand mag, le russe mojet, “peut”, et le vieux celtique. *mâgios “plus grand” (latin maior). Mais en brittonique *mâgios  était devenu *mâios, d’où sont issus le gallois mwy et le breton mui.  Donc deux points à rectifier (à faire aussi dans le dictionnaire “gaulois” de X. Delamarre) : il n’y a pas de mag “grand”, mais un mâios,  comparatif de mâros “grand”.

Magiâkos est  un dérivé adjectival de magos “lieu”, “champ”, et signifie “campagnard”, “paysan”. Ce n’est pas un nom de naissance, c’est un nom de fonction, non pas dans le siècle, mais en tant que saint protecteur. Il est hors de propos de demander s’il y a eu plusieurs Maeoc : tout saint agissant comme protecteur de la campagne et de ses habitants est  ipso facto un Maeoc.

A l’ ouest le -oc final passa à -ec, sauf en Cap Caval où l’on a Tremeoc, comme à l’est. Là le o de la dernière syllabe a rétro-agi sur la première, d’où  en breton, et Mioec en gallo.

L’usage écrit du latin Maiocus a influé sur l’usage parlé, d’où le gallo Saent Maioec, là où le breton dit  Sant Vaeg   /zan fè:g /.

Saint-Meux (Saent-Moec) en Plémy parait remonter à *makâkos.

Un autre équivalent de *magiâkos  était  *magîkos qui a évolué en *meic  > mic, que l’on trouve dans Trémic en Combrit, Poulmic en Lanvéoc, Plémy (22), et Saint-Nic (Sant Vic > /sannik/).

Un quatrième adjectif dérivé de magos était magonos ce qui aboutit à Maon en breton. On rapporte que  Magonus était l’un des noms de saint Patric. Il existe un  Lanvaon en Plouguerneau.

Guimaec est un cas particulier. Uicus signifiant “quartier d’activité”, *Uicus magiâcus serait “quartier agricole” et le génitif Maioci, ainsi que le Ploe- du Pouillé de 1330 interprétations de clercs.

Dans les deux cas où le toponyme est composé avec sanctus > sant :  Sant Vaeg et sant Vig, la mutation M > V  montre que l’étymon était *Santos-ie-magiâkos,  *Santos-ie-magicos, avec la particule identifiante ie. L’adjectif est donc un identifiant  de fonction et non le nom d’un saint.

Il n’y a pas de correspondant insulaire. La variété des formes accordées à l’étymologie incite à voir dans ces noms un héritage du celtique armoricain. Cela implique qu’avant les saints il y eut les dieux protecteurs des campagnes ainsi nommés. N’oublions pas, d’ailleurs, que magos n’avait aucune connotation minorante (comme le latin paganus), et désignait aussi les lieux de félicité, Mag Mell, Mag Mor, où nous saurons nous retrouver..

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À propos du rédacteur Alan Joseph Raude

Linguiste, historien et hagiographe, il a notamment publié des ouvrages sur l'origine géographique des Bretons armoricains et sur l'histoire linguistique de la Bretagne.

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3 Commentaires

  1. Très interessante explication.

  2. Merci braz pour ces éclaircissement. Ma lignée masculine est originaire de Plémy qui a présenté des formes proches de Plouméoc, je crois.

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