Saints bretons à découvrir

[SCAER] La chapelle de Cascadec n’est plus

Nous tirions la sonnette d’alarme en novembre dernier (voir notre article) : la chapelle Sainte Thérèse de Cascadec était en cours de démontage. En cause, l’état de l’édifice, qui a été laissé à l’abandon par ceux-là même qui déploraient l’état du bâtiment, alors qu’ils auraient pu en financer la restauration.

Des ruines de Koat Keo à Cascadec

Cette chapelle provient à l’origine de Scrignac. Petit retour en arrière. Nous sommes en 1925 : la prestigieuse revue de l’époque l’Illustration fait paraître dans son numéro du 9 mai (que vous pouvez découvrir via ce lien) une bien curieuse annonce qui ne peut qu’attirer l’attention, car ce genre d’annonce n’est pas habituelle :

«  Un calvaire mis à l’encan. On vient de procéder dans la commune bretonne de Scrignac (Finistère) à une vente aux enchères évidemment originale, mais aussi douloureuse : désirant se procurer l’argent nécessaire pour construire une école publique, la municipalité n’hésita pas à mettre à prix, le Lundi de Pâques pour la somme de 6000 francs, la chapelle et le calvaire de Coatquéau. Notre-Dame de Coatquéau était jadis un lieu de grande vénération. De  l’ancienne église, qui se dressait fort belle sous le dôme imposant de très vieux arbres, il ne reste plus que des ruines – beaucoup de pierres ont été déjà  employées à la construction d’un pont. Le calvaire monumental en granit de Kersanton, est fort bien conservé : sur un socle et quatre degrés se dresse d’un bloc le fût de granit, haut de 5 mètres. Sur la branche transversale de la croix, on distingue encore nettement les sculptures naïves d’un moine en prière entre la Vierge et saint Jean.

Commencées à la sortie de la messe, au matin, les enchères étaient terminées à dix heures et, pour la somme de 10.200 francs, le calvaire, la chapelle, le terrain et un second calvaire (2) étaient adjugés à un industriel de Quimper. L’acquéreur aurait, croit-on, l’intention de bâtir une chapelle nouvelle. L’ancienne chapelle possède cependant des vestiges intéressants, notamment des fenêtres ogivales du dix-septième siècle, finement ciselées et intactes. »

Le fameux industriel acquéreur, c’est Ronan Bolloré d’Ergué-Gabéric himself !  Il souhaite, pour ses ouvriers, édifier une chapelle dans l’enceinte de son usine de Scaër. L’Illustration, dans son numéro du 11 février 1928, relatera la nouvelle vie spirituelle des ruines de Notre-Dame de Koad-Kéo.  L’abbé Perrot, souhaitant reconstruire une chapelle à Koat Keo, contactera alors René Bolloré qui lui offrira le terrain et les ruines restantes. Il envisagea aussi de lui restituer le grand calvaire qui était lui-même un don de Françoise de Montmorency-Laval à Notre-Dame de Koad-Kéo. Malheureusement, peut-être à cause de la guerre, l’affaire ne se fit pas… Toutefois, en rappel de ce mécénat, les cloches de Koat Keo portent les prénoms des Bolloré.

Derniers vestiges de la chapelle de Cascadec vus jeudi 13/02/20 à 13h (Photo Le Télégramme)

La chapelle de Koat Keo, joyau scrignacois, a flambé en juillet. La chapelle de Cascadec qui fut l’ancienne église tréviale de Scrignac est quant à elle démontée en novembre, rayée de l’histoire en février 2020. Ironie du sort qu’a offert l’année 2019 pour deux édifices aux destins liés.

 

Un bras d’honneur à nos aïeux

Chaque chapelle édifiée est une somme d’intentions de nos aïeux formant un immense ex-voto. Considérer une chapelle ou une église comme de simples bâtiments est donc un bras d’honneur aux sacrifices et à l’histoire de ceux qui nous ont précédé. Laisser se dégrader cet ex-voto, c’est déjà piétiner cet élan vers le ciel qu’avaient encore nos aïeux. Y compris les pierres de cette chapelle récupérées par René Bolloré à Scrignac. A l’heure du déracinement et du hors-sol, aucune surprise. Mais ce n’est pas parce que “cette église n’a plus de vie paroissiale” selon Patrick Lépinay que ce bâtiment n’avait plus de raison d’être. Il a été question de la faire revivre ailleurs, mais nous n’avons à ce jour aucun élément nous permettant de confirmer cet argument, qui semble avoir été donné pour mieux faire passer la pilule auprès de la population locale.

Soit dit en passant, si cette chapelle a eu une sorte de vie paroissiale à Scaër puisque le dimanche les salariés y venaient, celle-ci a-t-elle été exécrée (désacralisée) avant son démontage ?

Photo n°2 : Le Télégramme. Pour découvrir l’article du Télégramme, cliquez ici.

J’apprécie cet article, je soutiens Ar Gedour

À propos du rédacteur Tudwal Ar Gov

Bretonnant convaincu, Tudwal Ar Gov propose régulièrement des billets culturels (et pas seulement !), certes courts mais sans langue de buis.

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10 Commentaires

  1. Les causes de tout cela? Le manque de foi!!!!

    • Un manque de foi dîtes-vos ? La belle excuse que voila ! Qu’ils soient athées ou pas, tous les mammonites aiment le fric. Et là pas de scrupule. Peu importe qu’il s’agisse de vendre une chapelle bretonne pierre par pierre ou non, pour peu qu’ils s’en remplissent plein les poches.
      Que les imbéciles qui n’y comprennent rien le sachent : quand ces traitres auront fini de vendre ce pays jusqu’à la dernière motte de terre, ils vous vendront avec ! C’est là le but ultime de la manœuvre, et la solution finale qu’ils vous réservent. Car Mammon est une idole terrifiante qui ne manque pas d’un tour dans son sac pour subjuguer et pourrir jusqu’à la moelle les cerveaux de ses sectateurs.
      De plus, la mise à sac de notre patrimoine va de paire avec la haine que ces monstres nourrissent depuis le début à l’égard de notre histoire, culture, identité et religion. Ils détruiront tout ce qui les empêchera de nous avilir et déformer, puis de nous déraciner complètement. Et quand ils se sentiront prêts, ils s’en prendront avec hargne et démence à tout ce qui résistera encore à leur délire, et qui nous ramène encore un peu vers Dieu. Car bien sur on ne peut servir Dieu et Mammon ! Hors une vieille église même désaffectée, un vieux calvaire ou une chapelle même ruinés, disent encore avec force quelque chose de la foi de nos aïeux.
      Quand les hommes se taisent, les pierres parlent !

      • De toute façon, quand on a le respect de son pays et de ses ancêtres, on n’agit pas de la sorte. Mais ils est vrai que les mammonites n’ont ni ancêtre ni pays. De plus, cette profanation est un véritable scandale qui devrait faire sortir de leurs gonds tous les vrais patriotes et autres croyants dignes de ce nom. Hélas pour nous, les fous savent que leur heure est arrivée, et nous devons maintenant nous préparer au pire ! L’indifférence et le je-m’en-foutisme de nos contemporains fera le reste. Cette destruction risque fort d’être un coup d’accélérateur donné à un mouvement de liquidation déjà bien entamée dans beaucoup d’autres domaines.
        Mais il est vrai que ce patrimoine est encore trop visible et que sa présence est insupportable à tous ces monstres qui n’attendent plus qu’une permission pour foutre en l’air le peu qui reste de notre pauvre Bretagne.
        Pourtant que ces salopards le sachent, un jour viendra où vrai coup d’arrêt sera donné à toutes leurs folies. Et ce jour-là nous n’aurons pas la mémoire courte !

        • En effet, c’est terrifiant, et rien ne justifiait cette destruction.
          On voudrait finir de démoraliser les derniers défenseurs de notre patrimoine qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Cette chapelle n’était pas en ruine, et semblait parfaitement restaurable.
          Seul l’appât du gain peut expliquer une folie pareille.

          Quand à croire qu’elle sera un jour reconstruite ailleurs… Ces gens nous prennent vraiment pour des c… La photo qui accompagne l’article nous montre un ‘’démontage’’ dans les règles de l’art… à coup de bulldozer ! Nous voici donc rassurés.

          • Je trouve les derniers commentaires bien sévères en vérité. Vous devriez tous comprendre, que la 10ème fortune de France n’a évidemment pas les moyens de restaurer les ”ruines” de cette chapelle sur place. Essayez de comprendre voyons !
            Pour le reste soyez rassurer puisqu’on vous répète sur tous les tons que les travaux de destruction, pardon de ”démontage” en cours, ne peuvent conduire qu’à la sauvegarde de cet édifice.

  2. Sans vouloir m’inscrire dans la paranoïa ambiante, je dirais simplement que cette démolition (réalisée en catimini et sans aucune explication objectives) me semble plus que suspecte. Comme vous vous en doutez, les véritables intentions ont été occultées jusqu’au bout, et l’action préparée de longue date, semble avoir été conduite à son terme dans la plus grande discrétion.
    Concernant la communication maintenant, une grande prudence a prévalue dans les médias. Et les termes choisis avec soin, minimisaient à chaque fois la portée de l’action en cours : on ne parlera aux journalistes trop curieux que de “simples travaux de circonstance”, voire de “dé-construction salutaire”. On dira aussi “démontage” plutôt que destruction, on parlera encore “d’une sauvegarde méthodique des éléments” pour ne pas dire “mutilation de patrimoine” ou tout simplement ”vandalisme”, etc…

    De toute façon peu importe, les faits sont là : La chapelle de Cascadec n’est plus ! Hors une chapelle cplt rasée et volatilisée sans laisser de trace, c’est une chapelle de moins en terre bretonne. Bravo le maître d’œuvre ! En peu de temps nous voici tous mis devant le fait accompli. En d’autres temps et d’autres lieux (union soviétique), on chargeait des renégats du crue de conduire de pareilles actions au nez et à la barbe des pauvres gens qui ne se doutaient de rien ! Et pour cause, quand on ne sait pas, on ne risque pas de résister.

    Petit conseil au ”maître d’œuvre” : Pour achever comme il se doit vos ”travaux de sauvegarde”, je suppose que vous trouverez bien quelques centimes d’euros supplémentaires pour payer l’entreprise chargée de ”re-végétaliser” les lieux, afin de les ramener illico-presto à leurs natures sauvages. N’oubliez pas que les vrais bons salauds professionnels effacent généralement toute trace de leur forfait avant de disparaître définitivement dans la nature.

    Autre chose : Nos compatriotes bretons sont-ils encore capables de réagir ? Dans la mesure où les bretons sont un des rares peuples d’Europe ne se réveillant pas, il semble qu’il n’y ai désormais plus aucun risque de ce côté.
    Hors la disparition d’un patrimoine comme celui-là est la dernière étape d’une dépossession complète avant le naufrage finale. Aussi que les hommes sans foi ni loi se réjouissent, leurs amis rapaces et vautours de tout poil vont bientôt pouvoir s’en donner à cœur joie. La Bretagne sera leur prochaine proie.

    • La chapelle de Cascadec n’est plus !!!? A peine croyable. De telle méthode inspire la nausée.
      La Bretagne n’est pourtant pas une république soviétique. Mais quand il s’agit de détruire toute trace de civilisation, capitalisme immorale et bolchevisme fanatique savent parfaitement s’accorder.
      D’accord pour leur coller un procès au cul. Dans un pays normalement dirigé, les voleurs sont punis,
      c’est la loi.

  3. Quelle honte pour la Bretagne ( ou de ce qu’ il en reste ) de ne pas avoir sauvé cette chapelle de Cascadec !! Cette erreur monumentale reflète bien l’ état du pays, souhaitons que les responsables de ce sacrilège soient punis comme ils le méritent !!!!!

  4. Savit ho pedennoù e brezhoneg ! Ya, ur spont eo gwelout dismantr ur chapel…Met spontusoc’h c’hoazh gwelout hor re ne ouiont ket mui pediñ en hor yezh !
    Deskit brezhoneg, pedit e brezhoneg ! Tourter an dud dizoue ne hello ket ho tiskar !

  5. La Bretagne est depuis déjà bien longtemps une terre en majorité gauchiste et donc laïcarde !! Cela se voit tous les jours ……..

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